le MRTA – MOUVEMENT REVOLUTIONNAIRE TUPAC AMARU

Le MRTA — Mouvement Révolutionnaire Túpac Amaru

(Movimiento Revolucionario Túpac Amaru)


Le nom et sa signification historique

Le MRTA tire son nom de deux figures historiques emblématiques de la résistance indigène péruvienne.

Túpac Amaru I est le dernier souverain inca, exécuté par les Espagnols en 1572 à Cuzco après une tentative de résistance à la colonisation. Son nom est devenu un symbole de la lutte anti-coloniale.

Túpac Amaru II est José Gabriel Condorcanqui, un descendant du précédent, qui prit ce nom pour mener la plus grande rébellion indigène contre l’empire espagnol, entre 1780 et 1782, avant d’être capturé et exécuté. Cette révolte mobilisa des dizaines de milliers de personnes dans les Andes.

Le MRTA se revendique explicitement de cet héritage anti-colonial, qu’il transpose au XXe siècle en dénonçant la domination économique des États-Unis sur le Pérou.


Fondation et idéologie

Le MRTA est fondé entre 1980 et 1982, par la fusion de deux organisations de gauche :

Le Parti Socialiste Révolutionnaire (marxiste-léniniste) (PSR-ML), qui comptait d’anciens officiers des forces armées péruviennes ayant servi sous le gouvernement nationaliste de gauche du général Juan Velasco Alvarado (1968–1975), et le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire — aile militante (MIR El Militante), subdivision d’un mouvement castriste défait en 1965.

Son idéologie est un mélange de marxisme-léninisme, de guévarisme, de nationalisme péruvien et d’un fort attachement à l’héritage des peuples indigènes andins — bien que le mouvement ne soit pas fondé par des dirigeants indigènes et ne soit pas centré sur les droits indigènes en tant que tels.

Le MRTA considère que la mondialisation est le mécanisme du néo-colonialisme, que le FMI et la Banque mondiale sont des instruments d’oppression économique, et que seule la révolution armée peut transformer le Pérou.


Les chefs

Víctor Polay Campos (alias « Camarade Roland ») est le fondateur principal et premier chef. Le 31 mai 1982, il participe personnellement au premier acte du groupe : le braquage d’une banque à La Victoria, Lima. Lors de cette action, un membre du Comité central est tué par des tirs fratricides. Polay est arrêté une première fois, s’évade spectaculairement de prison en 1990, puis est définitivement capturé en 1992 et condamné à 32 ans de prison. En 2006, un tribunal péruvien le juge à nouveau coupable de près de 30 crimes.

Néstor Cerpa Cartolini (alias « Camarade Evaristo ») prend la tête du groupe après l’arrestation de Polay. Il mourra lors de l’assaut de 1997.


Activités armées (1982–1997)

À son apogée, le MRTA compte plusieurs centaines de membres actifs. Ses principales actions sont des attentats à la bombe, des assassinats ciblés, des enlèvements et des prises d’otages. Parmi ses actes documentés figurent des attaques répétées contre l’ambassade des États-Unis à Lima entre 1984 et 1990.

Une différence notable avec le Sentier Lumineux est relevée dans le rapport final de la Commission de Vérité et Réconciliation (CVR, 2003) : le MRTA revendiquait ses actions, ses membres portaient des uniformes pour se distinguer des civils, et il s’abstenait généralement d’attaquer des populations non armées. La CVR note cependant qu’il commettait des crimes graves — assassinats, enlèvements, prises d’otages — en violation du droit humanitaire international qu’il prétendait respecter.

La CVR établit que le MRTA est responsable de 1,5 % des morts documentés dans le conflit armé péruvien de 1980 à 2000, contre environ 54 % pour le Sentier Lumineux.


L’événement majeur : la prise d’otages de l’ambassade du Japon (1996–1997)

C’est l’action la plus spectaculaire du MRTA, et celle qui marque sa fin.

17 décembre 1996 : 14 membres du MRTA prennent d’assaut la résidence officielle de l’ambassadeur du Japon à Lima, à l’occasion d’une réception célébrant le 63e anniversaire de l’Empereur Akihito. Des centaines de diplomates, officiels gouvernementaux et militaires, et hommes d’affaires sont présents. Des centaines d’otages sont retenus dans un premier temps, puis libérés progressivement par voie de négociations, jusqu’à ce qu’il en reste 72.

Les preneurs d’otages exigent principalement la libération de prisonniers du MRTA détenus au Pérou.

Le siège dure 126 jours.

22 avril 1997 : le président Alberto Fujimori ordonne l’assaut. L’opération porte le nom de « Operación Chavín de Huántar » — du nom d’un site archéologique andin. 140 commandos des forces spéciales péruviennes avaient préparé l’opération pendant des mois, dans une réplique de la résidence construite à la base aérienne de Las Palmas. À 15h23, trois charges explosives font simultanément sauter trois pièces du rez-de-chaussée, dont celle où les membres du MRTA jouaient au football.

Résultat : les 14 membres du MRTA sont tués. 71 des 72 otages sont libérés vivants. Un seul otage périt : Carlos Giusti Acuña, magistrat de la Cour Suprême du Pérou, mort d’une crise cardiaque en route vers l’hôpital militaire. Deux commandos péruviens sont également tués au combat : Juan Valer et Raúl Jiménez. 25 autres commandos sont blessés.

Fujimori est acclamé dans un premier temps pour la décision. Mais la suite révèle une controverse sérieuse : des enquêtes ultérieures établissent qu’au moins 3 à 8 membres du MRTA ont été exécutés sommairement après s’être rendus, et non tués au combat. Cette affaire contribuera plus tard aux poursuites judiciaires contre Fujimori pour violations des droits humains.


La dissolution

La prise d’otages de l’ambassade japonaise signe la fin effective du MRTA. Sans direction, sans soutien populaire significatif, et face à la répression de l’État, le groupe cesse toute activité armée après 1997. Il est retiré de la liste américaine des organisations terroristes étrangères le 8 octobre 2001.

Un mouvement politique légal, le Front Démocratique du Peuple (FDP), se forme ensuite avec d’anciens membres et sympathisants du MRTA.

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