Le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN)
Frente Sandinista de Liberación Nacional
Le nom et son origine : Augusto César Sandino (1895–1934)
Le FSLN tire son nom du général Augusto César Sandino, figure héroïque de la résistance nationaliste nicaraguayenne. Il faut comprendre ce personnage pour comprendre le mouvement.
Né en 1895, Sandino est le fils illégitime d’un propriétaire terrien et d’une paysanne indigène. En 1927, alors que les États-Unis occupent militairement le Nicaragua depuis des années, deux factions nicaraguayennes s’affrontent dans une guerre civile. Un accord de paix est négocié par l’envoyé américain Henry Stimson, mais Sandino refuse de signer. Il rassemble 50 hommes, s’empare d’une mine dans la région de Nueva Segovia, et déclare la guerre aux États-Unis, qu’il appelle le « Colosse du Nord » et « l’ennemi de notre race ».
Pendant six ans (1927–1933), Sandino mène une guérilla acharnée contre les Marines américains dans les montagnes du nord du Nicaragua. Il ne sera jamais capturé. Les États-Unis retirent leurs troupes en 1933 après avoir supervisé des élections et formé une Garde nationale nicaraguayenne commandée par le général Anastasio Somoza García.
Le 21 février 1934, Sandino est convoqué à un dîner à Managua par le président Sacasa. À la sortie, des hommes de la Garde nationale l’arrêtent et l’assassinent sur ordre de Somoza. Deux ans plus tard, en 1936, Somoza s’empare du pouvoir par coup d’État.
Sandino devient un martyr national et symbole continental de la résistance à l’impérialisme américain. Sa pensée et son exemple inspirent directement la fondation du FSLN trente ans plus tard.
La dictature des Somoza (1936–1979) : 46 ans
La famille Somoza gouverne le Nicaragua pendant 46 ans en succession :
Anastasio Somoza García dirige jusqu’à son assassinat en 1956. Ses deux fils lui succèdent : Luis Somoza Debayle (1956–1967), puis Anastasio Somoza Debayle (1967–1979), le plus brutal des trois. Le régime est soutenu par les États-Unis au nom de la Guerre froide, malgré sa corruption et ses violations des droits humains notoires.
Fondation du FSLN
le FSLN est fondé entre 1961 et 1962, la date exacte restant incertaine faute de documentation contemporaine. Britannica, la source académique la plus rigoureuse, retient 1962.
Les trois fondateurs sont Carlos Fonseca Amador, figure intellectuelle et idéologique du mouvement, Silvio Mayorga, et Tomás Borge Martínez : ce dernier étant le seul des trois à survivre jusqu’à la victoire de 1979.
Idéologie
Le FSLN se définit comme un mouvement marxiste-léniniste, révolutionnaire et nationaliste, engagé dans le renversement de la dynastie Somoza et la construction d’un État socialiste. Il se distingue du stalinisme orthodoxe par une forte composante nationaliste et indigéniste héritée de Sandino, et par son ouverture tactique à des alliances avec des secteurs non marxistes, ce qui lui permet de rassembler largement.
Les années de clandestinité et la mort des fondateurs (1962–1978)
Pendant la première décennie, le FSLN organise des cellules politiques parmi les étudiants, les ouvriers et les paysans, et mène des opérations armées limitées. En 1967, lors de la bataille de Pancasán, l’armée nicaraguayenne inflige une défaite sévère au FSLN : Silvio Mayorga est tué au combat. En novembre 1976, Carlos Fonseca Amador est tué dans une embuscade. Le FSLN perd ses deux principaux fondateurs, mais survit.
Vers le milieu des années 1970, les attaques sandinistes contre la Garde nationale depuis des sanctuaires au Honduras et au Costa Rica deviennent suffisamment sérieuses pour que Somoza déclenche de sanglantes représailles contre les communautés soupçonnées de les soutenir.
Ces excès aggravent l’opposition au régime, y compris au sein de l’Église catholique et de la bourgeoisie nicaraguayenne. L’assassinat du journaliste Pedro Joaquín Chamorro, directeur du journal d’opposition La Prensa, le 10 janvier 1978, déclenche un mouvement de grève générale et d’insurrection populaire qui change le rapport de forces.
