Cuba : la pénurie de carburant pousse les paysans au troc et paralyse l’agriculture

6 juillet 2026

Un blocus pétrolier qui étouffe l’île

Depuis le début de l’année 2026, Cuba traverse une crise énergétique aiguë. Après l’intervention militaire américaine qui a renversé le président vénézuélien Nicolás Maduro en janvier, les livraisons de pétrole vénézuélien vers l’île, une des principales sources d’approvisionnement de La Havane, ont été coupées. Washington a également menacé d’imposer des tarifs douaniers à tout pays fournissant du pétrole à Cuba, ce qui a fait chuter les stocks mexicains destinés à l’île à des niveaux historiquement bas. Résultat : le gouvernement cubain a dû rationner sévèrement le carburant, réduisant les services publics, les transports et l’activité économique.

Le retour aux bœufs et au travail manuel

Dans les campagnes, la machinerie agricole reste à l’arrêt faute de diesel. Selon un reportage de l’agence AP publié par le quotidien mexicain Vanguardia début mai, dans le village de Las Minas, qui compte 65 agriculteurs pour seulement 18 bœufs, l’agriculteur Eduardo Obiols Sobredo raconte que désherber son terrain, une tâche qui prenait 15 minutes à la machine, lui prend désormais au moins trois jours à la main. Il n’a plus reçu sa ration mensuelle habituelle d’essence depuis janvier. Un système d’irrigation solaire financé par une ONG reste inutilisable, faute de carburant pour l’installer, et l’exploitation dépend désormais de la pluie, qui n’est pas tombée depuis près de deux mois.

Quand la nourriture s’échange contre du diesel

Face à l’impossibilité de payer le carburant en liquide, un système de troc s’est développé dans le pays. Selon un rapport de l’organisation Food Monitor Program cité par CiberCuba, le litre de diesel au marché noir se négociait entre 1 500 et 3 000 pesos au premier trimestre 2026 (il avait même atteint 4 000 pesos quelques mois plus tôt). Les paysans échangent alors fromage, lait, haricots, riz, porc, arachides, œufs ou volaille contre l’hydrocarbure nécessaire à leurs terres. Cette pratique, assimilée par le régime à un commerce illégal de ressource stratégique, a valu l’arrestation de 16 personnes à La Havane en mars pour vente illicite de combustible. Selon les données officielles citées par le rapport, la production de riz a chuté de 81 % et celle des œufs de 61 %, tandis que 96,4 % des 9 236 micro, petites et moyennes entreprises agricoles du pays subissent des restrictions sévères liées au manque de carburant.

Des marchés à l’agonie

La pénurie touche aussi la distribution. Une dépêche EFE relayée par Infobae en février décrit des marchés de La Havane où les vendeuses doivent marcher 45 minutes faute de transport abordable, tandis que les prix du dollar au marché informel, qui ont dépassé 500 pesos, renchérissent l’ensemble des produits de première nécessité. Un vendeur de fruits et légumes cité par l’agence estime que la totalité de ses produits pourrait être affectée si la pénurie se poursuit. Les acheteurs interrogés par l’AP à La Havane en mai constatent une baisse de qualité des produits, tomates rabougries ou décolorées, faute d’engrais et d’eau.

Une population sous pression, une diplomatie timide

La crise s’ajoute à six années de difficultés économiques déjà marquées par des pénuries alimentaires, une inflation élevée, une dollarisation croissante et une émigration massive. Des gestes d’aide humanitaire ont été annoncés par plusieurs pays, dont le Brésil, l’Espagne et le Mexique, sous forme d’envois de nourriture et de produits de première nécessité. Des discussions diplomatiques entre Washington et La Havane ont par ailleurs repris début mai, avec la visite de diplomates américains sur l’île, une première depuis 2016, mais Cuba maintient que sa priorité reste la levée du blocus énergétique.

Sources : EFE via Infobae, 18 février 2026 ; AP via Vanguardia, 7 mai 2026 ; CiberCuba, 16 avril 2026

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