FAUNE & FLORE – AMAZONIE

Faune et Flore en Amazonie

L’Amazonie, dix pour cent du vivant sur un seul territoire

L’Amazonie est la plus grande forêt tropicale du monde. Elle couvre environ 7 millions de km² répartis sur 9 pays : le Brésil (60 % de la surface), le Pérou (13 %), la Colombie (10 %), puis la Bolivie, l’Équateur, le Venezuela, le Guyana, le Suriname et la Guyane française, selon les données de référence de l’Amazon Network (RAISG). Le bassin hydrographique de l’Amazone est le plus grand au monde avec 7 millions de km² de drainage alimentant le fleuve qui représente à lui seul 20 % des eaux douces mondiales déversées dans les océans.

Cette région abrite 10 % des espèces connues sur Terre. On y recense au moins 40 000 espèces de plantes, 16 000 espèces d’arbres, 2 200 espèces de poissons d’eau douce, 1 294 espèces d’oiseaux, 427 espèces de mammifères, 428 espèces d’amphibiens et 378 espèces de reptiles, selon Britannica et WWF. Ces chiffres sont des estimations minimales : selon le WWF, une nouvelle espèce était découverte en Amazonie tous les deux jours en moyenne sur la période 2014–2015, avec 381 nouvelles espèces identifiées en deux ans. Les portions de forêt encore vierges et non inventoriées laissent supposer que la biodiversité réelle dépasse largement les chiffres officiels.

Les grands écosystèmes amazoniens

La forêt de terre ferme (terra firme)

La forêt de terre ferme, jamais inondée, couvre la majorité du bassin. Elle se caractérise par une canopée dense à 30–40 m, une sous-canopée ombrée et un sol pauvre en nutriments (la fertilité est maintenue par le recyclage rapide de la matière organique). C’est l’habitat du jaguar (Panthera onca), du tapir d’Amazonie (Tapirus terrestris, VU), du grand fourmilier (Myrmecophaga tridactyla, VU) et de la majorité des espèces endémiques.

Les forêts inondables (várzea et igapó)

Les várzeas sont des forêts inondées chaque année par des eaux riches en sédiments (eaux blanches des Andes) ; les igapós sont inondés par des eaux noires acides, pauvres en nutriments. Ces deux types forestiers accueillent une faune aquatique exceptionnelle : le dauphin rose (Inia geoffrensis, EN), la loutre géante (Pteronura brasiliensis, EN), l’arapaïma (Arapaima gigas, Data Deficient UICN, exploité à l’Annexe II CITES), et le caïman noir (Melanosuchus niger, LC, espèce récupérée après surexploitation historique). Les nénuphars géants Victoria amazonica prospèrent dans ces eaux calmes.

Les savanes et cerrado de transition

À la périphérie sud et est du bassin amazonien, la forêt se fond progressivement dans le Cerrado (Brésil) et les Llanos (Colombie, Venezuela). Ces zones de transition abritent une biodiversité de transition, dont de nombreuses espèces migratrices entre biomes.

Les rivières et zones humides

L’Amazone et ses milliers d’affluents constituent l’un des réseaux d’eau douce les plus riches de la planète : 2 200 espèces de poissons y ont été recensées, soit plus que dans l’ensemble de l’Atlantique. Certains affluents abritent des espèces uniques à un seul bassin versant.

Faune emblématique et espèces phares

Le jaguar (Panthera onca), Statut UICN : Quasi menacé (NT), 2018. Présent dans l’ensemble du bassin amazonien (Brésil, Pérou, Colombie, Bolivie, Équateur, Venezuela, Guyana, Suriname). Prédateur apical dont la présence indique l’intégrité de l’écosystème. Espèce partagée entre 18 pays d’Amérique latine.

La loutre géante (Pteronura brasiliensis), Statut UICN : En danger (EN). Présente dans le bassin amazonien et l’Orénoque (Brésil, Pérou, Colombie, Bolivie, Venezuela, Guyana, Suriname, Équateur, Guyane française). La plus grande loutre du monde (jusqu’à 1,8 m). Elle a perdu 80 % de son aire de répartition historique suite à la chasse intensive au XXe siècle. Sa récupération partielle est liée à la protection des aires protégées amazoniennes.

Le grand fourmilier (Myrmecophaga tridactyla), Statut UICN : Vulnérable (VU). Présent du Venezuela au nord de l’Argentine, avec une forte concentration en Amazonie (Brésil, Colombie, Pérou, Bolivie). Sa langue peut s’allonger jusqu’à 60 cm et effectuer 150 mouvements par minute. Les incendies de forêt et la fragmentation des habitats sont ses principales menaces.

Le tatou géant (Priodontes maximus), Statut UICN : Vulnérable (VU). Le plus grand tatou du monde (jusqu’à 60 kg), présent dans le bassin amazonien et les cerrados adjacents (Brésil, Pérou, Colombie, Venezuela, Bolivie, Équateur, Guyane). Son déclin est estimé à plus de 30 % en trois générations. Il joue un rôle écologique clé comme ingénieur de l’écosystème, ses terriers sont utilisés par des dizaines d’autres espèces.

