Sommaire
1. Présentation générale
Le Paraguay est un pays de 7,5 millions d’habitants, enclavé au cœur de l’Amérique du Sud, sans accès à la mer, entouré par le Brésil, l’Argentine et la Bolivie. Cette situation géographique est à la fois un handicap logistique, toutes ses exportations doivent traverser des pays voisins, et une réalité structurante pour son économie, très intimement liée à celles de ses deux grands voisins.
Longtemps sous-estimé, le Paraguay s’est imposé ces dernières années comme l’une des économies les plus dynamiques d’Amérique du Sud. Sa croissance soutenue, sa discipline budgétaire, son inflation maîtrisée et sa réduction significative de la pauvreté lui ont valu une notation souveraine « investment grade » auprès de Standard & Poor’s (BBB-), une reconnaissance rare pour un pays de sa taille et de son niveau de développement.
L’économie repose sur trois piliers : une agriculture d’exportation très puissante (soja, viande bovine), une énergie hydroélectrique abondante grâce aux barrages d’Itaipu et de Yacyretá, et un secteur de services et de transit alimenté par la position de carrefour commercial du pays. Le président Santiago Peña (Parti Colorado), en exercice depuis 2023, a fait de la consolidation fiscale et de l’attractivité aux investisseurs étrangers sa marque de fabrique.
2. PIB et croissance
Le PIB nominal du Paraguay est estimé autour de 43 à 45 milliards de dollars en 2024. En revenu par habitant, il se situe dans la moyenne basse de l’Amérique du Sud, mais sa progression sur les dernières années est l’une des plus rapides de la région.
La croissance 2024 s’est établie entre +3,8 % (Banque mondiale) et +4,0 % (Banque centrale), portée par les services, l’industrie manufacturière, la construction et l’élevage. Un bémol notable : le compte courant s’est dégradé en 2024, atteignant un déficit d’environ 3 % du PIB, en raison de la chute des prix du soja sur les marchés mondiaux et de niveaux d’eau anormalement bas sur le fleuve Paraná, ce qui a réduit les exportations d’hydroélectricité.
L’année 2025 a été exceptionnelle : la Banque centrale du Paraguay annonce une croissance de +6 %, le taux le plus élevé de toute l’Amérique latine. Ce résultat s’appuie sur le rebond de la production agricole (bonnes récoltes de soja), la reprise de la génération hydroélectrique, un investissement public en hausse et la confiance retrouvée des investisseurs privés.
Pour 2026, la Banque centrale projette +4,2 %, avec une inflation convergeant vers sa cible de 3,5 %. En mai 2026, le président Peña exprimait sa confiance dans la trajectoire engagée. Le Paraguay accueillera cette année les réunions annuelles du FMI, de la Banque mondiale et de la BID, une reconnaissance symbolique forte de sa solidité macroéconomique.
3. Inflation et politique monétaire
L’inflation paraguayenne est modérée et bien ancrée. Elle s’établissait à 2,7 % en janvier 2025, son plus bas niveau depuis 2021, et restait autour de 3 à 4 % sur l’ensemble de l’année, dans la fourchette cible de la Banque centrale (4 % ± 1 point).
Le guarani, la monnaie nationale, s’est déprécié d’environ 40 % face au dollar entre 2014 et 2024. Cette dépréciation graduelle n’a pas provoqué de crise, mais elle illustre la fragilité de la monnaie face aux chocs externes. Fait notable : en février 2024, le Paraguay a émis pour la première fois des obligations souveraines libellées en guaranis (500 millions de dollars d’équivalent), un signe de confiance des marchés dans la monnaie nationale. Une tranche classique en dollars a été émise simultanément.
L’économie paraguayenne est en pratique bimonétaire : le dollar est largement utilisé en parallèle du guarani dans les transactions commerciales, notamment dans les zones frontalières.
4. Emploi et marché du travail
Le taux de chômage du Paraguay est parmi les plus bas du Mercosur, à environ 4,9 à 5,6 % selon les trimestres. Ce niveau reflète une économie agricole et informelle qui absorbe une grande partie de la main-d’œuvre disponible.
L’ombre au tableau est l’emploi informel, qui concerne plus de 60 % des travailleurs, le troisième taux le plus élevé de la région. Cette informalité généralisée prive l’État de recettes fiscales, prive les travailleurs de protection sociale, et maintient la productivité à des niveaux bas. C’est l’un des grands chantiers structurels du pays.
L’agriculture emploie une part importante de la population, avec des exploitations allant des petits agriculteurs familiaux aux latifundios agro-industriels de plusieurs dizaines de milliers d’hectares, une dualité qui est aussi une source d’inégalités profondes.
5. Commerce extérieur
Le Paraguay est une économie très ouverte, dont les échanges représentent une fraction importante du PIB. En 2025, les exportations totales atteignaient 16,7 milliards de dollars pour des importations de 18,1 milliards.
