FRANCISCO PIZARRO

FRANCISCO PIZARRO

FRANCISCO PIZARRO

Francisco Pizarro, le conquistador de l’Empire inca

Illettré, fils illégitime d’un modeste capitaine de l’Estrémadure, Francisco Pizarro accomplit l’une des conquêtes les plus stupéfiantes de l’histoire humaine : avec moins de 200 hommes, il renversa l’Empire inca, le plus vaste État du continent américain. Cupide, impitoyable, mais doté d’un courage et d’une ténacité hors du commun, il est à la fois le fondateur du Pérou colonial et le fossoyeur d’une civilisation millénaire.


Origines : un enfant de nulle part

Francisco Pizarro naît vers 1478 à Trujillo, dans la région de l’Estrémadure, en Espagne, la même terre rude qui donna naissance à son lointain cousin, Hernán Cortés. Il est le fils illégitime de Gonzalo Pizarro, un capitaine de l’infanterie espagnole, et d’une femme de condition modeste. Son père ne le reconnaît pas officiellement. Francisco grandit dans la pauvreté, sans éducation : il ne saura jamais lire ni écrire, et restera illettré toute sa vie.

Rien, dans ces origines, ne laisse présager la trajectoire extraordinaire qui l’attend. C’est pourtant cette misère de départ qui forge sa détermination sans faille. Le Nouveau Monde représente pour lui ce qu’il ne pourra jamais obtenir en Espagne : une fortune, un titre, une place dans l’histoire.


L’apprentissage du Nouveau Monde

En 1502, à environ 24 ans, Pizarro embarque pour l’île d’Hispaniola, où les Espagnols ont établi leurs premières colonies. Il y passe plusieurs années, participant aux expéditions de pacification des populations indigènes, apprenant le métier de la guerre en terrain tropical.

En 1509, il rejoint l’expédition d’Alonso de Ojeda vers les côtes de l’actuelle Colombie. C’est une aventure éprouvante, ponctuée de faim, de maladies et de combats. Mais Pizarro s’y distingue par son endurance et son sang-froid.

Le tournant décisif arrive en 1513 : il accompagne Vasco Núñez de Balboa dans la traversée historique de l’isthme de Panama. Ils sont parmi les premiers Européens à apercevoir l’océan Pacifique depuis les Amériques. Cette immensité d’eau laisse entrevoir un continent entier encore inexploré. Pour Pizarro, c’est une révélation.

Il s’installe à Panama, devient alcade (maire) de la ville entre 1519 et 1523, et accumule une solide expérience des terres américaines. Les rumeurs d’un empire fabuleux plus au sud, un royaume où l’or coulerait à flots, l’obsèdent de plus en plus.


Trois expéditions pour un empire

Pizarro tente une première expédition vers le sud en 1524, puis une seconde en 1526. Toutes deux échouent, repoussées par les tempêtes, les maladies et la résistance des populations côtières. Lors de la deuxième tentative, il aperçoit néanmoins des villages prospères sur les côtes de l’actuel Pérou, et rapporte des témoignages précieux sur l’existence d’un empire organisé et immensément riche.

En 1529, à environ 51 ans, il retourne en Espagne pour obtenir l’aval de Charles Quint. Il est reçu à la cour et parvient à convaincre le roi de lui accorder l’autorisation et les titres pour mener la conquête du Pérou. Il rentre avec ses frères : Hernando, Juan et Gonzalo Pizarro, ainsi que son associé Diego de Almagro.

En 1531, il prend la mer pour la troisième fois, avec seulement 180 hommes et 37 chevaux. Une force dérisoire face à un empire de plusieurs millions d’habitants. Mais Pizarro dispose d’un atout inattendu : l’Empire inca est en pleine guerre civile.


Cajamarca : le piège qui renversa un empire

À son arrivée, l’Empire inca est déchiré par une lutte fratricide entre deux fils de l’ancien souverain : Atahualpa et Huáscar. Atahualpa vient de l’emporter militairement. C’est un homme au sommet de sa puissance, entouré de dizaines de milliers de guerriers, lorsqu’il accepte de rencontrer Pizarro à Cajamarca, en novembre 1532.