Le dauphin rose (Inia geoffrensis), Statut UICN : En danger (EN), évaluation 2018. Présent dans les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque (Brésil, Colombie, Pérou, Bolivie, Venezuela, Équateur). Espèce emblématique des fleuves amazoniens, menacée par la contamination au mercure liée à l’orpaillage illégal, les captures accidentelles et la fragmentation des cours d’eau par les barrages.

L’anaconda commun (Eunectes murinus), Statut UICN : Préoccupation mineure (LC). Le plus lourd serpent du monde (jusqu’à 250 kg), présent dans les zones humides de l’Amazonie et de l’Orénoque. Sa présence dans les várzeas et igapós en fait un régulateur clé des populations de caïmans, capybaras et poissons. Espèce partagée.

Avifaune : les oiseaux remarquables

L’Amazonie abrite plus de 1 300 espèces d’oiseaux (selon les données RAISG et BirdLife), représentant près d’un sixième de la diversité aviaire mondiale. Cette richesse s’explique par la stratification verticale de la canopée qui crée de multiples niches écologiques.

L’aigle harpie (Harpia harpyja), Statut UICN : Vulnérable (VU), reclassé en 2021. Le plus grand et le plus puissant rapace de l’hémisphère occidental (envergure jusqu’à 2 m, serres comparables aux griffes d’un ours). Présent du Mexique à l’Argentine, ses populations les plus importantes se trouvent aujourd’hui dans le cœur de l’Amazonie brésilienne et dans les Guyanes. Il se nourrit principalement de singes et de paresseux. La déforestation l’a fait disparaître de larges portions de son aire historique.

Le hoazin huppé (Opisthocomus hoazin), Statut UICN : Préoccupation mineure (LC). Oiseau archaïque unique en son genre (seule espèce de l’ordre des Opisthocomiformes), présent dans les forêts galeries et várzeas d’Amazonie et d’Orénoque (Brésil, Colombie, Venezuela, Pérou, Bolivie, Équateur, Guyanes). Ses poussins possèdent des griffes temporaires aux ailes, rappelant des oiseaux préhistoriques.

Le toucan toco (Ramphastos toco), Statut UICN : LC. Le plus grand toucan du monde, emblème des forêts tropicales d’Amérique du Sud. Son bec sert à la thermorégulation et à la cueillette des fruits.

Les aras (Ara spp.), Plusieurs espèces présentes : l’ara rouge (Ara macao, LC), l’ara militaire (Ara militaris, VU), l’ara hyacinthe (Anodorhynchus hyacinthinus, VU), ce dernier étant le plus grand perroquet volant du monde, présent principalement au Brésil et en Bolivie.

Flore emblématique et végétaux phares

Victoria amazonica (nénuphar géant), Famille : Nymphaeaceae. Endémique du bassin amazonien (Brésil, Bolivie, Colombie, Pérou, Guyana). Ses feuilles flottantes peuvent atteindre 3 m de diamètre et supporter plusieurs dizaines de kilogrammes. Elles sont soutenues par une structure nervurée en étoile qui a inspiré l’ingénieur Joseph Paxton pour la conception du Crystal Palace de Londres (1851). Ses fleurs blanches deviennent roses puis rouges en 48 heures.

L’hévéa (Hevea brasiliensis), Famille : Euphorbiaceae. Arbre natif du bassin amazonien (Brésil, Pérou, Équateur, Colombie, Bolivie). Source du caoutchouc naturel, il a déclenché le cycle de la « Fièvre du caoutchouc » (1850–1920), l’une des plus dramatiques exploitations coloniales de l’Amazonie. Statut UICN : non évalué. Il peut vivre jusqu’à 100 ans et atteindre 40 m de hauteur.

Le châtaignier d’Amazonie (Bertholletia excelsa), Famille : Lecythidaceae. Statut UICN : Vulnérable (VU). Présent dans toute l’Amazonie (Brésil, Bolivie, Pérou, Colombie, Venezuela, Guyanes). L’un des plus grands arbres de la forêt (jusqu’à 55 m), il peut vivre plus de 1 000 ans. Sa reproduction dépend exclusivement d’une abeille spécifique (Xylocopa spp.) et d’un rongeur (l’agouti) pour disperser ses graines. Il ne pousse que dans les forêts primaires.

Le cacao sauvage (Theobroma cacao), Famille : Malvaceae. Le bassin amazonien est considéré comme l’un des centres d’origine du cacao, aux côtés des forêts mésoaméricaines. Plusieurs espèces sauvages du genre Theobroma subsistent dans les sous-bois amazoniens. Statut UICN du cacao sauvage : non évalué formellement.

Les orchidées : La forêt amazonienne abrite des milliers d’espèces d’orchidées épiphytes, dont une proportion encore mal documentée. La famille des Orchidaceae est la plus diverse de toute la flore amazonienne. Des dizaines de nouvelles espèces sont décrites chaque année lors d’inventaires régionaux.

