Pancho Villa

PANCHO VILLA

Pancho Villa

Pancho Villa : « Du bandit de Durango au général qui fit trembler les États-Unis »

Aucun chef révolutionnaire de l’histoire mexicaine n’a autant incarné la frontière poreuse entre le brigand et le héros, entre la violence brute et l’idéal de justice. Francisco « Pancho » Villa : né José Doroteo Arango Arámbula le 5 juin 1878 dans le Durango, a commandé une armée de 30 000 hommes, signé un contrat avec Hollywood, occupé Mexico aux côtés de Zapata, puis attaqué le sol américain au point de forcer le déploiement d’une expédition punitive de 10 000 soldats américains. Assassiné le 20 juillet 1923 à Parral, il est entré dans la légende encore vivant.

De Doroteo Arango à Pancho Villa : la naissance d’un hors-la-loi

Doroteo Arango grandit au Rancho de la Coyotada, dans l’État de Durango, aîné de cinq enfants d’un père métayer nommé Agustín Arango et d’une mère, Micaela Arámbula. La misère des peones, ces paysans liés aux grandes haciendas sans autre horizon que la dette perpétuelle, est son quotidien dès l’enfance. La version la plus répandue de sa biographie, et celle qu’il a lui-même entretenue, veut que le 22 septembre 1894, à seize ans, il abatte d’une balle dans le pied le propriétaire Agustín López Negrete qui avait violé sa sœur. Recherché par la justice, il prend la fuite, rejoint des bandes de hors-la-loi et sillonne pendant des années les États de Durango et Chihuahua.

En 1903, après avoir tué un officier de l’armée et dérobé son cheval, il adopte définitivement le nom de Francisco Villa : dit Pancho , emprunté à son grand-père paternel Jesús Villa. Sa réputation de chef charismatique, généreux avec les pauvres et impitoyable avec ses ennemis, forge autour de lui une aura de Robin Hood du désert de Chihuahua que la propagande révolutionnaire amplifiera.

La División del Norte : une armée de 30 000 hommes

En 1910, Villa rallie le mouvement de Francisco I. Madero contre la dictature de Porfirio Díaz. Cavalier exceptionnel, tacticien instinctif, il recrute avec une facilité déconcertante parmi les rancheros et les peones du Nord. Après le renversement de Díaz en 1911 et l’assassinat de Madero par le général Victoriano Huerta en février 1913, Villa entre en résistance ouverte.

En septembre 1913, il forme la légendaire División del Norte : en quelques mois, cette armée passe à 25 000 puis 30 000 hommes, organisée en 19 brigades d’infanterie et de cavalerie, avec ses propres services médicaux et de ravitaillement. Ses redoutables cavaliers d’élite, les Dorados : frappent avec une rapidité que les forces fédérales ne peuvent contenir. Son principal conseiller militaire est le général Felipe Ángeles, artilleur de formation, qui apporte à Villa la rigueur tactique qui lui manque.

La colonne vertébrale de la División est le train : dans les immensités du Nord mexicain, Villa s’empare des réseaux ferrés, transformant les convois en bases mobiles, soldats, chevaux, munitions, cuisines, familles des combattants. C’est une armée qui se déplace avec sa vie entière.

En novembre 1913, il prend Ciudad Juárez. En décembre, Chihuahua. Il gouverne brièvement l’État en tant que gouverneur provisoire : confisque les propriétés des grandes familles oligarchiques, vend la viande à prix subventionné sur les marchés populaires. Le 23 juin 1914, la prise de Zacatecas : la plus grande bataille de la Révolution mexicaine, porte un coup mortel au régime de Huerta, qui s’effondre en juillet.

Hollywood, Mexico et la chaise présidentielle

En janvier 1914, au sommet de sa puissance, Villa signe un contrat étonnant avec la Mutual Film Corporation : en échange de 25 000 dollars d’avance et d’une part des recettes, il accorde au studio américain le droit de filmer ses batailles. Le film The Life of General Villa, avec Raoul Walsh dans le rôle du jeune Villa, est présenté à New York en mai 1914. Villa est le premier chef militaire de l’histoire à avoir négocié les droits cinématographiques de sa propre guerre.

En novembre 1914, la Convention d’Aguascalientes : réunissant les factions révolutionnaires victorieuses, voit Villa et Zapata s’allier contre Venustiano Carranza. Le 6 décembre 1914, à la tête d’une armée de 60 000 hommes, Villa et Zapata entrent ensemble dans Mexico. La photographie qui les montre tous deux au Palais National : Villa dans la chaise présidentielle, Zapata à ses côtés, est l’image la plus emblématique de la Révolution mexicaine. À ce moment, les États-Unis envisagent sérieusement de reconnaître Villa comme le dirigeant légitime du Mexique.