La division en trois tendances (tendencias)
Dans les années 1970, le FSLN se scinde en trois factions (tendencias) qui s’opposent sur la stratégie révolutionnaire :
La Guerre Populaire Prolongée (GPP), qui prône une guérilla rurale lente et graduelle. La Tendance Prolétarienne, qui mise sur l’organisation des travailleurs urbains. La Troisième Tendance (Terceristas ou Insurrecionalistas), menée par Daniel et Humberto Ortega Saavedra, qui préconise une insurrection rapide en coalition avec les secteurs bourgeois et l’Église. C’est cette troisième tendance qui l’emporte stratégiquement.
La révolution de 1978–1979
L’insurrection s’intensifie en 1978 avec des soulèvements urbains successifs. Le 17 juillet 1979, Anastasio Somoza Debayle démissionne et fuit vers Miami. Le 19 juillet 1979, les colonnes du FSLN entrent dans Managua. Le FSLN compte alors environ 5 000 combattants. La dictature des Somoza s’effondre après 46 ans.
Au pouvoir (1979–1990)
La direction du FSLN est assurée par une Direction nationale de neuf commandants (comandantes), trois par tendance. Un gouvernement de transition, la Junte de Reconstruction Nationale, est formé. Daniel Ortega en est le coordinateur, puis il est élu président en 1984.
Les mesures principales du gouvernement sandiniste sont la confiscation des vastes propriétés de la famille Somoza, la nationalisation des principales industries, une réforme agraire, une campagne d’alphabétisation massive (qui ramène le taux d’analphabétisme de 50 % à environ 12 % selon les chiffres officiels du gouvernement sandiniste), et la création d’un système de santé public.
La guerre des Contras et l’implication américaine
Dès 1981, l’administration Reagan organise et finance une force contre-révolutionnaire : les Contras (contra-revolucionarios), basés principalement au Honduras. La CIA joue un rôle central dans leur formation et leur armement. En réponse, Humberto Ortega crée l’Armée Populaire Sandiniste (50 000 hommes), et Tomás Borge organise une police secrète.
Le Congrès américain vote l’amendement Boland (1982–1984), qui interdit le financement des Contras. L’administration Reagan contourne cette interdiction par le biais de l’affaire Iran-Contra (révélée en 1986) : des membres du Conseil de sécurité national vendent secrètement des armes à l’Iran et utilisent les fonds pour financer les Contras, en violation de la loi.
La guerre fait des dizaines de milliers de morts et dévaste l’économie nicaraguayenne. Le Nicaragua et le FSLN deviennent progressivement dépendants du soutien de l’Union soviétique et de Cuba.
La défaite électorale de 1990
Le 25 février 1990, des élections libres sont organisées sous pression internationale. La candidate de la coalition Union Nationale d’Opposition (UNO), Violeta Chamorro : veuve du journaliste assassiné Pedro Joaquín Chamorro, bat Daniel Ortega à la surprise générale. Le FSLN cède le pouvoir. C’est une rupture historique : une révolution socialiste d’Amérique centrale remet pacifiquement le pouvoir après une défaite électorale.
L’opposition, le retour, et la dérive autoritaire (1990–2026)
Relégué dans l’opposition, le FSLN conserve une forte présence dans l’armée et la police. Il obtient 37 % des voix aux législatives de 1996 et 42 % en 2001. Daniel Ortega remporte la présidence en 2006, puis est réélu en 2011 et 2016 : après que la Cour suprême nicaraguayenne lève, en 2009, l’interdiction constitutionnelle des mandats consécutifs, puis que le FSLN supprime les limites de mandats via sa supermajorité à l’Assemblée nationale.
Depuis 2018, le régime Ortega est internationalement critiqué pour une dérive autoritaire documentée : répression violente des manifestations (plus de 300 morts lors des protestations d’avril–juillet 2018 selon la Commission interaméricaine des droits de l’homme), emprisonnement d’opposants politiques, candidats présidentiels arrêtés avant les élections de 2021, et expulsion de centaines d’organisations de la société civile. Daniel Ortega dirige le Nicaragua avec son épouse Rosario Murillo, vice-présidente depuis 2017.
