Le Sentier Lumineux (Sendero Luminoso)
Définition et nom
Le Sentier Lumineux : Sendero Luminoso en espagnol, nom officiel Parti Communiste du Pérou (Partido Comunista del Perú, PCP-SL), est une organisation révolutionnaire péruvienne d’idéologie maoïste, qui mène une guérilla armée et des actes terroristes de 1980 à la fin des années 1990.
Son nom est tiré d’une phrase du penseur marxiste péruvien José Carlos Mariátegui (fondateur du premier Parti communiste péruvien en 1928) : « El marxismo-leninismo abrirá el sendero luminoso hacia la revolución », « Le marxisme-léninisme ouvrira le sentier lumineux vers la révolution. »
Fondation et idéologie
Le Sentier Lumineux est fondé en 1970 à la suite d’une scission au sein du Parti Communiste péruvien. Son fondateur et chef unique est Abimael Guzmán Reynoso, alias « Camarade Gonzalo », ancien professeur de philosophie à l’Université nationale de San Cristóbal de Huamanga, à Ayacucho, dans les Andes.
L’idéologie du groupe est un maoïsme radical, qui prend explicitement pour modèles la Révolution culturelle chinoise de Mao Zedong, le stalinisme soviétique, et le régime des Khmers rouges du Cambodge. Guzmán passe les années 1960-1970 à recruter des sympathisants parmi les étudiants, les intellectuels, et les paysans indigènes des régions pauvres des Andes.
Le déclenchement de la lutte armée
Le 17 mai 1980 : jour des premières élections générales organisées au Pérou depuis des années, le Sentier Lumineux commet son premier acte de violence près d’Ayacucho : des militants brûlent des urnes électorales dans le village de Chuschi. C’est le début officiel de la « guerre populaire ».
Le groupe étend ensuite ses actions aux villes, avec des attentats à la bombe, des assassinats ciblés, et des massacres dans Lima et Callao. Il prend le contrôle par la violence et l’intimidation de districts ruraux et urbains pauvres du centre et du sud du Pérou. Il finance en partie ses activités par le contrôle de laboratoires de traitement de la cocaïne dans la vallée du Huallaga.
La capture de Guzmán et le déclin
Le 12 septembre 1992, la police péruvienne (unité spéciale GEIN) arrête Abimael Guzmán dans une maison du quartier de Surquillo, à Lima. En octobre 1992, il est condamné à la réclusion à perpétuité pour terrorisme.
Malgré cette capture, le groupe continue des activités violentes dans les années 1990. En juillet 1999, le nouveau chef, Oscar Ramirez Durand (alias « Camarade Feliciano »), est à son tour capturé et condamné à vie. L’organisation perd dès lors l’essentiel de sa capacité opérationnelle.
Abimael Guzmán est décédé en prison le 11 septembre 2021, à l’âge de 86 ans.
Le bilan humain : les chiffres officiels
En août 2003, la Commission de Vérité et de Réconciliation du Pérou (CVR) publie son rapport final, rendu devant le président Alejandro Toledo le 28 août 2003. C’est la source officielle de référence.
La CVR estime à environ 70 000 le nombre de morts et disparus causés par le conflit armé entre 1980 et 2000 (civils, guérilleros et militaires confondus). Elle dénombre précisément 69 280 victimes attestées par ses enquêtes.
Sur ce total, le Sentier Lumineux est tenu responsable d’environ 54 % des morts, soit 37 800 victimes selon Britannica. Les agents de l’État (armée, police) sont responsables d’environ 30 %, le MRTA (autre groupe armé), les rondes paysannes et groupes paramilitaires se partageant le reste.
La CVR a recueilli les témoignages de 16 985 personnes et organisé 21 audiences publiques, auxquelles plus de 9 500 personnes ont assisté.
Méthodes
Le Sentier Lumineux est documenté pour l’usage systématique d’assassinats ciblés, d’attentats à la bombe, de décapitations, de massacres de villages, de lapidations, et de torture. Il ciblait aussi bien les représentants de l’État que les paysans refusant de le soutenir, les syndicalistes, et les élus locaux.
Conséquences
Le conflit a profondément traumatisé le Pérou, particulièrement les populations indigènes quechuaphones des Andes, qui furent les premières victimes. Il a engendré des déplacements massifs de population vers Lima, accéléré la crise économique péruvienne des années 1980, et laissé des séquelles sociales durables. Le rapport de la CVR reste une référence mondiale en matière de justice transitionnelle.

Les commentaires sont fermés.