Sommaire

Géographie du Pérou
Le Pérou est le 3e plus grand pays d’Amérique du Sud, avec 1 285 216 km². Il est situé sur la côte pacifique centrale du continent, entre l’Équateur et la Colombie au nord, le Brésil à l’est, la Bolivie au sud-est et le Chili au sud. Sa géographie est parmi les plus spectaculaires et les plus contrastées au monde : un désert côtier parmi les plus arides de la planète, les Andes coiffées de glaciers et de volcans actifs, et une forêt amazonienne qui couvre près de 60 % du territoire. C’est l’un des 17 pays mégadivers de la planète et le berceau de la civilisation inca.
Chiffres clés
Superficie : 1 285 216 km² (CIA World Factbook), 20e rang mondial Population : environ 32,8 millions d’habitants (2025, CIA World Factbook) Capitale : Lima Point culminant : Nevado Huascarán Sur, 6 768 m (mesure IGN Pérou 2017, le CIA World Factbook indique 6 746 m dans ses éditions antérieures à cette remesure) Point le plus bas : Dépression de Bayóvar (côte nord), −34 m Littoral : 3 080 km (côte pacifique) Frontières terrestres : Brésil (2 995 km), Colombie (1 800 km), Équateur (1 420 km), Bolivie (1 075 km), Chili (171 km), total : 7 461 km Organisation administrative : 25 régions + 1 province constitutionnelle (Callao) Plus grand lac : lac Titicaca (partagé avec la Bolivie), 8 372 km² au total, 3 812 m d’altitude
Relief et régions géographiques
La géographie péruvienne est classiquement divisée en trois grandes régions (Costa, Sierra, Selva), auxquelles le géographe péruvien Javier Pulgar Vidal a proposé dès 1941 de substituer huit régions naturelles fondées sur l’altitude et les écosystèmes, classification adoptée par l’Institut panaméricain de géographie et d’histoire et toujours utilisée dans l’enseignement péruvien.
La Costa (côte désertique)
La Costa est une bande littorale étroite, rarement plus de 100 km de large, qui longe les 3 080 km de côtes pacifiques du Pérou. C’est l’un des déserts côtiers les plus arides de la planète, comparable à l’Atacama chilien. La ville de Lima reçoit en moyenne moins de 10 mm de pluie par an. Certaines zones du désert côtier sud (entre Ica et Tacna) reçoivent moins de 5 mm annuels, parmi les valeurs les plus basses enregistrées sur Terre.
La cause de cette aridité paradoxale en zone tropicale est double : le courant de Humboldt (ou courant du Pérou), flux d’eaux froides remontant de l’Antarctique le long de la côte, refroidit l’air marin et empêche la formation de nuages convectifs ; et le rempart andin, qui bloque le passage des masses d’air humide venues de l’Amazonie vers l’ouest. La côte n’est pas uniforme : au nord (Tumbes, Piura), le courant se réchauffe et un climat tropical sec autorise des forêts de caroubes et de mangroves. Au centre et au sud, la garúa, brume froide hivernale, est le seul apport d’humidité.
Malgré l’aridité, la côte est la région la plus peuplée du Pérou (plus de 53 % de la population sur 11 % du territoire). Les oasis fluviales, vallées creusées par les rivières andines traversant le désert, constituent les seuls espaces agricoles de la Costa. La Dépression de Bayóvar (−34 m), gisement phosphatier majeur dans la région de Piura, est le point le plus bas du pays.
Le courant de Humboldt génère, par remontée d’eaux profondes riches en nutriments (upwelling), l’une des zones de pêche les plus productives au monde : le Pérou est régulièrement l’un des deux ou trois premiers producteurs mondiaux de farine de poisson et d’anchois (Engraulis ringens).
La Sierra (hautes Andes)
La Sierra est la région andine centrale, couvrant environ 26 % du territoire et hébergeant environ 36 % de la population. Les Andes péruviennes atteignent des altitudes exceptionnelles et sont structurées en plusieurs cordillères parallèles nord-sud : la Cordillère Occidentale (versant pacifique), la Cordillère Centrale et la Cordillère Orientale (versant amazonien). Entre elles s’ouvrent des vallées inter-andines (hoyas) et des hauts plateaux (Altiplano).
