PEROU: CORPUS CHRISTI

Quand quinze saints viennent saluer le Christ

Dates : 60 jours après le dimanche de Pâques (mobile, généralement en juin) Lieu : Cusco, place Huacaypata et cathédrale, sierra sud du Pérou

À Cusco, le jeudi de Corpus Christi (Fête-Dieu) n’est pas une simple fête religieuse : c’est le jour où quinze saints et vierges venus de paroisses voisines convergent vers la cathédrale pour « saluer » le Saint-Sacrement. Costumes brodés, cloches anciennes, chants en quechua et plats traditionnels composent l’une des journées les plus denses du calendrier andin, et l’occasion pour le voyageur de toucher du doigt le mélange unique d’héritages inca et catholique propre à l’ancienne capitale impériale.

Histoire et origines

La célébration de Corpus Christi est introduite au Pérou dès l’époque coloniale, dans le cadre de l’évangélisation des populations andines. À Cusco, elle prend une dimension particulière : avant la Conquête, la ville accueillait chaque année une procession des mallquis, les momies des incas et de leurs épouses, promenées dans la ville en signe de vénération. En 1572, sous l’autorité du vice-roi Francisco de Toledo, cette procession des momies est remplacée par celle des saints et des vierges des paroisses de Cusco, donnant naissance à la fête telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Cette substitution explique la force particulière du Corpus Christi cusquénien : sous une forme catholique, la ville continue de célébrer ses figures protectrices selon un rituel de procession et de « salut » hérité de l’époque inca. Le 6 août 2004, la fête a été déclarée Patrimoine Culturel de la Nation par l’Institut National de la Culture (Résolution Directorale Nationale N° 599-2004).

La grande procession : quinze saints face au Saint-Sacrement

Le jour central, quinze images de saints et de vierges quittent leurs églises de quartier ou de district dès l’aube et sont portées à travers les rues vers la Plaza de Armas, le Huacaypata des Incas. Parmi elles figurent la Vierge Purificada, la Vierge Bélen et d’autres vierges parées de pierreries et de brocarts précieux, ainsi que des saints comme Saint-Sébastien, Saint-Blaise, Saint-Joseph et l’apôtre Jacques (Santiago), traditionnellement représenté à cheval. Une particularité cusquénienne est la « course » amicale entre les saints patrons de San Jerónimo et de San Sebastián, dont les porteurs cherchent à arriver les premiers à la cathédrale.

À l’intérieur, chaque saint vient saluer la custodia, l’ostensoir qui conserve l’hostie consacrée. Cette pièce d’orfèvrerie coloniale, réalisée en 1745 par l’orfèvre Gregorio Gallegos à la demande de l’évêque Pedro Morcillo Rubio de Auñón, mesure environ 1,20 mètre de haut et pèse environ 27 kilos d’or, sertie de centaines d’émeraudes, de diamants, de topazes, de rubis et de perles.

Les célébrations sont rythmées par la María Angola, la plus grosse cloche de la cathédrale de Cusco. Fondue en 1659, elle pèse près de 6 tonnes et mesure plus de 2 mètres de haut ; sa fonte fut en partie financée par le chanoine Diego Arias de la Cerda. Selon la légende la plus connue, son nom viendrait d’une esclave affranchie originaire d’Angola, prénommée María, qui aurait jeté dans le moule plusieurs livres d’or en offrande. Fissurée depuis le séisme de 1950, elle conserve un son grave et reconnaissable que beaucoup de Cusquéniens associent aux grandes processions.

Le chiriuchu, plat emblème de la veille

La nuit qui précède le jour central, les familles cusquéniennes préparent le chiriuchu (« piment froid » en quechua), un plat composite servi froid qui réunit cuy (cochon d’Inde) rôti, charqui (viande séchée), poulet, torrejas de maïs, fromage frais, cochayuyo (algue andine) et oeufs de poisson, le tout accompagné de chicha de jora et de pain de maïs. Conçu à l’origine pour se conserver durant les longues journées de fête en plein air, ce plat est aujourd’hui considéré comme l’un des symboles gastronomiques de Cusco. Pour en savoir plus sur les spécialités de la région, consultez notre guide de la gastronomie péruvienne.

Conseils pratiques pour les voyageurs

Quand y assister : La date varie chaque année car elle dépend de Pâques (60 jours après le dimanche de Pâques). Se renseigner sur le calendrier liturgique de l’année pour planifier son séjour en juin.

Altitude : Cusco se situe à environ 3 400 mètres. Prévoir au moins une journée d’acclimatation à l’arrivée, surtout si l’on vient directement de la côte.

Météo : Juin marque le coeur de la saison sèche dans les Andes : journées ensoleillées et fraîches, nuits très froides. Prévoir des vêtements chauds pour les veillées en extérieur.

Affluence et hébergement : La Plaza de Armas est noire de monde dès le petit matin le jour de la procession. Réserver son hébergement à l’avance et arriver tôt pour trouver une bonne place autour de la place.

Accès : Cusco est desservie par des vols directs depuis Lima (environ 1 h 15) et par des bus longue distance, mais l’avion reste la solution la plus pratique en haute saison.

ÉlémentDétail
Dates60 jours après Pâques (mobile, juin)
LieuCusco, Plaza de Armas et cathédrale
Altitudeenviron 3 400 m
AccèsVol Lima-Cusco (environ 1 h 15)
EntréeProcession en accès libre et gratuit

Retrouvez notre guide complet du Pérou pour organiser votre séjour à Cusco.


Quand les quinze saints entrent un à un dans la cathédrale pour saluer l’ostensoir d’or, sous le son fêlé mais toujours impressionnant de la María Angola, c’est tout l’héritage de la cité inca, capitale catholique et capitale impériale à la fois, qui se rejoue sous les yeux du voyageur.

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