Salvador : trois mois après, où en est la loi qui autorise la prison à vie dès 12 ans

17 juillet 2026

Une réforme entrée en vigueur le 26 avril

Le 15 avril 2026, le gouvernement salvadorien a publié une loi autorisant la prison à perpétuité pour des mineurs à partir de 12 ans, dans les cas d’homicide, de féminicide, de viol ou d’appartenance à un gang. Portée par le président Nayib Bukele et votée par une Assemblée législative très largement acquise à son parti Nuevas Ideas, la réforme constitutionnelle est entrée en vigueur le 26 avril. Elle supprime la marge d’appréciation des juges : dès lors qu’un crime est puni de perpétuité dans le code pénal, la peine devient automatique pour les adolescents de 12 à 18 ans, jugés désormais devant des tribunaux spécialisés contre le crime organisé et non plus devant la justice des mineurs.

Une pièce de plus dans un dispositif d’exception déjà massif

Cette mesure s’ajoute à l’état d’exception en vigueur au Salvador depuis mars 2022, prolongé des dizaines de fois depuis. Plus de 90 000 personnes ont été emprisonnées dans ce cadre, soit environ 1,9 % de la population, l’un des taux d’incarcération les plus élevés au monde selon Human Rights Watch. Une partie des détenus a été jugée lors de procès de masse pouvant concerner jusqu’à 900 personnes à la fois. Le mois précédant la publication de la loi, le Groupe international d’experts pour l’enquête sur les violations des droits humains sous l’état d’exception (GIPES) a publié un rapport concluant à des crimes contre l’humanité, rappelant que Bukele lui-même avait reconnu qu’au moins 8 000 détenus étaient innocents.

Trois mois plus tard : la mécanique judiciaire tourne, sans cas individuel confirmé de mineur condamné à perpétuité

Depuis l’entrée en vigueur du texte, les tribunaux spécialisés contre le crime organisé ont continué de prononcer de lourdes peines : le 1er juillet, le Tribunal Segundo contra el Crimen Organizado de San Salvador a condamné 43 membres présumés d’une cellule de gang à des peines pouvant atteindre 85 ans de prison, et un autre tribunal avait prononcé jusqu’à 60 ans de prison le 12 juin contre des membres présumés d’un autre gang. Ces condamnations concernent toutefois des adultes poursuivis pour association illicite, non la disposition spécifique de perpétuité pour mineurs. À la date de rédaction de cet article, aucune source consultée ne permet de confirmer publiquement qu’un mineur ait déjà été condamné à la prison à vie en vertu de cette nouvelle loi.

Des critiques internationales toujours vives

Dès l’adoption du texte, l’UNICEF et le Comité des droits de l’enfant de l’ONU avaient exprimé une “profonde préoccupation”, estimant dans un communiqué conjoint que “l’imposition de peines de perpétuité et de mesures de détention excessivement longues à des enfants et des adolescents constitue une contradiction avec les normes inscrites dans la Convention relative aux droits de l’enfant”, qui exigent que la justice des mineurs privilégie la réhabilitation et la réinsertion. La loi prévoit néanmoins un réexamen obligatoire de la peine après 25 ans de détention pour les mineurs condamnés, contre 30 à 40 ans pour les adultes selon la gravité des faits.

La politique sécuritaire de Bukele, plébiscitée mais contestée

Sur les réseaux sociaux, Nayib Bukele avait balayé par avance les critiques, écrivant en mars que la Constitution ne devait plus “interdire aux meurtriers et aux violeurs de rester en prison”. Sa politique sécuritaire reste très populaire au Salvador, où la baisse spectaculaire des homicides depuis 2022 est largement créditée à l’état d’exception. Elle continue toutefois d’être dénoncée par les organisations de défense des droits humains, qui documentent des détentions arbitraires et des atteintes aux droits fondamentaux à grande échelle.

Sources : Al Jazeera / Reuters, 15 avril 2026 ; Infobae El Salvador, 1er juillet 2026

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