ALEJANDRO TOLEDO

ALEJANDRO TOLEDO Alejandro Toledo : Le cireur de chaussures devenu président

Enfant quechua qui cirait les chaussures dans les rues de Chimbote, Alejandro Toledo gravit tous les échelons pour devenir docteur de Stanford et premier président d’origine indigène démocratiquement élu en Amérique du Sud depuis cinq siècles. Un destin exceptionnel, terni par une présidence marquée par les scandales et une condamnation judiciaire retentissante.

Une enfance dans la misère des Andes

Alejandro Toledo Manrique naît le 28 mars 1946 à Cabana, dans la région d’Ancash, au nord du Pérou. Il est le fils d’Anatolio Toledo et Margarita Manrique, paysans pauvres d’origine quechua. La famille s’installe à Chimbote, ville portuaire industrielle, où elle grandit sans électricité ni eau courante. Alejandro travaille dès l’enfance : il cire les chaussures et vend des journaux dans les rues.

Son destin bascule grâce à deux volontaires américains du Corps de la Paix, qui remarquent ses aptitudes et l’aident à obtenir une bourse. Il part étudier aux États-Unis, décroche un diplôme à l’Université de San Francisco, puis une maîtrise en économie et un doctorat de l’Université Stanford. Il travaillera ensuite à la Banque mondiale, à la Banque interaméricaine de développement, aux Nations Unies et à Harvard.

Le symbole contre Fujimori

De retour au Pérou, Toledo entre en politique à la fin des années 1990. Il se présente à la présidentielle de 2000 face à Alberto Fujimori, candidat à un troisième mandat controversé. Lors du second tour, il dénonce des fraudes massives et se retire de l’élection pour ne pas cautionner ce qu’il considère comme une mascarade démocratique. Il organise des manifestations populaires, la Marcha de los Cuatro Suyos, qui contribuent à la chute du régime Fujimori quelques mois plus tard.

En 2001, il se représente et remporte le second tour face à Alan García avec 53,1 % des voix. Le 28 juillet 2001, il prête serment comme 55e président du Pérou. Il est alors salué dans le monde entier comme le premier chef d’État d’origine indigène démocratiquement élu en Amérique du Sud depuis cinq cents ans. La presse internationale parle d’un moment historique.

Une présidence entre croissance et scandales

Son mandat dure du 28 juillet 2001 au 28 juillet 2006. Sur le plan économique, les résultats sont solides : le PIB croît en moyenne de 4,8 % par an, les exportations progressent de 44,7 % entre 2001 et 2005, et l’investissement privé augmente de 25,2 %. Toledo signe plusieurs accords commerciaux et pose les bases d’une ouverture économique dont son successeur Alan García bénéficiera.

Mais cette croissance ne se traduit pas par une réduction significative de la pauvreté ni des inégalités sociales. Et Toledo est rapidement rattrapé par une série de scandales personnels et politiques qui plombent sa popularité. Son taux d’approbation s’effondre à certaines périodes à des niveaux très bas. Il est notamment contraint, en octobre 2002, de reconnaître publiquement la paternité d’une fille, Zaraí, qu’il avait longtemps niée.

Sa femme, l’anthropologue d’origine belge Eliane Karp, joue un rôle politique controversé pendant la présidence, suscitant tensions et critiques.

La chute : Odebrecht et l’exil américain

Après son mandat, Toledo reste une figure politique mais ne retrouve jamais de véritable influence. Le scandale Odebrecht, le même qui emportera Alan García, le rattrape à son tour.

Les enquêteurs péruviens l’accusent d’avoir reçu 35 millions de dollars de pots-de-vin de la multinationale brésilienne du BTP en échange de l’attribution de tronçons de la route Interocéanique sud, chantier pharaonique reliant la côte pacifique du Pérou à la côte atlantique du Brésil.

Toledo fuit au Chili, puis s’installe aux États-Unis, où il réside en Californie. En 2019, il est arrêté sur le sol américain et placé en résidence surveillée dans l’attente d’une procédure d’extradition. La procédure s’étire pendant quatre ans.

En avril 2023, à 77 ans, il est finalement extradé vers le Pérou et placé en détention préventive à la prison de Barbadillo, à Lima.

Le 21 octobre 2024, un tribunal de Lima le condamne à 20 ans et 6 mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent. Il est le premier des quatre anciens présidents péruviens visés par l’affaire Odebrecht à être condamné, avant Pedro Pablo Kuczynski, Ollanta Humala et Alan García, décédé avant tout jugement.

Un symbole fracassé

Le destin d’Alejandro Toledo restera l’un des plus tragiques de l’histoire politique latino-américaine. L’homme qui avait incarné l’espoir d’une rupture avec les élites corrompues, qui avait lui-même souffert de la pauvreté et de l’exclusion, a fini par reproduire les travers qu’il prétendait combattre.

Son histoire est aussi celle d’un continent où la distance entre les promesses et les actes reste, trop souvent, abyssale.

Grandes dates de la vie d’Alejandro Toledo

28 mars 1946 : Naissance à Cabana, Ancash (Pérou) Années 1960–1970 : Bourse aux États-Unis, doctorat à Stanford 28 juillet 2001 : À 55 ans, investi président du Pérou, premier indigène élu en Amérique du Sud depuis 500 ans 2001–2006 : Présidence : croissance de 4,8 % par an en moyenne, mais scandales répétés 2019 : Arrêté aux États-Unis dans le cadre de l’affaire Odebrecht Avril 2023 : Extradé au Pérou à 77 ans, placé en détention préventive 21 octobre 2024 : Condamné à 20 ans et 6 mois de prison pour corruption

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