Colombie : le Congrès adopte une loi historique contre les mutilations génitales féminines

10 juin 2026

Le Congrès colombien a approuvé, mercredi 10 juin, le projet de loi 440 de 2025, connu sous le nom de « Niñas sin Ablación » (Filles sans excision), qui établit un cadre normatif pour prévenir, prendre en charge et éradiquer les mutilations génitales féminines (MGF) en Colombie. Selon l’ONG Equality Now, qui a accompagné l’élaboration du texte, la Colombie devient le premier pays d’Amérique latine à se doter d’une législation spécifique sur cette pratique.

Une initiative portée par les femmes autochtones emberá

Le texte est l’aboutissement de plusieurs années de plaidoyer mené par des dirigeantes autochtones, en particulier issues du peuple emberá, qui réclamaient que l’État reconnaisse les MGF comme une violation des droits humains et agisse en conséquence. Cette participation a été déterminante pour que le projet adopte une approche interculturelle et préventive plutôt que purement répressive. L’initiative, multipartisane, a été portée par les représentantes Jennifer Pedraza (Dignidad y Compromiso), Carolina Giraldo (Alianza Verde) et Alexandra Vásquez (Pacto Histórico), et a été saluée également par Angélica Lozano et Clara López. Le projet a failli être enterré ces dernières semaines, relégué en fin d’ordre du jour des séances plénières à l’approche de la clôture de la législature, avant d’être finalement débattu et adopté au Sénat.

Une réalité statistique préoccupante

L’adoption du texte intervient dans un contexte jugé inquiétant par les autorités sanitaires. Selon le Système intégré d’information sur les violences de genre (SIVIGE), 98 cas de mutilation génitale féminine ont été recensés en Colombie entre janvier 2024 et mars 2026. Plus de la moitié des victimes (56 %) étaient des fillettes âgées de zéro à cinq ans, et 83 % des cas se sont produits au domicile familial. Seuls 14 des 32 départements du pays ont signalé des cas sur cette période, ce qui laisse craindre une sous-déclaration importante ; le département de Risaralda concentre à lui seul 64 signalements, soit le total le plus élevé.

Une approche globale plutôt que punitive

Les organisations à l’origine du projet ont insisté tout au long du débat législatif sur le fait qu’une réponse fondée uniquement sur la sanction pénale risquerait d’être insuffisante, voire contre-productive : elle pourrait renforcer le silence autour de la pratique, freiner l’accès des filles aux services de santé et entraver les processus de transformation culturelle au sein des communautés concernées. La loi prévoit donc le renforcement des dispositifs institutionnels de prévention, une prise en charge intégrale des victimes, l’amélioration des mécanismes de détection, de signalement et de suivi des cas, ainsi que des protocoles sanitaires obligatoires, la formation du personnel de santé, des campagnes pédagogiques communautaires et des stratégies à approche interculturelle et différenciée.

Une étape avant l’entrée en vigueur

Le texte doit encore franchir l’étape de la conciliation entre les chambres puis recevoir la sanction présidentielle pour entrer en vigueur. Pour Leandra Becerra, conseillère juridique et de plaidoyer d’Equality Now pour l’Amérique latine et les Caraïbes, l’adoption « honore l’engagement du Congrès à protéger les droits des filles et des femmes », mais « le défi le plus important reste à venir : faire en sorte que la loi soit appliquée et qu’aucune fille, en réalité, ne subisse cette pratique en Colombie ».

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