AMERIGO VESPUCCI

AMERIGO VESPUCCI

AMERIGO VESPUCCI

Amerigo Vespucci : Le Florentin dont le prénom baptisa un continent

Il n’a pas été le premier Européen à toucher le Nouveau Monde. Il n’a pas planté le premier drapeau. Il ne dirigeait pas les grandes flottes. Et pourtant, c’est son prénom, Amerigo : que porte depuis plus de cinq siècles l’ensemble du continent américain, du détroit de Béring à la Terre de Feu. Son mérite n’est pas d’avoir découvert : c’est d’avoir compris, et d’avoir dit à voix haute ce que Colomb refusa d’admettre jusqu’à sa mort. Ces terres nouvelles n’étaient pas l’Asie. Elles étaient un monde inconnu.

L’humaniste florentin des Médicis

Amerigo Mateo Vespucci naît le 9 mars 1454 à Florence, dans la famille d’un notaire, Nastagio Vespucci. Troisième de trois fils, il ne suit pas ses aînés à l’université. Son père le confie à son oncle paternel, Giorgio Antonio Vespucci, frère dominicain au monastère de San Marco, l’un des grands foyers intellectuels de la Florence médicéenne, et éminent humaniste. C’est lui qui forme Amerigo : latin, rhétorique, philosophie, astronomie, cosmographie. L’enfant grandit à deux pas des fresques de Fra Angelico et dans l’air intellectuel d’une cité qui se pense au centre du monde.

Les Vespucci sont proches des Médicis. En 1482, à la mort de son père, Amerigo entre au service de Lorenzo di Pierfrancesco de’ Medici, branche cadette de la grande famille. Il gère ses affaires commerciales, voyage pour lui, apprend les circuits du commerce méditerranéen. Vers 1490, Lorenzo l’envoie à Séville pour superviser ses intérêts dans la péninsule Ibérique. Amerigo s’y installe définitivement.

À Séville, il s’associe avec un compatriote florentin, Gianetto Berardi, armateur et fournisseur de vaisseaux pour les grandes expéditions ibériques. C’est ainsi qu’il entre dans l’orbite des voyages de découverte : il fournit vivres, équipements et navires aux expéditions espagnoles, y compris, selon certaines sources, au deuxième et troisième voyage de Christophe Colomb. Quand Berardi meurt fin 1495, Vespucci reprend seul le commerce.

Le premier voyage : la côte du Venezuela

En 1499, Vespucci embarque pour la première fois en tant que navigateur ou cosmographe dans l’expédition espagnole d’Alonso de Ojeda : un vétéran des voyages de Colomb. La flotte longe la côte nord de l’Amérique du Sud : ils atteignent l’embouchure de l’Orénoque, cartographient une partie du Venezuela, contournent la péninsule de Paria et remontent jusqu’à ce qui est aujourd’hui le Guyana. Vespucci observe les populations locales, les astres, les côtes. Il rentre en 1500.

À ce stade, les explorateurs restent prisonniers du paradigme colombien : ces terres sont censées être le prolongement asiatique, des îles au large de la Chine ou de l’Inde. Colomb y croit fermement. Vespucci commence à douter.

Le deuxième voyage et la révélation du Nouveau Monde

En 1501-1502, Vespucci part cette fois sous pavillon portugais, dans une expédition qui longe méthodiquement la côte orientale de l’Amérique du Sud vers le sud, du cap São Roque (Brésil) jusqu’à des latitudes encore jamais atteintes, probablement autour de 50° sud, dans l’actuelle Patagonie. Il observe pendant des mois une côte continue, démesurée, sans la moindre trace des villes d’or ou des épices asiatiques promises par Marco Polo et imaginées par Colomb.

La conclusion s’impose à lui avec une clarté que ses contemporains n’avaient pas osé formuler : ce n’est pas l’Asie. C’est une « quatrième partie du monde », après l’Europe, l’Asie et l’Afrique , un continent entièrement nouveau, inconnu des Anciens, ignoré de Ptolémée, absent de toutes les cartes.

En 1502, il écrit à Lorenzo di Pierfrancenzo de’ Medici une lettre qui bouleversera la représentation européenne du monde : « Ces régions que nous avons trouvées et explorées avec la flotte, nous pouvons à juste titre les appeler un Nouveau Monde. » En latin : Mundus Novus.

