Nicaragua : mort en détention de Brooklyn Rivera, leader indigène miskito disparu pendant 971 jours

1er juin 2026

Trois ans de disparition forcée

Brooklyn Rivera, figure historique des droits indigènes au Nicaragua et leader du peuple miskito, est mort le 31 mai 2026 à l’âge de 73 ans, après 971 jours de détention dans les geôles de l’État nicaraguayen. Arrêté en septembre 2023, il avait été maintenu sans aucun contact avec le monde extérieur, sa famille empêchée de le voir, son emprisonnement lui-même nié par le gouvernement pendant des mois. Ce n’est que le 27 mai 2026, sous la pression internationale croissante, que le ministère de l’Intérieur avait finalement confirmé sa détention et publié des photos de Rivera intubé et amaigri dans un lit d’hôpital. Quatre jours plus tard, Managua annonçait son décès, attribué officiellement à une infection bactérienne consécutive à un épisode de Covid-19.

Un verdict rejeté par les défenseurs des droits humains

Cette version officielle est immédiatement contestée. Reed Brody, membre du Groupe d’experts en droits humains sur le Nicaragua constitué par l’ONU, est sans ambiguïté : « Si Brooklyn Rivera est mort, on ne peut pas dire que la cause était la maladie. La cause, c’est qu’il était maintenu en détention gouvernementale dans des conditions de disparition forcée depuis plus de deux ans, sans supervision médicale indépendante. Il n’y a pas d’autre façon de lire cela. » Avant même la confirmation du décès, Brody avait déclaré tenu le gouvernement « responsable de tout préjudice » subi par le leader indigène. Le département d’État américain, de son côté, avait exigé « sa libération inconditionnelle immédiate », accusant les dirigeants nicaraguayens de leur « rôle singulier dans ses traitements cruels ».

Un homme qui a consacré sa vie aux Miskitos

Né dans la communauté miskito de la côte nord-est du Nicaragua, Rivera avait débuté son combat politique dans les années 1960. Il s’était d’abord opposé au premier gouvernement sandiniste d’Ortega (1979-1990) à la tête du groupe armé Misurasata. Contraint à l’exil au Costa Rica en 1980, puis en Colombie après une attaque sandiniste, il avait co-fondé Yatama, parti politique indigène qui avait obtenu une autonomie limitée pour les peuples autochtones à l’issue de négociations de paix. Son combat central était la défense des terres ancestrales miskitos, menacées par des intérêts gouvernementaux et privés cherchant à exploiter les riches gisements d’or, d’argent et d’autres minerais de la région.

Un dernier voyage à Genève, puis la clandestinité

En avril 2023, Rivera s’était rendu à Genève pour prendre la parole devant un forum de l’ONU sur les peuples indigènes. Ses déclarations critiques à l’égard de Managua lui avaient valu une interdiction de retour sur le territoire nicaraguayen. Il avait néanmoins décidé de rentrer clandestinement dans son pays, où il vivait en se cachant lorsqu’il fut arrêté en septembre 2023. Le gouvernement l’avait inculpé pour « terrorisme », qualification rejetée comme politique par l’ensemble des organisations de défense des droits humains. « Personne n’avait de ses nouvelles », résume Reed Brody. « Le gouvernement n’avait jamais donné le moindre signe. Il était une personne disparue. »

Ortega et Murillo dans le viseur international

Le Nicaragua est dirigé depuis 2007 par Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo, élevée en 2025 de vice-présidente à co-présidente après des réformes constitutionnelles ayant consolidé leur emprise sur le pouvoir. Sous leur gouvernement, des centaines de dissidents ont été arrêtés, torturés, exilés ou déchus de leur nationalité. La mort de Brooklyn Rivera, après presque trois ans de disparition documentée, est venue alourdir encore le dossier international qui pèse sur le régime.

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