Chili : la fermeture d’une unité d’enquête sur les adoptions illégales inquiète les familles de victimes

11 août 2026

Au Chili, la fermeture début juillet 2026 d’une unité spécialisée chargée d’enquêter sur les adoptions illégales, forcées ou irrégulières suscite l’inquiétude et la colère des familles de victimes, cinq mois seulement après sa création. Selon BioBioChile et El Dínamo, plusieurs victimes se disent aujourd’hui livrées à elles-mêmes.

Une unité créée en février, fermée cinq mois plus tard

L’Unité de recherche des origines et des proches des personnes concernées par des adoptions illégales, forcées ou irrégulières (UBAFI) avait été créée le 16 février 2026. La résolution actant sa fermeture a été signée le 22 juin, le personnel informé de la fin de ses fonctions le 30 juin, pour une fermeture effective début juillet. Le sous-secrétariat aux Droits humains, dirigé par Pablo Mirán, a justifié cette décision par un changement d’approche stratégique et un souci d’efficacité des ressources publiques, précisant qu’aucune demande judiciaire n’avait été soumise durant les trois mois de fonctionnement de l’unité, alors que sa mission de recherches administratives nécessitait légalement une autorisation judiciaire au préalable. Trois employés ont été licenciés, pour une masse salariale mensuelle d’environ 10 millions de pesos chiliens.

Une décision jugée comme “un recul de l’État”

Le directeur de l’unité, Ananías Reyes, a qualifié cette fermeture de recul de l’État dans la réponse apportée aux victimes, estimant que la nouvelle administration n’avait pas facilité les réunions essentielles avec le Service médico-légal et la justice depuis mars 2026.

Des familles laissées dans l’incertitude

Plusieurs victimes ont témoigné auprès de BioBioChile de leur détresse face à cette fermeture. Amelia Flores raconte avoir entendu son enfant pleurer au moment de la séparation, avant de sombrer dans l’inconscience pendant trois jours à la suite d’une injection, sans autre souvenir de cet épisode. Marisol Rodríguez, présidente de la fondation Hijos y Madres del Silencio, estime que les familles se retrouvent désormais livrées à elles-mêmes, sans réponse ni suivi institutionnel, rappelant que ce type d’adoptions est reconnu par l’ONU comme un crime contre l’humanité. Teresa Durán, 73 ans, dit simplement vouloir savoir ce qu’il est advenu de son frère avant de mourir.

Un dossier qui remonte à la dictature de Pinochet

Plus de 1 600 procédures judiciaires ont été ouvertes depuis les années 1950 pour suspicion d’adoptions illégales au Chili, un phénomène qui aurait concerné plus de 20 000 enfants, principalement sous la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Seules 1 000 réunifications familiales ont été obtenues à ce jour. Un rapport norvégien a par ailleurs documenté 314 adoptions irrégulières entre 1985 et 2016. Le sous-secrétariat aux Droits humains affirme que le travail de recherche se poursuit, via une approche restructurée avec de nouvelles fonctions et des spécialistes engagés depuis le 1er juillet.

Sources : BioBioChile, 28 juillet 2026 ; El Dínamo, 1er juillet 2026

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