LA REMISE DES BÄTONS DE COMMANDEMENT

Le Varayoc, gardien de l’ordre andin

Date : 1er janvier Lieu : Cusco et communautés andines de la région, sierra sud du Pérou

Dans les communautés andines qui entourent Cusco, le Nouvel An n’est pas seulement une fête civile : c’est le moment où l’ordre du monde se renouvelle. Les anciens se réunissent, les bâtons changent de mains, et de nouveaux responsables prennent en charge la vie de leur village pour une année entière. La cérémonie de l’Entrega de Varas, la Remise des Bâtons de Commandement, est l’un des rituels les plus discrets et les plus authentiques qui soient donnés à observer dans les Andes péruviennes.

Histoire et origines

Le terme quechua varayoc signifie littéralement « celui qui possède la vara ». Le bâton de commandement andin est un objet de syncrétisme : ses racines plongent dans l’organisation politique préhispanique, où les autorités locales du Tahuantinsuyo (l’Empire inca) portaient des sceptres comme symboles de leur pouvoir et de leur légitimité. À l’époque coloniale, les Espagnols ont conservé cette structure tout en lui imposant une forme occidentale, produisant un objet hybride où la symbolique andine et l’ornementation catholique se fondent en un seul artefact.

Depuis les lois sur les communautés indigènes (1920 et 1936) et la législation sur les communautés paysannes en vigueur depuis 1968, l’État péruvien n’a jamais officiellement reconnu le système du Varayoc comme structure d’organisation politique. Il a progressivement été relégué à un rôle symbolique et rituel. Pourtant, dans de nombreuses localités de la région de Cusco, les autorités de vara continuent d’exercer une fonction réelle : intermédiaires entre la population et le monde spirituel, garants de la cohésion sociale, arbitres lors des fêtes agricoles et des cérémonies catholiques.

En 2013, le « Système d’autorités traditionnelles connu sous le nom de Varayoc » du district de Písac (province de Calca, Cusco) a été déclaré Patrimoine Culturel de la Nation par la Résolution Vice-ministérielle N° 026-2013-VMPCIC-MC, publiée au Journal Officiel El Peruano.

La cérémonie du 1er janvier : le renouvellement du pouvoir

Chaque 1er janvier, les hommes les plus âgés de chaque communauté, les yayas, se réunissent pour désigner les candidats qui deviendront les nouvelles autorités de leur village. Ces autorités, les Varayocs, forment une hiérarchie de charges précise, transmises selon un ordre établi de longue date.

Dans le district de Písac, par exemple, le système comprend neuf charges, de la plus humble à la plus haute : cañari, regidor, qaywa, wachu capitán, pasña capitán, ch’uncho mayordomo, segunda, mayordomo mayor, et enfin l’alcalde ou varayoc, la charge suprême. L’ensemble de ces autorités est désigné par le terme quechua kuraqkuna, « les anciens ».

Au cours d’une fête arrosée de chicha, la bière de maïs fermenté, et de llonque, une eau-de-vie locale, le nouveau Varayoc reçoit la vara des mains de son prédécesseur. Ce geste simple est le coeur de la cérémonie : l’autorité ne se proclame pas, elle se transmet. Quand ses fonctions prennent fin, le Varayoc n’exerce plus aucune charge dans sa communauté et devient un vénérable ancien, respecté pour avoir assumé la responsabilité du groupe.

La présence publique des Varayocs, le wachu, se manifeste aussi tout au long de l’année : lors des messes dominicales, des rituels agricoles et des fêtes du calendrier andin, les autorités de vara défilent en file, dans un ordre précis qui suit les cycles saisonniers et l’organisation du travail agricole.

Les varas : chefs-d’oeuvre de l’artisanat andin

La vara est bien plus qu’un simple bâton. Confectionnée dans des bois durs tels que la chonta, le hualtaco negro, le huallacan ou le membrillo (cognassier), elle mesure environ un mètre de long. Sa surface est incrustée d’argent et, pour les plus hautes charges, d’or. Transmise d’autorité en autorité, elle est à la fois outil de gouvernance, objet de mémoire collective et oeuvre d’artisanat d’une grande valeur.

Le Varayoc de plus haute charge arbore l’ensemble de son habit de fonction : montera (coiffe), chullu (bonnet de laine), poncho, ojotas (sandales) et pantalon traditionnel. Sa tenue et sa vara forment un ensemble visuel immédiatement reconnaissable dans toutes les communautés. Des exemples de ces varas historiques sont conservés dans diverses collections locales de la région de Cusco.

Consultez notre guide de l’artisanat péruvien pour en savoir plus.

Conseils pratiques pour les voyageurs

Accès et logistique : La cérémonie du 1er janvier se déroule dans les communautés rurales autour de Cusco, non dans le centre-ville. Písac, à environ 35 km de Cusco, est l’un des villages où la tradition est la mieux documentée. Des taxis collectifs (colectivos) relient Cusco à Písac depuis le quartier de Puputi, pour un trajet d’environ 45 minutes.

Attitude du visiteur : Il s’agit d’une cérémonie communautaire intime, non d’un événement touristique. La discrétion est de mise : observer sans s’imposer, ne jamais photographier sans accord préalable.

Altitude : Cusco est à environ 3 400 m. Prévoir une journée d’acclimatation avant de se déplacer dans les villages environnants, souvent situés encore plus haut.

Météo : Le 1er janvier tombe en pleine saison des pluies dans les Andes. Les après-midi peuvent être pluvieux. Vêtements imperméables et couches superposées sont indispensables.

Hébergement : Cusco offre un large choix d’hôtels pour tous les budgets. Le 1er janvier, la ville est souvent en fête, il vaut mieux réserver sa chambre à l’avance.

ÉlémentDétail
Date1er janvier
Lieu principalCommunautés autour de Cusco (Písac, etc.)
Altitude3 400 m à Cusco (villages parfois plus haut)
Accès depuis CuscoColectivo vers Písac (45 min environ)
EntréeCérémonie communautaire, accès public mais discret

Retrouvez notre guide complet du Pérou pour planifier votre séjour dans la région de Cusco.


Dans les Andes, le pouvoir ne s’arrache pas : il se reçoit, avec gravité, au milieu des anciens, d’un bâton d’argent et de maïs fermenté. Une leçon de gouvernance que cinq siècles de colonisation n’ont pas réussi à effacer.

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