Sommaire

Économie d’El Salvador, Géographie économique et données essentielles
Chiffres clés économiques
PIB nominal (2024) : environ 35 à 36 milliards de dollars américains, chiffre estimé à partir des données sur les remises de fonds (8,5 milliards USD représentant 24 % du PIB). À confirmer via la Banque mondiale. El Salvador est l’une des économies les plus petites d’Amérique centrale, avec une population d’environ 6,5 millions d’habitants.
PIB par habitant nominal (2024) : environ 5 400 USD, un niveau qui le place dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire inférieur.
PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA) : donnée non disponible dans les sources consultées, à vérifier via la Banque mondiale.
Taux de croissance du PIB :
- 2023 : +3,5 %
- 2024 : +2,6 % (Banque mondiale), ralentissement dû à de graves inondations qui ont affecté l’agriculture, la construction et l’investissement public dans la première moitié de l’année
- 2025 : accélération marquée attendue selon la Banque mondiale, soutenue par la reprise du tourisme et l’amélioration du climat des affaires
Taux d’inflation (2024) : environ 2,1 %, un niveau remarquablement bas pour la région. El Salvador utilise le dollar américain comme monnaie officielle depuis 2001, ce qui lui confère une stabilité des prix structurelle mais lui retire tout levier de politique monétaire nationale.
Taux de chômage officiel : 2,8 %, un chiffre en trompe-l’œil. Il masque une réalité beaucoup plus difficile : 7 travailleurs sur 10 exercent dans l’économie informelle, sans contrat ni protection sociale.
Dette publique (2024) : 88,9 % du PIB, un niveau très élevé, qui limite la marge de manœuvre budgétaire du gouvernement et représente l’un des principaux facteurs de vulnérabilité du pays.
Déficit budgétaire (2024) : 4,5 % du PIB, en légère réduction par rapport à 2023, grâce à une meilleure collecte fiscale et à des coupes dans les dépenses.
Réserves de change : données précises non disponibles dans les sources consultées. La dollarisation implique que le pays ne peut pas « imprimer » des dollars et dépend entièrement de ses recettes en devises (exportations, remises de fonds, emprunts).
Indice de développement humain (IDH) :
- Rang mondial : 124e, catégorie développement humain moyen
- Score précis non confirmé dans les sources consultées pour le rapport PNUD 2025
Structure de l’économie
El Salvador est un petit pays densément peuplé, sans ressources naturelles majeures à l’export, et dont l’économie repose sur trois piliers interdépendants : les remises de fonds envoyées par la diaspora aux États-Unis (de loin la première source de revenus en devises), les exportations industrielles issues de ses zones franches (textiles et agroalimentaire), et un tourisme en plein essor grâce à la transformation sécuritaire du pays.
Principales ressources naturelles : sol volcanique fertile, ressources géothermiques (utilisées pour la production d’électricité), ressources halieutiques côtières. Pas de pétrole, pas de mines significatives.
Principales productions agricoles : café (de qualité, cultivé sur les pentes volcaniques), canne à sucre (deuxième exportation agricole), maïs, haricots, sorgho pour la consommation intérieure.
Industries dominantes : industrie textile et confection (maquilas), agroalimentaire (sucre, café transformé), fabrication d’emballages plastiques, équipements électriques, chimie légère.
Part des services dans le PIB : les services dominent l’économie et emploient la majorité de la population formelle. Le tourisme représente environ 8 % du PIB.
Commerce extérieur
Le commerce extérieur d’El Salvador est marqué par un déséquilibre structurel massif : les importations sont environ trois fois supérieures aux exportations de biens. Le déficit commercial est compensé en grande partie par les remises de fonds, ce qui rend l’économie salvadorienne très dépendante des transferts de sa diaspora.
Exportations de biens (janvier–juillet 2024) : 3,78 milliards USD.
Importations de biens (janvier–juillet 2024) : 9,13 milliards USD.
Déficit de la balance commerciale (2023) : environ 9,15 milliards USD, considérable rapporté à la taille de l’économie.
