Pérou : les journalistes des zones rurales menacés de mort par les narcotrafiquants

8 août 2026

Au Pérou, des journalistes travaillant en zone rurale et couvrant le narcotrafic ou la criminalité organisée font l’objet de menaces de mort récurrentes, selon un rapport du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) publié en mai 2026. L’organisation évoque un « recul démocratique » du pays qui fragilise particulièrement les reporters loin de la capitale, selon CPJ.

Une journaliste sous protection permanente en Amazonie

Geraldine Santos, 30 ans, enquête sur le trafic de cocaïne et les crimes environnementaux en Amazonie péruvienne. Elle a reçu tant de menaces de mort qu’elle a chargé un proche de contacter une source gouvernementale pour localiser son corps si elle venait à être assassinée, selon CPJ.

Des agressions dans les régions reculées

D’autres cas illustrent la vulnérabilité des reporters régionaux : à Puerto Inca, le journaliste indépendant Alejandro Alminco Ayala a été frappé par le maire de la ville et menacé par des mineurs illégaux, qui lui ont envoyé la photo d’un pistolet par téléphone ; il s’est caché pendant deux semaines et porte désormais un gilet pare-balles. À Andahuaylas, l’animatrice de radio Analí Andrade, qui enquêtait sur la corruption municipale, a été la cible de publications anonymes la présentant comme une prostituée avant d’être contrainte à l’arrêt de son émission lorsque des proches du maire ont fait irruption dans le studio, selon la même source.

L’année la plus meurtrière depuis les années Sentier lumineux

Quatre journalistes ont été tués au Pérou en 2025 : Gastón Medina Sotomayor, Raúl Célis López, Juan Fernando Núñez Guevara et Mitzar Castillejos Tenazoa, tous originaires de capitales régionales ou de petites villes. Il s’agit du bilan le plus lourd enregistré en une seule année depuis le conflit contre le Sentier lumineux dans les années 1980, selon CPJ et l’Agence de presse IPS, qui cite l’Association nationale des journalistes (ANP).

Une quasi-impunité dénoncée

L’Association nationale des journalistes a recensé 458 attaques contre des journalistes et médias en 2025, soit une hausse de 17 % par rapport à 2024 ; 61 % de ces attaques seraient le fait de responsables publics, selon le réseau Voces del Sur cité par CPJ. Rodrigo Salazar Zimmermann, président du Conseil de la presse péruvien, a dénoncé une « politique non officielle selon laquelle, si vous attaquez ou tuez un journaliste, il ne vous arrive rien ». Renzo Chávez, de l’ANP, a expliqué que certains confrères, bien qu’informés d’activités illégales, préfèrent ne pas les couvrir par crainte pour leur intégrité et celle de leur famille, selon IPS.

Sources : CPJ, mai 2026 ; Agence de presse IPS, mai 2026

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