ISLA DE LA JUVENTUD

Tourisme à l’Isla de la Juventud, Voyages, découvertes et sites incontournables

L’Isla de la Juventud (île de la Jeunesse) est la deuxième plus grande île de Cuba, avec 2 419 km² de superficie, et la sixième des Caraïbes. Située à environ 100 km au sud-ouest de l’île principale, séparée d’elle par le golfe de Batabanó, elle compte quelque 86 500 habitants et sa capitale est Nueva Gerona, fondée en 1830. Anciennement appelée Isla de Pinos (île des Pins), elle a pris son nom actuel en 1978. Administrée directement par le gouvernement central cubain, elle constitue une municipalité spéciale, statut unique dans l’organisation territoriale du pays.

Repaire légendaire de pirates pendant trois siècles, terre d’exil pour José Martí, prison de Fidel Castro avant la révolution, sanctuaire de plongée parmi les plus préservés des Caraïbes : l’île cumule les strates historiques et naturelles avec une discrétion qui en fait l’une des destinations les plus authentiques de Cuba.


Patrimoine UNESCO

Réserve de biosphère de Punta Francés, Programme MAB, 1987

La zone de Punta Francés, sur la côte ouest de l’île, est reconnue par l’UNESCO au titre du Programme Man and Biosphere (MAB) depuis 1987. Elle abrite un écosystème marin exceptionnel : récifs coralliens intacts, mangroves, herbiers marins et plages à nidification de tortues. Le Parc marin national de Punta Francés, créé en 1980, y est intégré et protège l’un des fonds sous-marins les mieux conservés de la région caribéenne.

Nota bene : L’Isla de la Juventud ne possède pas de site inscrit sur la Liste du patrimoine mondial (WHC) de l’UNESCO. La reconnaissance de Punta Francés relève du programme MAB (réserves de biosphère), distinct du classement WHC.

Grottes de Punta del Este, monument national

Les grottes de Punta del Este ne sont pas inscrites au patrimoine mondial UNESCO, mais sont classées monument national de Cuba depuis 1979. Elles sont considérées par les spécialistes comme l’un des ensembles d’art rupestre précolombien les plus importants de toute la Caraïbe. L’érudit cubain Fernando Ortiz les a qualifiées de « Chapelle Sixtine de l’art rupestre caribéen », formule souvent reprise depuis.


Histoire de l’île

Les premiers habitants et la découverte européenne

L’île était peuplée par les Ciboneys (ou Siboneyes), peuple amérindien précolombien dont les traces les plus remarquables sont les peintures rupestres des grottes de Punta del Este. Christophe Colomb aborda l’île le 13 juin 1494, lors de son second voyage, et la nomma La Evangelista, la revendiquant pour la couronne d’Espagne. Elle fut également désignée sous les noms d’Île au Trésor et d’Île des Perroquets dans les récits espagnols des siècles suivants.

Trois siècles de piraterie

Les hauts-fonds entourant l’île interdisaient l’accès aux lourds galions espagnols, mais permettaient aux embarcations légères des flibustiers de mouiller sans risque. Pendant près de trois siècles, l’île fut une base et un refuge pour les pirates et corsaires des Caraïbes. Des personnages aussi célèbres que Francis Drake, Henry Morgan, Olivier Exquemelin et Jacques de Sores y auraient caché leurs butins. Cette réputation d’île au trésor traversa l’Atlantique et alimenta l’imaginaire européen.

Colonisation et fondation de Nueva Gerona

La couronne espagnole décida de coloniser l’île au début du XIXe siècle. La capitale, Nueva Gerona, fut fondée le 17 décembre 1830 par le capitaine général Francisco Dionisio Vives, avec pour mission explicite de contrecarrer l’activité des pirates qui persistaient dans l’archipel des Canarreos.

José Martí à la Finca El Abra

Le héros national cubain José Martí fut exilé sur l’île avant d’être expulsé vers l’Espagne. Il séjourna à la Finca El Abra, une propriété rurale dont la maison est aujourd’hui transformée en musée. On peut y voir des documents, des lettres et des meubles d’époque témoignant de cette période charnière dans la vie du père de l’indépendance cubaine.

Le Presidio Modelo et Fidel Castro

Le Presidio Modelo est l’édifice historique le plus chargé politiquement de l’île. Cette prison à architecture panoptique, cinq blocs circulaires de cellules disposées en niveaux autour d’un poste central d’observation, fut construite entre 1926 et 1931 sous la présidence du dictateur Gerardo Machado, sur le modèle du pénitencier de Joliet (Illinois, États-Unis). Sa capacité maximale était de 5 000 détenus.

En octobre 1953, les survivants de l’assaut raté de la caserne Moncada, dont Fidel Castro et son frère Raúl, y furent incarcérés. Le dictateur Fulgencio Batista commit l’erreur stratégique de les regrouper dans l’aile hospitalière, où ils organisèrent une véritable école révolutionnaire. Fidel Castro écrivit à l’époque : « Quelle école fantastique que cette prison ! ». Ils y restèrent jusqu’en mai 1955.

Après la victoire de la révolution en 1959, le Presidio Modelo resta en activité et fut utilisé par le gouvernement castriste pour incarcérer des milliers de prisonniers politiques jusqu’à sa fermeture en 1967. Il est aujourd’hui classé monument national et abrite un musée dans son ancienne aile hospitalière.


