ANASTASIO SOMOZA

ANASTASIO SOMOZA

ANASTASIO SOMOZA

Anastasio Somoza García : « Le fondateur d’une dynastie qui tint le Nicaragua sous sa botte pendant quarante-deux ans »

Il y a des dynasties royales et des dynasties de dictateurs. Celle des Somoza au Nicaragua appartient à la seconde catégorie, avec la brutalité en plus et la légitimité en moins. Anastasio Somoza García, né le 1er février 1896 à San Marcos, dans le département de Carazo, en est le fondateur : un homme sorti de nulle part qui sut exploiter l’occupation américaine de son pays pour s’emparer du pouvoir, assassiner le plus grand héros national de son époque, et bâtir en vingt ans un empire personnel représentant le tiers de la terre arable du Nicaragua. Ses fils gouvernèrent après lui jusqu’en 1979, date à laquelle les Sandinistes mirent fin à quarante-deux ans de pouvoir familial.

Un Nicaraguayen formé à Philadelphie

Le père de Somoza García est un planteur de café relativement aisé. Anastasio fait ses études secondaires à l’Instituto Nacional de Oriente, puis part aux États-Unis et fréquente la Pierce School of Business Administration de Philadelphie, où il apprend l’anglais courant et développe l’aisance avec les Américains qui lui sera si utile. De retour au Nicaragua, il épouse Salvadora Debayle Sacasa, issue d’une des familles les plus puissantes du pays, son oncle, Juan Bautista Sacasa, sera président de la République.

Ces réseaux familiaux et son bilinguisme parfait en font l’interlocuteur privilégié des Marines américains qui occupent le Nicaragua depuis 1912, presque sans interruption. En 1933, quand Washington décide de retirer ses troupes dans le cadre de la politique de bon voisinage de Franklin Roosevelt, l’ambassadeur américain Matthew Hanna recommande Somoza García pour prendre la tête de la toute nouvelle Guardia Nacional : corps militaire et policier formé par les Marines pour assurer la stabilité du pays après leur départ. Somoza a 37 ans et, désormais, une armée personnelle.

Le meurtre de Sandino : le crime fondateur

Depuis 1927, le général Augusto César Sandino mène une guérilla nationaliste contre l’occupation américaine dans les montagnes du nord du Nicaragua. Homme de principe, adversaire déclaré de l’impérialisme, il est une figure admirée dans toute l’Amérique latine. Quand les Marines se retirent en janvier 1933, Sandino accepte un cessez-le-feu et engage des négociations de paix avec le président Sacasa.

Le 21 février 1934, Sandino se rend au Palais présidentiel à Managua pour de nouveaux pourparlers. À sa sortie, des hommes de la Guardia Nacional l’interceptent avec deux de ses généraux, les forcent à descendre de voiture et les exécutent sommairement, en violation flagrante de la garantie de sauf-conduit accordée par le président. L’ordre venait de Somoza García.

Ce meurtre, crime politique fondateur du somocisme, lui vaut la réprobation internationale et une impunité totale dans son pays. Avec Sandino mort et ses guérilleros dispersés, plus rien ne s’oppose à son ascension.

La prise du pouvoir et l’édification de l’empire

En 1936, Somoza force son propre oncle par alliance, le président Sacasa, à démissionner. Le 1er janvier 1937, il prend officiellement la présidence à l’issue d’une élection sans surprise. Il a 40 ans et gouvernera le Nicaragua, directement ou à travers des présidents-fantoches, jusqu’à sa mort vingt ans plus tard.

Son régime repose sur trois piliers : la Guardia Nacional, instrument de répression omniprésent ; les États-Unis, dont il est l’allié indéfectible au nom de l’anticommunisme ; et une fortune personnelle colossale bâtie sur la captation systématique des richesses nationales. On lui attribue, probablement à juste titre, la phrase que lui prête la légende diplomatique : Franklin Roosevelt aurait dit à son sujet « C’est peut-être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute ». L’authenticité exacte de cette citation est débattue par les historiens, mais elle résume parfaitement la nature de la relation.

La famille Somoza accumule des plantations de café, de coton et d’élevage, fonde la compagnie aérienne nationale LANICA, des filatures, une compagnie de navigation et fait construire un port sur le Pacifique baptisé Puerto Somoza. À la fin de son règne, la famille possède le tiers des terres arables du Nicaragua. La corruption, détournements d’aide étrangère, pots-de-vin, monopoles accordés à ses proches, est systémique et sans vergogne.

