La Guerre de Cent Heures (14–18 juillet 1969)
Noms et définition
Ce conflit est connu sous plusieurs appellations : Guerre de Cent Heures, Guerre du Football (Football War), ou Guerre du Soccer. Il oppose le Salvador et le Honduras pendant environ 100 heures de combats effectifs, du 14 au 18 juillet 1969.
Précision importante : le football n’est pas la cause de la guerre, il en est le détonateur médiatique. Les causes réelles sont profondes, sociales et économiques.
Les causes profondes
1. La surpopulation du Salvador. Le Salvador est l’un des pays les plus densément peuplés d’Amérique centrale. En 1969, environ 300 000 Salvadoriens vivent au Honduras, soit plus de 10 % de la population hondurienne totale.
2. La concentration des terres au Salvador. 5 % des exploitations agricoles occupent 70 % des terres cultivables. Environ 200 000 paysans salvadoriens n’ont aucune terre. Cette réalité pousse à l’émigration massive vers le Honduras
3. La réforme agraire hondurienne de 1967-1969. Le gouvernement du général Oswaldo López Arellano : arrivé au pouvoir par coup d’État en 1963, lance une réforme agraire qui expulse les immigrants salvadoriens des terres qu’ils occupaient au Honduras. Ces expulsions, souvent violentes, rapatrient des dizaines de milliers de familles salvadoriennes dans la misère.
Le catalyseur : les matchs de qualification pour la Coupe du Monde 1970
Les deux équipes s’affrontent en trois matchs de qualification pour le Mondial de Mexico 1970.
Match 1 : 8 juin 1969 à Tegucigalpa (Honduras) : Honduras gagne 1-0. La veille, des supporteurs honduriens empêchent les joueurs salvadoriens de dormir. Des incidents éclatent.
Match 2 : 15 juin 1969 à San Salvador (Salvador) : El Salvador gagne 3-0. Les joueurs honduriens subissent le même traitement. À l’issue du match, de graves émeutes anti-honduriennes éclatent au Salvador. Des ressortissants honduriens sont agressés, des propriétés détruites. Le Honduras rompt ses relations diplomatiques avec le Salvador le 27 juin 1969.
Match 3 (décisif) : 27 juin 1969 à Mexico City : El Salvador gagne 3-2 après prolongation et se qualifie pour le Mondial.
Pendant ce temps, les deux gouvernements s’accusent mutuellement de maltraitance de leurs ressortissants. Les tensions montent à un niveau militaire.
Le conflit armé
14 juillet 1969 : l’armée salvadorienne lance une offensive militaire contre le Honduras. Des frappes aériennes visent Tegucigalpa (capitale) et d’autres villes honduriennes. Des colonnes terrestres pénètrent en territoire hondurien.
Le Honduras répond par des contre-attaques aériennes et terrestres.
L’Organisation des États Américains (OEA) intervient immédiatement comme médiateur.
18 juillet 1969, dans la nuit : un cessez-le-feu est obtenu par l’OEA. Les combats cessent après environ 100 heures : d’où le nom.
Le bilan humain
Les chiffres varient selon les sources :
La source académique française publiée dans la Revue française de science politique en 1971 (Persée) et le site Herodote.net avancent environ 3 000 morts et 15 000 blessés. L’article Britannica, plus récent et revu par des éditeurs spécialisés, donne des chiffres plus prudents sans préciser un total global. Wikipedia en anglais cite environ 900 à 2 000 morts militaires.
Conclusion vérifiable : le conflit a provoqué des milliers de morts (le chiffre exact reste débattu selon les sources), des dizaines de milliers de déplacés, et la destruction de nombreux villages.
Les conséquences
À court terme : El Salvador se retire du territoire hondurien sous pression de l’OEA. Malgré sa « victoire » militaire initiale, le Salvador n’obtient rien politiquement.
À long terme : Les 300 000 Salvadoriens expulsés du Honduras rentrent dans un pays déjà en crise sociale profonde. Ce choc démographique et économique aggrave les tensions internes au Salvador, tensions qui déboucheront sur la guerre civile salvadorienne de 1979 à 1992.
Le traité de paix entre les deux pays n’est signé qu’en 1980, soit onze ans après la guerre.
La postérité littéraire
Le journaliste polonais Ryszard Kapuściński a couvert ce conflit sur le terrain et en a fait le récit dans son livre La guerre du football (Wojna futbolowa, publié en polonais en 1978, traduit en français). C’est l’une des œuvres de référence sur cet épisode. À noter : il s’agit d’un reportage littéraire, pas d’une analyse académique stricte.
NOTA