Le Nevado Huascarán (6 768 m, département d’Ancash, cordillère Blanche) est le point culminant du Pérou. C’est aussi le plus haut sommet des Andes du nord (au nord du lac Titicaca) et le plus haut sommet de la zone tropicale de la Terre. Sa mesure officielle par l’Institut géographique national péruvien en 2017 établit l’altitude à 6 768 m, légèrement supérieure aux 6 746 m parfois cités dans des sources antérieures. Il est protégé par le Parc national Huascarán (UNESCO). La Cordillère Blanche, où il s’élève, est la chaîne montagneuse tropicale la plus haute du monde, avec plus de 20 sommets dépassant 6 000 m et une concentration remarquable de glaciers tropicaux, en fort recul depuis les années 1970.
Au sud, les volcans dominent la Sierra : le Misti (5 822 m, au-dessus d’Arequipa, actif), l’Ubinas (5 672 m, le plus actif du Pérou), le Sabancaya (en éruption quasi continue depuis 2016) et le Ticsani. Ces volcans appartiennent à la Zone volcanique centrale des Andes, liée à la subduction de la plaque de Nazca sous la plaque sud-américaine.
L’Altiplano péruvien (ou Puna), à plus de 4 000 m d’altitude, s’étend au sud-est du pays (Puno) et abrite le lac Titicaca. C’est un monde de prairies d’altitude (ichu), de lacs et de marais, peuplé de lamas, d’alpagas et de vigognes, et habité par des communautés quechua et aymara depuis des millénaires.
La géographie andine a directement modelé la civilisation inca : Cuzco (3 400 m), l’ancienne capitale de l’Empire inca (Tawantinsuyu), et Machu Picchu (2 430 m, dans la vallée sacrée de l’Urubamba, département de Cuzco), classé patrimoine mondial de l’UNESCO, sont des exemples frappants de l’adaptation humaine aux contraintes du milieu andin.
La Selva (forêt amazonienne)
La Selva couvre environ 60 % du territoire péruvien (plus de 782 000 km²), ce qui fait du Pérou le 4e pays au monde par la superficie de forêt tropicale, après le Brésil, la République démocratique du Congo et l’Indonésie. Elle n’héberge pourtant qu’environ 11 % de la population. On distingue la selva alta (haute jungle, ou Rupa Rupa, 400-1 000 m), forêts de montagne très humides sur les versants orientaux des Andes, de la selva baja (basse jungle, ou Omagua, en dessous de 400 m), qui correspond à la plaine amazonienne proprement dite.
La ville d’Iquitos (région de Loreto) est la plus grande ville du monde inaccessible par route, elle ne peut être atteinte que par voie fluviale ou aérienne. C’est le principal centre urbain de l’Amazonie péruvienne.
Points extrêmes
Le Nevado Huascarán Sur (6 768 m, département d’Ancash) est le toit du Pérou et des Andes tropicales. Il possède un glacier sommital dont la superficie a diminué d’environ 30 % depuis 1970. Le 28 mai 1970, un séisme de magnitude 7,9 a déclenché une avalanche sur ses flancs qui a enseveli la ville de Yungay et ses 25 000 habitants, l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de l’histoire de l’Amérique du Sud. Le point le plus bas est la dépression de Bayóvar (−34 m) dans la région de Piura. Le point le plus occidental est la Punta Pariñas (région de Piura), qui est aussi le point le plus occidental de toute l’Amérique du Sud continentale.
Fleuves et hydrographie
Le réseau hydrographique péruvien est dominé par les bassins versants amazonien (à l’est) et pacifique (à l’ouest), plus un bassin fermé (le Titicaca). Presque tous les grands fleuves coulent vers l’est en direction de l’Amazone.
L’Amazone et ses sources péruviennes
L’Amazone (río Amazonas) prend officiellement naissance au confluent du Marañón et de l’Ucayali, près d’Iquitos (Pérou). C’est le fleuve au plus grand débit du monde et, selon les mesures récentes, le plus long fleuve du monde (6 992 km selon certaines mesures incluant sa source la plus lointaine). La question de la source exacte de l’Amazone reste débattue, deux candidats principaux :
- Le río Marañón : longtemps considéré comme la branche principale, il naît dans la cordillère de Raura et parcourt environ 1 800 km avant de rejoindre l’Ucayali.
- Le río Ucayali : formé par la confluence du Tambo et de l’Urubamba. En remontant jusqu’à son tributaire le plus distant (le río Apurímac), la longueur totale dépasse celle du Marañón.
Le río Huallaga (tributaire du Marañón) et le río Madre de Dios (qui rejoint la Bolivie avant de se jeter dans le Madeira, tributaire de l’Amazone) sont les autres grands fleuves amazoniens péruviens.
Le versant pacifique
Les fleuves du versant pacifique sont courts, à débit irrégulier et souvent intermittents dans leurs sections côtières. Ils constituent néanmoins les seuls axes d’eau douce dans le désert côtier. Le río Rímac alimente Lima. Le río Santa (ancash), qui draine la Cordillère Blanche et traverse le canyon del Pato, est le plus régulier.
