Cubadisco 2026 : à La Havane, le festival de musique résiste à la crise

26 mai 2026

Une foire internationale maintenue envers et contre tout

Le festival international de l’industrie musicale cubaine Cubadisco a tenu son édition 2026 à La Havane du 16 au 24 mai, sous le signe d’une résilience revendiquée. Dans un pays frappé par une crise énergétique et économique sans précédent, Indira Fajardo, présidente de l’Institut cubain de la musique (ICM), avait défendu la tenue de l’événement avec fermeté lors de l’annonce des nominations le 1er mai. « Malgré la situation actuelle dans le pays, ce Cubadisco devait avoir lieu, parce que les musiciens et la musique cubains défendent Cuba, leur patrie, avant tout ; et aussi parce que nous devons offrir beaucoup de joie au peuple cubain, une joie que certains veulent nous enlever, et que nous avons la responsabilité de préserver », avait-elle déclaré.

Hommage au son cubain et à Jorge Gómez Barranco

L’édition 2026 est dédiée au son cubain, genre fondateur de la musique de l’île. Elle rend également hommage à Jorge Gómez Barranco (1943-2026), leader du Grupo Moncada et président de Cubadisco pendant plus d’une décennie, décédé peu avant la tenue du festival. Parmi les œuvres en compétition, le pianiste Roberto Fonseca concourt avec Nuit Parisienne à La Havane, enregistré aux côtés du violoncelliste français Vincent Segal. Le groupe légendaire Los Van Van est représenté par leur album Virus, tandis que le duo Rolando Luna et Annys Batista défend le projet expérimental Locuras. Une nouvelle catégorie fait son apparition cette année : En Redes, dédiée aux productions conçues pour l’écosystème numérique.

220 œuvres soumises, une industrie qui tient bon

Au total, 220 œuvres ont été présentées au comité de sélection, dont 124 ont été retenues dans plus de 35 catégories. Elsida González, directrice exécutive du label EGREM, s’est dite surprise par le résultat : « Ce sont des temps très difficiles pour la production, mais nous avons reçu 13 nominations, ce que nous n’attendions pas, car de nombreux albums de grande qualité ont été soumis. » Le compositeur et producteur Cary Diez, président du comité des prix, a quant à lui salué le travail accompli « pour le sacré acte de création », dans des conditions jugées particulièrement éprouvantes.

La lumière du Pabellón Cuba, l’obscurité du voisinage

La tenue du festival n’est pas passée sans susciter l’indignation. Un habitant du secteur du Focsa, dans le quartier d’El Vedado, a publié un témoignage virulent sur le groupe Facebook « Unión Eléctrica en Cuba » : tandis que sa zone ne disposait que de quatre heures d’électricité un dimanche, le Pabellón Cuba, siège de la foire Cubadisco, restait entièrement illuminé, ainsi que toute la bande jusqu’à l’Avenue du Port. « Existe-t-il un plus grand cynisme que d’utiliser la situation du pays comme prétexte pour toute cette corruption ? Enlever l’électricité aux gens pendant des jours entiers pour l’octroyer aux désordres, voire à un concert de deux heures ? » écrit l’internaute, identifié sous le pseudonyme Guglielmo Tell, accompagnant son message d’une photographie nocturne illustrant le contraste frappant. Le soir même, une fête organisée sur le site de La Piragua, sur le Malecón, s’est prolongée jusqu’à deux heures du matin avant de dégénérer en bagarres devant l’hôtel Capri.

Un pays sous tension, la culture comme bouclier

Ce contraste résume la fracture profonde qui traverse Cuba en 2026. Le 19 mai, l’Union Électrique signalait une disponibilité de seulement 1 150 MW pour une demande de 2 700 MW. En avril, l’Observatoire cubain des conflits avait recensé 1 133 manifestations, dont 153 directement liées aux coupures d’électricité et au manque d’eau. Pour les autorités cubaines, la culture, et Cubadisco en particulier, reste un instrument de cohésion nationale. Pour une partie de la population havanaise, elle reflète avant tout une inégalité criante dans l’accès aux ressources les plus élémentaires.

Retour en haut