Le poète et le dictateur : la mort à León

Le 21 septembre 1956, Somoza García assiste à une fête organisée en son honneur au Club Social de Obreros de León, dans le cadre de sa campagne pour un nouveau mandat présidentiel. Rigoberto López Pérez, poète nicaraguayen de 27 ans, a réussi à s’infiltrer parmi les invités. Il tire cinq coups de revolver calibre .38 sur le dictateur, l’atteignant à la poitrine. Les gardes du corps ripostent avec 54 balles : López Pérez tombe mort sur le champ.

Somoza est transporté d’urgence à l’hôpital militaire américain de Gorgas, dans la zone du canal de Panama. Il agonise pendant huit jours. Il meurt le 29 septembre 1956. Dans sa dernière lettre à sa mère, López Pérez avait écrit qu’il offrait sa vie pour « commencer la fin de la tyrannie ». Le Gouvernement sandiniste le déclara héros national en 1981.

La succession : Luis, puis Tachito

La mort du patriarche ne met pas fin à la dynastié. Son fils aîné Luis Somoza Debayle prend la présidence ; relativement moins brutal que son père, il maintient le système intact. Puis c’est le second fils, Anastasio Somoza Debayle : surnommé « Tachito », diplômé de West Point : qui s’impose, d’abord comme chef de la Guardia Nacional puis comme président à partir de 1967.

Le 23 décembre 1972, un séisme de magnitude 6,2 rase Managua : environ 10 000 morts parmi les 400 000 habitants. La catastrophe aurait pu légitimer le régime si Tachito en avait fait bon usage. Il en fait le contraire : sa Guardia Nacional détourne une grande partie de l’aide internationale, les contrats de reconstruction sont attribués à des proches et associés, et il aurait même fait exporter les stocks de plasma sanguin d’urgence à l’étranger. Cette prédation lors d’une catastrophe nationale rompt le pacte tacite avec les élites économiques qui toléraient jusque-là le régime.

Le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), fondé en 1961 en référence explicite à Sandino, monte en puissance. Le 10 janvier 1978, l’assassinat de Pedro Joaquín Chamorro, directeur du quotidien d’opposition La Prensa, déclenche une insurrection de masse. En 1979, le président Jimmy Carter, rompu avec la tradition de soutien inconditionnel aux alliés autoritaires, retire l’appui américain.

Le 17 juillet 1979, Tachito démissionne et fuit Managua à bord d’un avion cargo Curtiss C-46, emportant les cercueils de son père et de son frère Luis, et, selon les sources, une partie substantielle des réserves de change du Nicaragua. Les États-Unis lui refusent l’asile permanent ; il se réfugie au Paraguay de Stroessner.

Le 17 septembre 1980, une bombe explose dans sa voiture à Asunción : Anastasio Somoza Debayle est tué. Il avait 54 ans. Le FSLN a été impliqué dans l’attentat.

Quarante-deux ans de dynastié Somoza s’achèvent dans une rue paraguayenne.

Grandes dates de la Dynastie Somoza

  • 1er février 1896 : Naissance d’Anastasio Somoza García à San Marcos, Nicaragua (0 an)
  • 1933 : Nommé chef de la Guardia Nacional par les États-Unis au départ des Marines (37 ans)
  • 21 février 1934 : Fait assassiner Augusto César Sandino (38 ans)
  • 1936 : Force son oncle par alliance, le président Sacasa, à démissionner (40 ans)
  • 1er janvier 1937 : Prend officiellement la présidence du Nicaragua (40 ans)
  • 21 septembre 1956 : Tiré cinq balles par le poète Rigoberto López Pérez à León (60 ans)
  • 29 septembre 1956 : Meurt à l’hôpital américain de Gorgas, Panama (60 ans)
  • 1956-1967 : Son fils Luis Somoza Debayle gouverne (puis puppets)
  • 1967 : Anastasio Somoza Debayle (« Tachito ») prend la présidence (42 ans)
  • 23 décembre 1972 : Séisme de Managua : ~10 000 morts ; détournement massif de l’aide internationale
  • 10 janvier 1978 : Assassinat de Pedro Joaquín Chamorro ; insurrection de masse
  • 17 juillet 1979 : Tachito fuit Managua ; les Sandinistes prennent le pouvoir (fin de 42 ans de dynastié)
  • 17 septembre 1980 : Tachito assassiné à Asunción, Paraguay (54 ans)
Retour en haut