HISTOIRE des MONNAIES en AMERIQUE LATINE

Histoire des Monnaies en Amérique latine


Avant la Conquête : les systèmes d’échange précolombiens

Les civilisations précolumbiennes ne connaissaient pas la monnaie au sens métallique occidental du terme. Leurs économies reposaient sur des systèmes d’échange sophistiqués et des objets-valeur.

Chez les Aztèques, les fèves de cacao servaient d’unité d’échange courante, aux côtés de petites haches de cuivre et de morceaux de tissu de coton (quachtli) pour les transactions plus importantes. Chez les Mayas, les fèves de cacao et les cloches de cuivre avaient une valeur d’échange reconnue. Dans l’empire Inca, la monnaie n’existait pas : l’économie fonctionnait sur un système de redistribution centralisée par l’État (mit’a), où le travail était la forme principale de contribution et de rétribution. Des matériaux comme la feuille de coca, les tissus, l’or et l’argent, sous forme de lingots ou d’objets, servaient ponctuellement d’étalons de valeur, sans être des monnaies frappées.


La période coloniale espagnole : le real et le peso

Les colonisateurs espagnols importent en Amérique le système monétaire castillan, codifié par les ordonnances de Medina del Campo de 1497, promulguées par Ferdinand et Isabelle. Ce système est bimétallique : il repose à la fois sur l’or et l’argent.

Les pièces en circulation dans l’Amérique espagnole sont, en or : l’escudo (3,38 grammes) et ses multiples (2, 4, et 8 escudos, cette dernière dite onza, la fameuse once d’or). En argent : le real (3,43 g), le demi-real, le quart de real (cuartillo), le 2 reales, le 4 reales, et l’emblématique 8 reales, aussi appelé duro ou peso fuerte.

Le peso de 8 reales : connu en anglais sous le nom de Spanish dollar ou piece of eight, devient la première monnaie mondiale de l’époque moderne. Du XVIe au XIXe siècle, il circule en Europe, en Asie et dans toute l’Amérique, et sert même de base au premier dollar américain. Sa stabilité relative et sa teneur en argent constante en font la monnaie de référence internationale pendant près de trois siècles.


Les mines et la Monnaie de Potosí

La découverte des gigantesques mines d’argent de Potosí (actuelle Bolivie) en 1545 transforme radicalement l’économie mondiale. La Monnaie de Potosí (Casa de la Moneda), fondée en 1574, devient l’une des plus grandes usines monétaires du monde. Elle est accompagnée d’autres ateliers monétaires coloniaux majeurs : Mexico (ouvert en 1535, le premier du continent), Lima, Santa Fe de Bogotá, Santiago du Chili, Guatemala, Popayán et Cuzco.

Chaque pièce porte le symbole de son atelier de frappe : M pour Mexico, P pour Potosí, LIMA pour Lima, S pour Santiago, etc. Ces pièces ont cours légal dans tout l’empire espagnol avec une valeur identique, quelle que soit leur origine.

Au XVIIIe siècle, sous Philippe V, la frappe passe d’une technique artisanale (pièces martelées, irrégulières, dites macuquinas ou cobs) à une frappe mécanique produisant des pièces parfaitement rondes à tranche cordée. En 1772, Charles III impose une réforme : les pièces d’argent portent désormais le portrait du souverain au recto et les armes royales au verso.


Le Brésil colonial : le réis portugais

Le Brésil suit une trajectoire différente, sous domination portugaise. L’unité de compte est le réis (pluriel : réis), puis le mil-réis (1 000 réis). Les pièces espagnoles de 8 reales circulent abondamment au Brésil dès le XVIIe siècle, contrestampillées pour leur attribuer leur valeur en réis (d’abord 480 réis, puis jusqu’à 960 réis pour les pièces à tranche mécanique). Des ateliers de frappe sont établis à Rio de Janeiro, Bahia et Pernambuco au XVIIIe siècle.


L’indépendance (1810–1826) : monnaies de guerre et monnaies nationales

Les guerres d’indépendance génèrent un chaos monétaire. Des ateliers de frappe d’urgence sont créés par les deux camps, royalistes et patriotes, produisant des pièces souvent grossières, parfois en cuivre, parfois à valeur purement fiduciaire. Au Mexique seul, dix ateliers improvisés émettent des pièces pendant le conflit. Les deux camps contrestampillent les pièces de l’adversaire pour les réutiliser dans leur zone de contrôle.

À partir des indépendances, chaque nouvel État crée sa propre monnaie nationale, tout en conservant dans un premier temps le système bimétallique espagnol (reales et escudos). Après 1850, en l’espace d’une quinzaine d’années, tous les États adoptent le système décimal et unifient leur unité autour du peso : nom conservé par de nombreux pays, ou d’un nom local équivalent.


La seconde moitié du XIXe siècle : l’étalon-or

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la plupart des pays latino-américains abandonnent le bimétallisme pour adopter l’étalon-or, alignant leur monnaie sur la valeur de l’or. Cette période correspond à une intégration croissante dans l’économie mondiale d’exportation (café, sucre, caoutchouc, nitrates, argent, cuivre). Les monnaies nationales sont adossées à des réserves d’or et jouissent d’une relative stabilité.

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