Le 16 novembre 1532, Pizarro tend un piège. Atahualpa entre dans la ville avec une suite imposante mais sans armes, il ne se méfie pas. Les Espagnols, cachés dans les bâtiments environnants, ouvrent soudainement le feu à la bombarde et chargent à cheval. La panique est totale. Des milliers d’Incas sont massacrés en quelques heures. Atahualpa, à 30 ans environ, est capturé sans qu’un seul Espagnol ne soit tué.

La stupeur est totale. Un empire de millions d’habitants vient de voir son dieu-roi tomber aux mains d’une poignée d’étrangers.

Atahualpa comprend vite ce que veulent les Espagnols. Il propose une rançon colossale : remplir la salle où il est détenu, une fois d’or et deux fois d’argent. Pizarro accepte. Pendant des mois, l’or afflue de tout l’empire. La rançon est honorée.

Pizarro ne tient pas sa parole. En août 1533, après un procès expéditif et manifestement truqué, Atahualpa est condamné à être brûlé vif. Acceptant in extremis le baptême chrétien, il obtient une grâce symbolique : il est étranglé au lieu d’être brûlé, le 29 août 1533. Il a environ 31 ans. L’Empire inca, privé de sa tête, s’effondre.


De Cuzco à Lima : bâtir sur les ruines

En novembre 1533, Pizarro entre dans Cuzco, la capitale inca, et la pille méthodiquement. Il installe un souverain fantoche, Manco Inca, pour maintenir une façade de légitimité. Le 18 janvier 1535, à environ 57 ans, il fonde sur la côte Pacifique une nouvelle ville qu’il baptise Lima, la future capitale du Pérou, stratégiquement placée pour le commerce maritime avec l’Espagne.

Mais la victoire empoisonne ses relations avec ses propres alliés. Son associé de toujours, Diego de Almagro, revendique sa part du butin et le gouvernement du Chili. Les tensions virent au conflit armé. En 1538, Pizarro fait capturer Almagro après la bataille de Las Salinas et le fait exécuter. Une décision fatale.


Un assassinat annoncé

Les fils et partisans d’Almagro n’oublient pas. Le 26 juin 1541, un groupe d’une vingtaine de conjurés fait irruption dans le palais de Pizarro à Lima. Francisco Pizarro, alors âgé d’environ 63 ans, se défend seul avec une épée, blessant plusieurs assaillants avant d’être submergé. Il meurt poignardé, à terre.

Selon la légende, il traça une croix dans son propre sang et mourut en la baisant. Il fut enterré discrètement pour éviter les représailles. Ses restes sont aujourd’hui exposés dans la cathédrale de Lima.


Un héritage impossible à trancher

Francisco Pizarro est, comme Cortés, une figure que l’histoire ne peut aborder sans ambivalence. En Espagne, il est célébré comme l’homme qui apporta à la Couronne les richesses fabuleuses du Pérou. Au Pérou, il incarne la violence de la conquête, le pillage des temples, la destruction d’une culture et l’asservissement d’un peuple entier.

Sa statue équestre, longtemps dressée sur la Plaza Mayor de Lima, a été déplacée en 2003 après des décennies de débats. Elle trône aujourd’hui dans un quartier moins central, symbole d’un héritage que le Pérou contemporain ne sait toujours pas où placer.

Ce qui reste indiscutable, c’est l’ampleur du bouleversement qu’il provoqua. Avec une poignée d’hommes, cet enfant illettré de Trujillo modifia pour toujours la carte politique, culturelle et démographique d’un continent.


Grandes dates de la vie de Francisco Pizarro

v. 1478 Naissance à Trujillo, Estrémadure (Espagne)

1502 À environ 24 ans, départ pour le Nouveau Monde, Hispaniola

1524–1526 Deux premières expéditions vers le Pérou, sans succès

1529 À environ 51 ans, obtient l’aval de Charles Quint pour la conquête du Pérou

16 novembre 1532 Capture de l’empereur inca Atahualpa à Cajamarca

29 août 1533 Exécution d’Atahualpa ; effondrement de l’Empire inca

18 janvier 1535 À environ 57 ans, fondation de Lima

1538 Fait exécuter son associé Diego de Almagro

26 juin 1541 Assassiné dans son palais de Lima, à environ 63 ans

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