Celaya, 1915 : le Waterloo de Pancho Villa

L’alliance Villa-Zapata reste en grande partie symbolique : les deux hommes retournent dans leurs territoires respectifs sans bâtir de gouvernement commun. Carranza et son général Álvaro Obregón reprennent l’initiative. Les 6 et 15 avril 1915, à Celaya, Obregón inflige à Villa deux défaites consécutives dévastatrices. Formé aux leçons de la guerre des tranchées européenne, fils de fer barbelés, mitrailleuses, positions défensives, Obregón neutralise les charges de cavalerie à découvert que Villa privilégie. La División del Norte laisse des milliers de morts sur le terrain. Les historiens appellent Celaya le « Waterloo de Pancho Villa » : son aura d’invincibilité est brisée, sa puissance militaire irrémédiablement entamée.

Les États-Unis reconnaissent Carranza. Villa, privé d’armes et de munitions américaines, se retrouve isolé.

Columbus, 9 mars 1916 : l’attaque du sol américain

Furieux de la trahison américaine, amoindri, Villa décide un coup d’éclat. Aux premières heures du 9 mars 1916, avec environ 500 hommes, il attaque la ville frontalière de Columbus, Nouveau-Mexique : le camp militaire américain est pillé, des civils et des soldats américains tués, le bilan fait état de 18 morts américains et de plusieurs dizaines de Villistas. C’est la première attaque armée sur le sol des États-Unis par une force étrangère depuis la guerre de 1812.

Le président Woodrow Wilson réagit immédiatement en ordonnant au général John J. Pershing de mener une Expédition punitive au Mexique. Plus de 10 000 soldats américains s’enfoncent dans le Chihuahua pendant onze mois. Villa les nargue, disparaît dans les montagnes de la Sierra Madre, n’est jamais capturé. En janvier 1917, avec l’entrée imminente des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, Pershing est rappelé, bredouille. Villa est entré dans l’histoire comme le seul chef militaire à avoir humilié l’armée américaine sur son propre sol au XXe siècle.

La retraite de Canutillo et l’embuscade de Parral

En 1920, après l’assassinat de Carranza, Villa négocie sa reddition avec le gouvernement intérimaire d’Adolfo de la Huerta : il reçoit en échange l’Hacienda de Canutillo, dans le Durango, et cinquante soldats comme escorte personnelle. Il s’installe en propriétaire terrien, ouvre une école pour les enfants de ses anciens soldats, s’essaie à la vie civile.

Le 20 juillet 1923, revenant en voiture de Parral où il venait d’assister au baptême d’un de ses anciens compagnons, Villa tombe dans une embuscade : sa Dodge est criblée de plus de quarante balles. Il meurt sur le coup, avec ses gardes du corps. L’attentat est revendiqué par Jesús Salas Barraza, député, rapidement gracié. L’historien Friedrich Katz, biographe de référence de Villa, conclut qu’Álvaro Obregón : alors président de la République et vainqueur de Celaya, en était le commanditaire probable : il craignait que Villa reprît les armes.

Il avait 45 ans.

Grandes dates de la vie de Pancho Villa

  • 5 juin 1878 : Naissance à Durango sous le nom de Doroteo Arango Arámbula (0 an)
  • 22 septembre 1894 : Tire sur le propriétaire López Negrete ; prend la fuite (16 ans)
  • 1903 : Adopte définitivement le nom de Francisco « Pancho » Villa (25 ans)
  • 1910 : Rallie la révolution de Madero contre Porfirio Díaz (32 ans)
  • Février 1913 : Coup d’État de Huerta ; assassinat de Madero ; Villa entre en résistance (34 ans)
  • Septembre 1913 : Création de la División del Norte (35 ans)
  • Novembre 1913-juin 1914 : Prend Ciudad Juárez, Chihuahua, Zacatecas ; gouverneur provisoire du Chihuahua (35-36 ans)
  • Janvier 1914 : Contrat avec la Mutual Film Corporation ; film The Life of General Villa (35 ans)
  • 6 décembre 1914 : Entrée dans Mexico avec Zapata ; photographie au Palais National (36 ans)
  • 6-15 avril 1915 : Défaites décisives à Celaya face à Obregón (36 ans)
  • 9 mars 1916 : Raid sur Columbus, Nouveau-Mexique ; expédition punitive de Pershing (37 ans)
  • Janvier 1917 : Pershing rappelé sans avoir capturé Villa (38 ans)
  • 1920 : Reddition ; retraite à l’Hacienda de Canutillo, Durango (42 ans)
  • 20 juillet 1923 : Assassiné en embuscade à Parral, Chihuahua (45 ans)
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