Principales exportations (2024) :
- T-shirts et vêtements : premier poste (9,17 % des exportations totales), mais en fort recul, les exportations de t-shirts ont chuté de 15 % en 2024 par rapport à 2023, sous l’effet de la concurrence asiatique et de la perte de compétitivité
- Sucre de canne
- Café
- Emballages plastiques
- Équipements électriques et électroniques
Principaux pays clients : les États-Unis absorbent la grande majorité des exportations salvadoriennes. Données précises en pourcentage pour 2024 non disponibles dans les sources consultées.
Principaux pays fournisseurs : États-Unis (premier fournisseur), Guatemala, Mexique, Chine.
Les remises de fonds, la vraie locomotive économique : En 2024, la diaspora salvadorienne, vivant principalement aux États-Unis, a envoyé 8,5 milliards USD vers El Salvador (+2,5 % par rapport à 2023). Ces transferts représentent 24 % du PIB, plus que toutes les exportations de biens réunies. Concrètement, pour des millions de familles salvadoriennes, l’argent envoyé par un proche aux États-Unis est plus important que le salaire local. Cette dépendance est une force de stabilité à court terme, mais une fragilité à long terme : toute politique migratoire américaine restrictive peut fragiliser l’économie du pays.
Accords commerciaux majeurs : El Salvador est membre du CAFTA-DR (accord de libre-échange avec les États-Unis, le Canada, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica et la République dominicaine), en vigueur depuis 2006. C’est l’accord le plus structurant pour son économie.
Monnaie et finances publiques
Monnaie nationale : le dollar américain (USD), depuis le 1er janvier 2001, El Salvador a abandonné son colón national et adopté le dollar comme seule monnaie officielle. C’est l’une des rares dollarisations complètes au monde.
Le Bitcoin, expérience menée et abandonnée : En septembre 2021, le président Nayib Bukele a fait d’El Salvador le premier pays au monde à adopter le Bitcoin comme monnaie légale, aux côtés du dollar. L’État a développé une application (Chivo Wallet), acheté des bitcoins avec des fonds publics, et misé sur cette décision pour attirer investissements et touristes crypto. Le bilan a été mitigé : peu de Salvadoriens ont adopté le Bitcoin au quotidien, et la volatilité de la cryptomonnaie a suscité des inquiétudes. En janvier 2025, dans le cadre des négociations avec le FMI, l’Assemblée législative a abrogé le statut de monnaie légale du Bitcoin et l’État s’est engagé à ne plus acheter de cryptomonnaies avec des fonds publics.
Banque centrale : Banco Central de Reserva de El Salvador (BCR), fondée en 1934. Avec la dollarisation, son rôle est limité : elle ne peut pas émettre de monnaie ni fixer de taux directeur. Sa fonction principale est la supervision financière.
Programme FMI (février 2025) : El Salvador a signé un accord de 40 mois avec le FMI (Extended Fund Facility), visant à consolider les finances publiques, réduire la dette, renforcer la transparence et améliorer la gouvernance. L’abandon du Bitcoin comme monnaie légale faisait partie des conditions.
Solde budgétaire (2024) : déficit de 4,5 % du PIB, en légère amélioration grâce à une meilleure collecte fiscale (recettes fiscales atteignant 25,5 % du PIB).
Emploi et marché du travail
Taux de chômage officiel : 2,8 %, mais ce chiffre ne reflète pas la réalité.
Économie informelle : 70 % de la main-d’œuvre travaille dans l’informel, sans contrat, sans sécurité sociale, sans retraite garantie. C’est l’un des niveaux les plus élevés d’Amérique centrale.
Salaire minimum légal : le salaire minimum varie selon les secteurs (industrie, commerce, agriculture). Les données précises pour 2024-2025 ne sont pas disponibles dans les sources consultées, à vérifier via le Ministerio de Trabajo de El Salvador.
Remises de fonds : avec 8,5 milliards USD en 2024, les transferts de la diaspora constituent la principale source de revenus de nombreux ménages. Elles financent la consommation, la construction de logements et l’éducation des enfants restés au pays.