Sites incontournables

Grottes de Punta del Este

Situées sur la côte sud-est de l’île, le long d’une plage sauvage, les Cuevas de Punta del Este constituent le joyau archéologique de l’île. Le système compte plusieurs cavités dont la principale, désignée par Fernando Ortiz comme le « temple aborigène cubain », renferme 213 pictogrammes, soit près d’un tiers de toutes les peintures rupestres connues à Cuba.

Les dessins, attribués aux Ciboneys, représentent des cercles concentriques rouges et noirs dont la signification reste débattue : selon plusieurs chercheurs, ils renverraient à une représentation du cosmos. La découverte de ces grottes par le monde scientifique est attribuée au géologue français Charles Berchon, qui les décrivit en 1903.

Presidio Modelo

Voir section Histoire. Le bâtiment, désaffecté depuis 1967, est aujourd’hui un musée et monument national. La visite de l’architecture panoptique, inchangée depuis la construction, est saisissante. L’aile hospitalière abrite des expositions sur l’histoire de la prison et sur le séjour de Fidel Castro.

Finca El Abra

Propriété rurale transformée en musée dédié à José Martí, la Finca El Abra permet de découvrir le cadre dans lequel le héros national vécut son exil insulaire avant d’être expulsé vers l’Espagne. Documents originaux, mobilier d’époque et jardins constituent l’essentiel de la visite.

Nueva Gerona

La capitale de l’île est une ville tranquille et à taille humaine, traversée par le Río Las Casas. Elle abrite le Musée d’histoire naturelle et le Musée municipal, ainsi que quelques bâtiments coloniaux bien conservés. C’est le principal point de départ pour explorer l’île.


Nature, plongée et écotourisme

Punta Francés, sanctuaire sous-marin

La côte ouest de l’île, autour de Punta Francés, est unanimement considérée comme l’un des spots de plongée les plus exceptionnels de Cuba et de toute la Caraïbe. 56 sites de plongée ont été balisés, entre 20 et 60 mètres de profondeur, offrant tombants, crevasses, grottes immergées, canyons et épaves.

La faune marine est remarquable et peu farouche : coraux noirs, éponges tubulaires géantes, coraux cerveaux, tortues marines, raies, poissons-perroquets. La plage de Punta Francés s’étend sur 3 km de sable blanc où des tortues marines viennent nidifier.

Cayo Largo del Sur

Bien que administrativement rattaché à la province de l’île, Cayo Largo del Sur est une île distincte, accessible uniquement par avion ou bateau. Elle est connue pour ses plages de sable blanc immaculé, dont Playa Sirena, souvent citée parmi les plus belles de Cuba, et ses plus de 30 sites de plongée explorant tunnels, parois abruptes et coraux. C’est la principale destination balnéaire de l’archipel des Canarreos.

Faune terrestre

L’île abrite un élevage de crocodiles cubains (Crocodylus rhombifer), espèce endémique de Cuba inscrite sur la Liste rouge de l’UICN comme gravement menacée. Cet élevage joue un rôle actif dans la conservation de l’espèce. Des flamants roses, des iguanes et une avifaune variée peuplent les zones de mangroves et les lagunes du sud de l’île.


Culture et art de vivre

L’île possède une identité culturelle propre, marquée par son histoire singulière, terre d’exil, de piraterie, de révolution, et par son relatif isolement géographique. La population, plus réduite et dispersée que dans les grandes villes cubaines, entretient une vie de quartier et de proximité caractéristique.

Nueva Gerona concentre l’essentiel de la vie culturelle : casa de la cultura, musiques traditionnelles cubaines (son, trova), marché local animé. L’île attire également des artistes et des voyageurs en quête d’une Cuba moins touristifiée, plus authentique.

La gastronomie reflète celle du reste de Cuba, riz, haricots noirs, porc rôti, poissons et fruits de mer frais, compte tenu de la proximité de la mer, avec une production locale de miel, de bois précieux et d’agrumes qui ont longtemps constitué les ressources de l’île.


Le saviez-vous ?

L’île au trésor de Stevenson ? La tradition locale attribue à l’ancienne Isla de Pinos l’inspiration du roman L’Île au Trésor de Robert Louis Stevenson (1883). Cette connexion est populairement acceptée à Cuba, mais aucun document historique ne prouve formellement que Stevenson connaissait ou s’était inspiré de cette île spécifiquement. À noter avec prudence : il s’agit d’une tradition, non d’un fait documenté.

Six noms pour une île. En cinq siècles, l’île a porté au moins six appellations : La Evangelista (Colomb, 1494), Île au Trésor, Île des Perroquets (période espagnole), Isla de Pinos (nom officiel jusqu’en 1978), et enfin Isla de la Juventud, nom donné par le gouvernement révolutionnaire en référence aux milliers de jeunes étudiants étrangers qui y vinrent dans les années 1970 dans le cadre des accords de coopération cubains.

La prison qui forma des révolutionnaires. Le Presidio Modelo fut d’abord utilisé pour emprisonner Fidel Castro, qui en fit une école révolutionnaire clandestine. Devenu président, il utilisa ensuite cette même prison pour incarcérer ses propres opposants politiques, une ironie historique que le musée actuel ne passe pas sous silence.

Le « temple aborigène cubain ». La grotte n°1 de Punta del Este contient à elle seule 213 pictogrammes, soit environ un tiers de tout l’art rupestre connu à Cuba. Fernando Ortiz, le plus grand ethnologue cubain du XXe siècle, lui donna le titre de temple aborigène cubain.

Une île administrée comme aucune autre. L’Isla de la Juventud est la seule entité administrative de Cuba qui ne soit ni une province ni un simple municipe : elle constitue une municipalité spéciale administrée directement par le gouvernement central, statut unique sur l’île.

 

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