Mundus Novus et le triomphe éditorial

La lettre est traduite en latin et publiée à la fin de 1502 ou début 1503 sous le titre Mundus Novus. C’est un succès fulgurant : douze éditions en moins d’un an, traduites en italien, français, allemand, néerlandais. En 1550, on en dénombrait plus de cinquante éditions à travers l’Europe. Jamais un texte de navigation n’avait circulé si vite. La raison est simple : Vespucci est un excellent écrivain, il décrit avec précision et vivacité les peuples rencontrés, les étoiles australes, les animaux inconnus, la luxuriance des forêts tropicales. Et surtout, il dit quelque chose que personne n’avait encore dit : la Terre est plus grande que prévu, et elle contient un continent que les Anciens ignoraient.

Colomb meurt le 20 mai 1506 convaincu d’avoir atteint l’Asie. Vespucci, lui, a compris.

Waldseemüller et le baptême d’un continent

En avril 1507, dans la petite ville de Saint-Dié-des-Vosges en Lorraine, un groupe de savants animé par le cartographe Martin Waldseemüller publie deux documents simultanément : un immense planisphère mural (Universalis Cosmographia) et un traité introductif intitulé Cosmographiae Introductio. Dans ce traité, Waldseemüller justifie en latin pourquoi il a choisi de baptiser le nouveau continent d’un nom tiré d’Amerigo Vespucci :

« Puisque l’Europe et l’Asie ont reçu des noms féminins, je ne vois pas pourquoi on refuserait d’appeler cette partie Amerige, c’est-à-dire la terre d’Americus, ou America, du nom de son découvreur, homme de grand savoir. »

Sur le planisphère, pour la première fois dans l’histoire de la cartographie, le mot « AMERICA » apparaît imprimé sur le continent sud-américain. L’édition est tirée à 1 000 exemplaires. Un seul exemplaire complet a survécu, redécouvert en 1901 dans un château de Wurtemberg et racheté en 2003 par la Bibliothèque du Congrès américaine pour 10 millions de dollars. En 1538, Mercator étend le nom aux deux continents.

Piloto Mayor et la mort à Séville

En 1505, Vespucci rentre définitivement en Espagne. Sa compétence en navigation et en cartographie est reconnue comme exceptionnelle. En 1508, le roi Ferdinand II d’Aragon le nomme Piloto Mayor d’Espagne : « Pilote en chef » , poste nouvellement créé pour lui, qui le charge de former les navigateurs des flottes royales, de standardiser les instruments et les méthodes, et de tenir à jour la padrón real, la carte officielle des terres découvertes. C’est une reconnaissance extraordinaire pour un étranger.

Amerigo Vespucci meurt le 22 février 1512 à Séville, probablement de la malaria, à 57 ans. Il laisse une veuve, Maria Cerezo, mais pas d’héritiers directs.

La polémique sur son rôle ne s’est jamais totalement éteinte. Le chroniqueur Bartolomé de Las Casas : qui nous a déjà croisés dans cette série, l’accusa de s’être attribué une gloire qui revenait à Colomb. Le débat sur l’authenticité de certains de ses voyages continue chez les historiens. Ce qui est indiscutable : c’est lui qui a formulé, le premier, l’idée d’un Mundus Novus, et c’est sur cette idée qu’un cartographe lorrain a posé, pour toujours, son prénom sur la carte du monde.


Grandes dates de la vie de Amerigo Vespucci

  • 9 mars 1454 : Naissance à Florence, République de Florence
  • ~1470s : Formé par son oncle Giorgio Antonio Vespucci, humaniste du monastère San Marco (adolescence)
  • 1482 : Entre au service de Lorenzo di Pierfrancesco de’ Medici (28 ans)
  • ~1490 : S’installe définitivement à Séville ; s’associe avec l’armateur Berardi (36 ans)
  • 1499-1500 : Premier voyage authentifié sous pavillon espagnol (Ojeda) : côtes du Venezuela et de l’Amazonie (45 ans)
  • 1501-1502 : Deuxième voyage sous pavillon portugais : côte brésilienne jusqu’en Patagonie ; comprend qu’il s’agit d’un nouveau continent (47 ans)
  • 1502-1503 : Rédige la lettre Mundus Novus à Lorenzo de’ Medici ; publiée début 1503 (48 ans)
  • 1503-1504 : Mundus Novus traduit et réimprimé dans toute l’Europe (12+ éditions en un an) (49 ans)
  • avril 1507 : Waldseemüller publie à Saint-Dié son planisphère et imprime pour la première fois le mot « AMERICA » (53 ans)
  • 1508 : Nommé Piloto Mayor d’Espagne par Ferdinand II d’Aragon (54 ans)
  • 22 février 1512 : Décès à Séville, probablement de la malaria (57 ans)
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