Infrastructures et secteurs stratégiques
Sécurité, la transformation la plus spectaculaire
Le changement le plus visible de ces dernières années est la transformation radicale de la sécurité. Il y a quelques années encore, El Salvador était l’un des pays les plus meurtriers au monde, avec un taux d’homicides de 54 pour 100 000 habitants en 2018, dominé par les gangs Mara Salvatrucha (MS-13) et Barrio 18. Sous la présidence de Nayib Bukele, une stratégie de répression massive a été engagée à partir de mars 2022 : état d’urgence, arrestations massives (83 000 personnes depuis 2022), construction d’une méga-prison (CECOT). Le taux d’homicides est tombé à 1,8 pour 100 000 habitants en 2024, une chute sans précédent qui a rendu au pays une sécurité que plusieurs générations n’avaient jamais connue. Le président Bukele bénéficie d’une popularité d’environ 90 % de la population. Des organisations de droits humains dénoncent cependant des milliers d’arrestations arbitraires et des violations des droits de la défense.
Tourisme, l’effet Bukele
La sécurité retrouvée a déclenché un boom touristique. En 2024, El Salvador a accueilli 3,9 millions de visiteurs, une hausse de +17 % par rapport à 2023 et de +81 % par rapport à 2019 (avant-pandémie). Le tourisme représente désormais 8 % du PIB. Le surf (El Salvador possède des vagues parmi les meilleures d’Amérique centrale), les sites archéologiques mayas, les plages et les villes coloniales constituent les principales attractions.
Industrie textile, un pilier sous pression
Les zones franches (maquilas) abritent des usines textiles et de confection qui produisent principalement pour le marché américain. Ce secteur était le principal exportateur du pays, mais il est en difficulté : les exportations de t-shirts ont reculé de 15 % en 2024 face à la concurrence des pays asiatiques à moindre coût.
Énergie
El Salvador tire une part significative de son électricité de la géothermie (volcans actifs), ainsi que de l’hydroélectricité. Le pays cherche à réduire sa dépendance aux importations de pétrole pour la production d’électricité. Données précises sur le mix énergétique 2024 non disponibles dans les sources consultées.
Inégalités et développement
Coefficient de Gini : 39,8 (2023, Banque mondiale), relativement faible pour la région d’Amérique centrale, ce qui indique que les inégalités de revenus sont moins marquées qu’au Guatemala, Honduras ou Colombie. C’est une particularité notable.
Taux de pauvreté :
- 25,7 % de la population sous le seuil national de pauvreté en 2024, en légère baisse (26,3 % en 2023)
- Une autre source indique 30,3 % en 2023, la divergence tient probablement aux méthodologies de mesure différentes (seuil national vs seuil international)
Pauvreté multidimensionnelle : 7,9 % de la population (environ 496 000 personnes en 2021), données basées sur une enquête de 2014, à actualiser.
Accès à l’eau potable et à l’électricité : des progrès importants ont été réalisés, notamment en milieu urbain. Des inégalités persistent dans les zones rurales. Données chiffrées pour 2024 non disponibles dans les sources consultées.
Contexte et enjeux économiques
El Salvador est un pays en pleine transformation, dont la trajectoire est indissociable de la figure de son président Nayib Bukele, réélu en 2024 avec une majorité écrasante. Son bilan est contrasté mais incontestable sur le plan sécuritaire : le pays est passé en moins de cinq ans de l’un des États les plus dangereux du monde à l’un des plus sûrs d’Amérique latine. Cette transformation a débloqué le tourisme, stimulé l’investissement étranger (1,2 milliard USD en 2024, +20 %) et redonné confiance à une population longtemps paralysée par la peur.
Mais les défis structurels restent immenses. La dette publique dépasse 88 % du PIB, un niveau qui contraint le pays à dépendre du financement extérieur. Les exportations industrielles sont fragilisées par la concurrence asiatique. L’économie informelle englobe 70 % des travailleurs. Et la dépendance aux remises de fonds, 24 % du PIB, expose le pays à toute variation de la politique migratoire américaine.
L’accord signé avec le FMI en février 2025 marque un tournant : il contraint El Salvador à davantage de rigueur budgétaire et de transparence, en échange d’un soutien financier et d’une crédibilité retrouvée sur les marchés. L’abandon du Bitcoin comme monnaie légale, condition de cet accord, illustre comment les contraintes économiques réelles ont pris le dessus sur l’expérimentation politique.
La Banque mondiale anticipe une accélération de la croissance en 2025, portée par le tourisme et l’amélioration du climat des affaires. Le principal risque à surveiller reste la soutenabilité de la dette et la capacité du pays à diversifier son économie au-delà des remises de fonds et des maquilas textiles.
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