25 mai 2026
Un soulèvement sur les toits de Barinas
Des centaines de détenus de l’Internado Judicial de Barinas (Injuba), situé dans l’ouest du Venezuela à quelque 500 kilomètres de Caracas, ont pris le contrôle de l’établissement dans la journée du dimanche 24 mai en grimpant sur les toits, en brûlant matelas et draps, et en déployant des banderoles portant les inscriptions « SOS » et « Ils nous torturent ». Des colonnes de fumée noire étaient visibles depuis les abords de la prison tandis que les détenus scandaient en chœur : « Plus de torture ! Plus de torture ! » Un journaliste de l’AFP présent sur place a pu observer directement la scène. Selon l’Observatorio Venezolano de Prisiones (OVP), une ONG disposant d’un statut consultatif auprès du Système interaméricain des droits de l’homme, quelque 1 200 hommes et plus de 100 femmes incarcérés dans l’établissement ont rejoint ce mouvement. Des agents armés de boucliers ont encerclé le centre de détention, pendant que des dizaines de proches attendaient aux abords sans aucune information sur leurs êtres chers.
Dix jours de tensions avant l’explosion
La crise ne s’est pas déclenchée sans avertissements répétés. Selon les alertes de l’OVP réunies par Infobae, les tensions avaient commencé à monter dès le 14 mai, lorsque des familles rassemblées devant l’Injuba avaient dénoncé le refus des autorités de laisser entrer de la nourriture et signalé des maltraitances à l’intérieur. Le 16 mai, des hommes encagoulés auraient perpétré des violences à l’intérieur du pénal et une quarantaine de détenus avaient été transférés vers des destinations inconnues, sans que leurs proches en soient informés. Le 19 mai, le cas du prisonnier politique Tito Livio Volcanes Dávila avait concentré l’attention des défenseurs des droits humains : hospitalisé en urgence dans un état critique, sa prise en charge médicale avait selon le Comité des droits humains de Vente Venezuela été obstaculisée par le directeur du pénal. Relâché le 20 mai dans le cadre d’une annonce de libération de 300 prisonniers politiques par l’Assemblée nationale chaviste, son cas illustrait la gravité de la situation. Le 21 mai, des familles avaient attendu depuis cinq heures du matin sous la pluie devant l’établissement, sans recevoir la moindre information sur les visites programmées.
Un directeur accusé d’avoir ordonné de tirer
Au cœur des revendications des détenus se trouve le nom d’Elvis Macuare Guerrero, nouveau directeur de l’établissement nommé le 20 mai après la destitution de son prédécesseur Robert Cabeza. Les détenus l’accusent de les soumettre à des fouilles violentes, à l’isolement et à des tortures depuis sa prise de fonctions. Selon l’OVP, les internés affirment avoir déclenché une manifestation pacifique qui aurait été réprimée par le personnel de surveillance accompagné du nouveau directeur, lequel aurait ordonné de tirer sur la population carcérale. Plusieurs blessés ont été signalés sans que leur nombre ni leur état n’aient été précisés. Dans le même temps, des gaz lacrymogènes ont été lancés dans l’annexe féminine, contraignant les détenus masculins à évacuer eux-mêmes les femmes incapacitées par les fumées. Une proche de détenu, Yelitza Arrollo, a confié à l’AFP : « Ils souffrent parce qu’on les bat terriblement, on les torture, on leur verse de l’eau froide dessus, on les électrocute, on les brûle, on les maltraite terriblement. Nous voulons que le directeur soit destitué. » Au moment des premières dépêches, le gouvernement de Delcy Rodríguez n’avait émis aucun communiqué officiel.
L’OVP alerte les instances internationales
L’Observatorio Venezolano de Prisiones a indiqué surveiller la situation en continu et « documenter les faits pour les porter à l’attention du Système interaméricain et universel des droits de l’homme ». L’organisation souligne que le ministère pénitentiaire « ignore les détenus, qui dénoncent des mauvais traitements depuis plus d’une semaine » et que, loin d’être entendus, ceux-ci se sont vus tirer dessus et gazer. Les familles massées à l’extérieur craignaient qu’une répression plus brutale ne dégénère en massacre, certains proches n’ayant reçu aucune nouvelle depuis le 8 mai.
Un système pénitentiaire en crise structurelle
L’épisode de Barinas s’inscrit dans une crise carcérale profonde et documentée. Entre avril et les premiers jours de mai 2026, l’OVP a recensé au moins 14 morts en détention au Venezuela. Le 20 avril, une émeute au Centre pénitentiaire Yare III, à 70 kilomètres de Caracas, avait fait cinq morts ; deux semaines plus tard, le ministère pénitentiaire n’avait toujours fourni aucune explication ni aucun bilan des blessés. Des organisations de défense des droits de l’homme dénoncent depuis des années le surpeuplement, le manque de nourriture et de soins médicaux, ainsi que ce qu’elles décrivent comme des violations systématiques dans les prisons vénézuéliennes. Depuis la destitution de Nicolás Maduro en janvier 2026 à la suite d’une opération américaine, le gouvernement intérimaire de Delcy Rodríguez fait face à des pressions croissantes pour libérer les prisonniers politiques, mais le système pénitentiaire demeure, selon les observateurs, structurellement hors de contrôle.