Le lac Titicaca
Le lac Titicaca (8 372 km² au total, dont environ 4 996 km² côté péruvien, 3 376 km² côté bolivien) est le plus grand lac d’Amérique du Sud par le volume et le plus haut lac navigable du monde, à 3 812 m d’altitude. Il est relié au lac Poopó (Bolivie, aujourd’hui quasi asséché) par le río Desaguadero. Ses eaux sont maintenues relativement tempérées par leur profondeur (jusqu’à 280 m) malgré l’altitude et les nuits glaciales de l’Altiplano. Les îles flottantes des Uros (îles de roseaux construites par le peuple Uro) et l’île de Taquile sont classées au patrimoine culturel de l’UNESCO. Le peuple Tiwanaku puis l’Empire inca ont développé des civilisations avancées sur ses rives.
Le lac Junín (520 km², 4 080 m d’altitude, région de Junín/Pasco) est le second lac du pays, classé réserve nationale pour ses populations de grèbes de Junín (Podiceps taczanowskii), espèce endémique en danger critique d’extinction.
Zones climatiques
La combinaison de la latitude tropicale, de l’altitude des Andes, du courant de Humboldt et de la masse forestière amazonienne génère au Pérou une diversité climatique exceptionnelle.
La Costa, désertique à subtropical sec
Lima (centre-côte, 154 m) ne reçoit que 8 à 10 mm de pluie annuelle. Les températures y sont étonnamment fraîches pour une ville tropicale : 14 à 28 °C selon la saison, avec des hivers brumeux (garúa). Le sud de la côte (Ica, Arequipa, Tacna) est encore plus aride et ensoleillé. Le nord (Piura, Tumbes) est chaud et reçoit des pluies lors des épisodes El Niño, qui peuvent y être catastrophiques (1983, 1998, 2017 : inondations massives).
La Sierra, tempéré d’altitude (« étages thermiques »)
La Sierra péruvienne applique la classification par étages climatiques (pisos altitudinales) : la Quechua (2 300-3 500 m) a un climat tempéré avec saison des pluies (octobre-avril) ; la Suni (3 500-4 100 m) est plus froide ; la Puna (4 100-4 800 m) connaît des gelées nocturnes fréquentes (−10 à +8 °C) ; la Janca (au-dessus de 4 800 m) est le domaine des glaciers et du gel permanent. La ville de Cuzco (3 400 m) reçoit environ 800 mm de pluie par an, principalement de décembre à mars. Arequipa (2 335 m), surnommée « la ville blanche » pour ses constructions en sillar (tuf volcanique blanc), jouit d’un ensoleillement exceptionnel (plus de 3 000 heures par an).
La Selva, équatorial humide
La basse Amazonie péruvienne est chaude et humide toute l’année. Iquitos reçoit environ 2 700 mm de pluies annuelles et des températures de 23 à 32 °C. La saison des crues (décembre-mai) inonde des millions d’hectares de várzea (forêt inondable). La selva alta (haute jungle) reçoit des précipitations encore plus abondantes, jusqu’à 6 000 mm/an sur certains versants est-andins exposés aux vents humides amazoniaux.
Biodiversité et espaces naturels
Le Pérou abrite environ 10 % des espèces connues de la planète sur 0,87 % de la surface terrestre mondiale. C’est le 4e pays le plus riche en biodiversité après le Brésil, la Colombie et l’Indonésie.
Chiffres clés
Plus de 21 000 espèces végétales (dont 30 % endémiques), 1 857 espèces d’oiseaux (3e rang mondial), 508 espèces de mammifères, 418 d’amphibiens, 446 de reptiles et plus de 2 000 espèces de poissons d’eau douce. La Selva concentre l’essentiel de cette richesse : le Parc national du Manu recense à lui seul plus d’espèces d’oiseaux que l’ensemble des États-Unis.
Les espaces protégés majeurs
Parc national du Manu (Madre de Dios-Cuzco), Classé patrimoine mondial de l’UNESCO (1987). Couvre 1,7 million d’hectares, des hautes Andes (4 000 m) jusqu’aux plaines amazoniennes (150 m). L’un des sites les plus riches en biodiversité jamais recensés : plus de 1 000 espèces d’oiseaux, 200 de mammifères, 150 d’amphibiens, et un nombre d’espèces d’insectes non encore pleinement inventorié. Territoire de peuples autochtones en isolement volontaire.
