ALAN GARCIA

Alan García, le président aux deux visages du Pérou

Deux fois président de la République du Pérou, adulé puis honni, Alan García incarne mieux que quiconque les contradictions de la politique latino-américaine du XXe siècle. Orateur hors pair, réformateur ambitieux, il laisse derrière lui deux mandats radicalement opposés et une fin tragique qui résume à elle seule les ravages de la corruption sur le continent.


Un enfant de Lima, formé sur trois continents

Alan Gabriel Ludwig García Pérez naît le 23 mai 1949 à Lima, au Pérou. Il grandit dans un milieu politisé, son père est militant de l’APRA, le parti de la gauche nationaliste péruvienne fondé en 1924 par Víctor Raúl Haya de la Torre.

García montre très tôt des dispositions remarquables pour le droit et la rhétorique. Il obtient une licence en droit à l’Université nationale de San Marcos de Lima en 1971, puis un doctorat en sciences politiques à l’Université Complutense de Madrid en 1973, avant de compléter sa formation par une licence de sociologie à la Sorbonne, à Paris. Cette formation européenne lui confère un vernis intellectuel qui sera l’un des piliers de son image publique.

Il adhère formellement à l’APRA en 1976, gravit rapidement les échelons, est élu à l’Assemblée constituante en 1979, puis au Congrès en 1980. En 1982, à 33 ans, il est nommé secrétaire général du parti.


1985 : le plus jeune président péruvien

Le 14 avril 1985, García remporte l’élection présidentielle avec 53 % des voix. Il prend ses fonctions le 28 juillet 1985, à 36 ans, devenant ainsi le plus jeune président de l’histoire du Pérou et l’un des plus jeunes d’Amérique latine à l’époque. La presse internationale le surnomme alors « le Kennedy latino-américain ». Pour la première fois en soixante ans d’existence, l’APRA accède au pouvoir.

L’espoir est immense. Mais le premier mandat tourne rapidement au désastre. García prend des décisions économiques hasardeuses, limite arbitrairement le remboursement de la dette extérieure à 10 % des revenus d’exportation, et tente de nationaliser les banques, un projet bloqué par la justice. Le résultat est une hyperinflation catastrophique et une économie en ruines. Parallèlement, le Pérou est ensanglanté par la guérilla du Sentier Lumineux. García quitte le pouvoir en 1990 dans la honte, sous le coup d’accusations de corruption.

En 1992, sous la menace d’une arrestation, il s’exile en France, puis en Colombie. Il n’y restera que le temps que la prescription efface les charges retenues contre lui.


Le retour et la rédemption : 2006-2011

Rentré au Pérou en 2001 après l’expiration du délai de prescription, García se présente à la présidentielle et perd face à Alejandro Toledo. Il retente sa chance en 2006 et l’emporte au second tour face à Ollanta Humala, avec 52,6 % des voix.

Son second mandat est la quasi-antithèse du premier. Le Pérou profite d’un boom des matières premières, et García mène une politique économique libérale et rigoureuse. Le PIB croît en moyenne de 7 % par an, l’inflation reste sous les 3 %, et le taux de pauvreté recule de plus de 48 % à 28 % de la population. Il signe un accord de libre-échange avec les États-Unis. Le monde regarde le Pérou comme un modèle de croissance émergente.

Ce second bilan ne suffit cependant pas à effacer les doutes sur son intégrité. Des accusations de corruption continuent de planer sur son entourage.


La chute finale : le scandale Odebrecht

En 2016, García se présente une troisième fois à la présidentielle. Il recueille moins de 6 % des voix, une humiliation, et abandonne la direction de l’APRA peu après.

Le scandale Odebrecht le rattrape alors de plein fouet. Cette entreprise brésilienne de construction avait versé des centaines de millions de dollars de pots-de-vin dans une dizaine de pays d’Amérique latine pour obtenir des contrats publics. Au Pérou, les investigations révèlent que l’entourage de García aurait perçu des pots-de-vin lors de la construction de la ligne 1 du métro de Lima, pendant son second mandat.

Le 17 avril 2019, la police se présente au domicile de García à Lima avec un mandat d’arrêt provisoire. Il se tire une balle dans la tête avant d’être interpellé. Transporté d’urgence à l’hôpital, il décède quelques heures plus tard. Il a 69 ans.


Un bilan impossible à résumer

Alan García reste une figure profondément clivante au Pérou. Pour ses partisans, il fut un grand orateur, un homme d’État capable de se réformer, dont le second mandat sortit des millions de Péruviens de la pauvreté. Pour ses adversaires, il symbolise l’impunité, la corruption et le naufrage moral d’une génération politique.

Sa mort, choisie, au moment précis de son arrestation est elle-même devenue un acte politique que le Pérou n’a pas fini d’interpréter.


Grandes dates de la vie d’Alan García

23 mai 1949 Naissance à Lima, Pérou

1971–1973 Diplômes de droit (Lima), sciences politiques (Madrid) et sociologie (Paris)

1982 À 33 ans, secrétaire général de l’APRA

28 juillet 1985 À 36 ans, prend ses fonctions de président du Pérou, le plus jeune de l’histoire du pays

1990 Quitte le pouvoir en disgrâce, économie en ruines

1992 S’exile en France pour échapper à la justice

2006–2011 Second mandat présidentiel, croissance économique record

2016 Moins de 6 % à la présidentielle, fin de sa carrière politique

17 avril 2019 Se suicide à 69 ans au moment de son arrestation dans le cadre du scandale Odebrecht

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