Peuples autochtones et biodiversité

L’Amazonie est habitée par plus de 400 peuples autochtones représentant environ 3 millions de personnes dans les 9 pays du bassin. Les territoires autochtones couvrent 16 % de la superficie des pays amazoniens. Des études scientifiques publiées en 2023 et 2024 (Mongabay, World Bank) confirment que les territoires gérés par des communautés autochtones présentent des taux de déforestation systématiquement inférieurs à ceux des zones non protégées, même en comparaison avec certaines aires protégées officielles. Ces territoires constituent donc une composante essentielle de la conservation amazonienne.

Aires protégées

Selon les données de Protected Planet et du MAAP Program (2024), 23,6 % de l’Amazonie (environ 197 millions d’hectares) est couverte par des aires protégées formelles (parcs nationaux et réserves d’État). En ajoutant les territoires autochtones, environ 40 % du bassin serait sous une forme de conservation, selon une étude de 2024 citée par Mongabay.

Les plus grandes aires protégées incluent le Parc national de Chiribiquete en Colombie (43 000 km², UNESCO 2018), le Parc national Jaú au Brésil (23 000 km², UNESCO 2000), la Réserve nationale de Pacaya-Samiria au Pérou (2,1 millions d’ha), et l’ensemble du Bassin du Congo amazonien partagé par plusieurs pays. De nombreuses zones restent toutefois sous-protégées et exposées à la pression minière et agricole.

Espèces menacées et déforestation

Déforestation : selon INPE (Brésil) et Global Forest Watch, la déforestation en Amazonie brésilienne a atteint son niveau le plus bas en 9 ans sur la période août 2023 – juillet 2024 (baisse de 31 % par rapport à la période précédente), selon Mongabay (novembre 2024). Cependant, la dégradation par les incendies a atteint un record historique en 2024 avec 2,8 millions d’hectares affectés en Amazonie brésilienne, dépassant le précédent record de 1,7 million d’hectares (2016), selon EcoWatch.

Des études scientifiques avertissent qu’un point de bascule (tipping point) pourrait être atteint au-delà de 17–20 % de déforestation totale, entraînant une « savanisation » irréversible de vastes zones actuellement forestières. Cette hypothèse reste débattue mais est prise au sérieux par le GIEC et le IPBES.

Parmi les espèces les plus menacées de la région : la loutre géante (Pteronura brasiliensis, EN), le dauphin rose (Inia geoffrensis, EN), l’aigle harpie (Harpia harpyja, VU), le châtaignier d’Amazonie (Bertholletia excelsa, VU), le tatou géant (Priodontes maximus, VU), l’ara hyacinthe (Anodorhynchus hyacinthinus, VU).

Anecdotes et curiosités naturelles

1. Une nouvelle espèce tous les deux jours. Sur la période 2014–2015, le WWF et l’Institut Mamirauá ont documenté 381 nouvelles espèces en deux ans dans le bassin amazonien, soit un rythme d’une espèce tous les 1,9 jours. Parmi elles : 216 plantes, 93 poissons, 32 amphibiens, 20 mammifères et 19 reptiles. Ce rythme de découverte, sans équivalent ailleurs sur Terre, témoigne que l’Amazonie reste l’écosystème le plus sous-inventorié au monde.

2. L’arapaïma, géant des rivières. L’Arapaima gigas, poisson d’eau douce du bassin amazonien (Brésil, Pérou, Guyana, Colombie), peut atteindre 3 m de longueur et 200 kg : l’un des plus grands poissons d’eau douce du monde. Il respire l’air atmosphérique en surface toutes les 5 à 20 minutes, une adaptation rare chez les poissons osseux. Son statut UICN est Data Deficient (DD) en raison d’une pêche intensive, mais il est inscrit à l’Annexe II de la CITES.

3. Victoria amazonica et le Crystal Palace. En 1849, l’explorateur britannique Robert Schomburgk rapporte en Europe des feuilles de Victoria amazonica depuis le Guyana. L’ingénieur Joseph Paxton, fasciné par la structure nervurée en rayons des feuilles, s’en inspire directement pour concevoir le Crystal Palace de Londres (1851), bâtiment révolutionnaire entièrement en verre et en fer. Nature et architecture ont rarement entretenu un lien aussi direct et documenté.

4. Le point de bascule amazonien. Une étude publiée dans Science (Lovejoy & Nobre, 2018, confirmée par des travaux plus récents) établit qu’entre 17 et 20 % de déforestation totale du bassin amazonien pourrait déclencher un basculement irréversible vers un écosystème de type savane dans l’est et le centre de l’Amazonie. À la date des données disponibles, le Brésil aurait atteint environ 17 % de déforestation de son territoire amazonien. Ce scénario, appelé « savanisation », aurait des conséquences majeures sur le climat mondial.

 

 

 

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