La structure des exportations révèle la double nature de l’économie paraguayenne : agro-industrielle et énergétique. La viande bovine est le premier poste (18,4 % du total, environ 2,2 milliards de dollars en 2024, en hausse de 21,9 %), le Paraguay est le quatrième exportateur mondial de bœuf. L’énergie électrique représente 16,8 % des exportations (1,2 milliard de dollars) : le pays exporte une part substantielle de la production d’Itaipu vers le Brésil et de Yacyretá vers l’Argentine. Les céréales (15 %) et les oléagineux dont le soja (14 %) complètent ce tableau.
Itaipu mérite une mention particulière. Ce barrage colossal sur le fleuve Paraná, géré conjointement avec le Brésil depuis 1984, est l’une des plus grandes centrales hydroélectriques du monde. Il fournit environ 15 % de l’électricité consommée au Brésil et la quasi-totalité de celle du Paraguay. Les redevances versées par le Brésil au Paraguay constituent une source de revenus structurelle pour l’État paraguayen, renégociée en 2023 à la hausse, une victoire diplomatique et économique importante.
Le Paraguay est aussi l’un des quatrièmes producteurs mondiaux de soja et joue un rôle crucial dans les chaînes d’approvisionnement alimentaires mondiales, notamment vers l’Europe et l’Asie.
6. Finances publiques
La gestion budgétaire du Paraguay est l’une des plus rigoureuses d’Amérique latine, encadrée par une loi de responsabilité fiscale qui fixe un plafond de déficit à 1,5 % du PIB. En 2024, le déficit a atteint 2,6 % du PIB, temporairement au-dessus de la cible, en raison d’investissements publics soutenus (infrastructures, santé, éducation). Pour 2025, le déficit est prévu à 1,9 % du PIB, avec un retour au plafond de 1,5 % visé pour 2026.
La dette publique s’établissait à 44,6 % du PIB en 2024, en légère hausse (de 41 % en 2023). Environ 62 % de cette dette est externe. Ces niveaux restent gérables, et la trajectoire projetée est stabilisatrice à moyen terme.
La reconnaissance la plus notable est la notation BBB- (investment grade) par Standard & Poor’s, obtenue ces dernières années grâce à la réforme fiscale, la convergence budgétaire et la crédibilité de la politique monétaire. Le président Peña a fixé comme objectif pour 2026 d’obtenir le même niveau de notation auprès d’une seconde agence majeure, ce qui ouvrirait l’accès à un cercle plus large d’investisseurs institutionnels.
7. Développement humain et inégalités
L’IDH du Paraguay atteignait 0,731 en 2022 selon le PNUD, en progression de 21 % depuis 1990. Le pays se situe dans la catégorie « développement humain élevé », un classement intermédiaire, autour du 100e rang mondial.
Les progrès sur la pauvreté sont particulièrement notables ces dernières années : le taux de pauvreté monétaire totale est tombé à 16 % de la population en 2025, en recul de 8,5 points depuis 2022. Plus remarquable encore, la pauvreté extrême est passée en dessous de 3 % pour la première fois dans l’histoire statistique du pays. Ces avancées reflètent la croissance économique soutenue, les programmes sociaux (Hambre Cero, pensions pour personnes âgées) et la hausse des revenus ruraux.
Les inégalités restent cependant profondes. La concentration de la terre est parmi les plus extrêmes au monde : une poignée de grands propriétaires contrôlent la majorité des terres agricoles productives, tandis que des centaines de milliers de petits paysans sans titre foncier peinent à s’intégrer dans l’économie formelle. Cette dualité, croissance macro-économique forte et inégalités structurelles persistantes, est le principal défi social du Paraguay.
8. Enjeux et perspectives
Un modèle de croissance trop dépendant du soja et du bœuf. Ces deux produits représentent plus d’un tiers des exportations. Leurs prix sont fixés sur les marchés mondiaux, sur lesquels le Paraguay n’a aucune influence. Une sécheresse, une chute des cours ou une décision de l’Union européenne sur les importations agricoles (comme la loi sur la déforestation) peut déstabiliser rapidement les finances publiques et la balance courante.
L’enclavement, contrainte permanente. Sans port maritime, le Paraguay dépend des voies fluviales (le fleuve Paraguay) et des ports brésiliens (Santos, Paranaguá) pour exporter. Les coûts logistiques sont structurellement plus élevés que pour ses voisins côtiers, ce qui érode la compétitivité de ses exportations.
La contrebande et l’économie informelle, fissures systémiques. La région frontalière avec le Brésil, notamment la ville de Ciudad del Este, est historiquement un foyer de commerce informel, de contrebande et de trafics divers. Ce phénomène, difficile à endiguer, prive l’État de recettes et alimente la corruption.
L’hydroélectricité, rente et levier. La renégociation des termes d’Itaipu avec le Brésil en 2023 a permis d’augmenter les revenus paraguayens. Dans un monde en transition énergétique, cette énergie propre et abondante est un atout différenciateur : le Paraguay ambitionne de devenir un hub de production d’hydrogène vert et d’attirer des industries énergivores (data centers, fonderies) grâce à son électricité bon marché.
Des ambitions d’investissement élevées. Des projets majeurs dans la pâte à papier, les biocarburants, l’hydrogène vert et les infrastructures représentent environ 10 % du PIB en investissements projetés. Si ces projets se concrétisent, ils pourraient structurellement élever le potentiel de croissance du pays.
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