Réserve nationale de Pacaya-Samiria (Loreto), Avec 2,08 millions d’hectares, c’est la plus grande aire protégée du Pérou et l’une des plus grandes zones de forêt inondable (várzea) protégées au monde. Dauphin rose (Inia geoffrensis), lamantin de l’Amazonie, paiche (Arapaima gigas, le plus grand poisson d’eau douce d’Amérique du Sud, pouvant atteindre 3 m), tortues de rivière géantes.
Réserve nationale de Tambopata (Madre de Dios), L’une des zones les mieux étudiées de l’Amazonie péruvienne. Site emblématique pour les collpas (parois argileuses salées) où se rassemblent des centaines de perroquets et d’aras pour ingérer des minéraux.
Parc national Huascarán (Ancash), Classé patrimoine mondial de l’UNESCO (1985). Cordillère Blanche, 27 sommets dépassant 6 000 m, 663 glaciers, 41 lacs glaciaires. Habitat du condor des Andes, du puma, de la vigogne et du canard des torrents.
Parc national du Río Abiseo (San Martín), Classé UNESCO (patrimoine mixte : naturel et culturel, 1990). Découverte dans ses forêts nuageuses du singe laineux de l’Amazonie du nord (Lagothrix lagotricha) et de sites archéologiques incas et préincas exceptionnels. L’une des zones les plus méconnues et les mieux préservées des Andes orientales.
Réserve de biosphère Noroeste (Tumbes-Piura), Forêts tropicales sèches et mangroves. Crocodile de l’Amérique (Crocodylus acutus), guépard andin, rare pava aliblanca (Penelope albipennis), considérée comme redécouverte en 1977 après avoir été crue éteinte.
Espèces emblématiques
Le condor des Andes (Vultur gryphus) survole les massifs andins péruviens. La vigogne (Vicugna vicugna), dont la laine est la plus fine du monde, a été sauvée de l’extinction dans les années 1970 grâce à des mesures de protection strictes. Le dauphin rose de l’Amazone (boto, Inia geoffrensis) peuple les fleuves de la selva. L’ara bleu et jaune, l’ara écarlate et de nombreuses espèces de toucans et de jacamars habitent la selva. La grenouille de verre et les dendrobatidés (grenouilles venimeuses) sont caractéristiques des forêts humides péruviennes.
Géographie humaine
Le Pérou est l’un des pays les plus urbanisés d’Amérique du Sud, avec un taux d’urbanisation de 79 %. Mais cette urbanisation est extrêmement concentrée : Lima et Callao regroupent à elles seules plus du tiers de la population nationale dans une seule agglomération côtière.
Les principales villes
Lima, Capitale et mégapole côtière. L’aire métropolitaine de Lima-Callao concentre environ 10,8 à 11 millions d’habitants, ce qui en fait la 5e plus grande agglomération d’Amérique latine et la plus grande ville du désert côtier au monde. Elle est construite sur la rive gauche du río Rímac, à 154 m d’altitude, dans un désert recevant moins de 10 mm de pluie annuelle, alimentée en eau entièrement par les Andes.
Callao, Port constitutionnel autonome contigu à Lima, environ 1,3 million d’habitants. Premier port du Pérou, tête de ligne de la Sierra andine.
Arequipa, Environ 1,2 million d’habitants dans l’aire urbaine. Deuxième ville, à 2 335 m d’altitude au pied du Misti. Centre historique colonial en sillar blanc classé patrimoine mondial de l’UNESCO.
Trujillo, Environ 1 million d’habitants dans l’aire métropolitaine (nord côtier). Centre archéologique majeur (cités de Chan Chan et Moche, classé UNESCO).
Cuzco, Environ 450 000 habitants dans l’aire métropolitaine, à 3 400 m d’altitude. Ancienne capitale de l’Empire inca. Centre historique classé patrimoine mondial de l’UNESCO (1983). Principal point d’accès à Machu Picchu.
Iquitos, Environ 400 000 habitants. Plus grande ville du monde inaccessible par route. Capitale de la région de Loreto (la plus grande région du Pérou).
Organisation administrative et démographie
Le Pérou est une République présidentielle divisée en 25 régions et une province constitutionnelle (Callao). Les régions sont subdivisées en provinces et districts. La Constitution reconnaît les peuples autochtones et leurs droits sur leurs territoires ancestraux : on recense 55 peuples autochtones reconnus par le Ministère de la Culture, dont une vingtaine en isolement volontaire dans la forêt amazonienne. Le quechua est co-langue officielle de l’État avec l’espagnol, ainsi que l’aymara dans les régions où ces langues sont prédominantes.

Les commentaires sont fermés.