Juan Martín Hernández, El Mago des Pumas
Né le 7 août 1982 à Buenos Aires, Argentine
Dans l’histoire du rugby argentin, il y a un avant et un après 2007. Avant 2007, les Pumas étaient une équipe respectée, parfois redoutée, mais jamais vraiment au sommet du monde. Après 2007, et grâce en grande partie au génie d’un homme, l’Argentine était championne de quelque chose d’essentiel : la preuve que son rugby pouvait rivaliser avec les meilleures nations de la planète. Cet homme, c’est Juan Martín Hernández, dit El Mago, le Magicien.
Buenos Aires et la Deportiva Francesa
Juan Martín Hernández naît le 7 août 1982 à Buenos Aires. Il fait ses premières armes au club amateur de la Deportiva Francesa, dans la capitale argentine. Dès les premières années, il se distingue par une polyvalence et une lecture du jeu inhabituelles : il peut jouer arrière, à l’ouverture, au centre, et dans chacun de ces postes, il apporte quelque chose que ses coéquipiers n’ont pas, une vision, un sens du décalage, une créativité dans les espaces qui lui vaudront rapidement le surnom d’El Mago.
Stade Français : l’Europe à vingt et un ans (2003–2009)
En 2003, Hernández traverse l’Atlantique et signe au Stade Français, club phare du Top 14 français. Il a vingt et un ans. En six saisons sous le maillot rose, il dispute 123 matches et s’impose comme l’un des meilleurs arrières du monde. Le Stade Français remporte le Championnat de France 2004, et Hernández est finaliste du championnat et de la Coupe d’Europe (Heineken Cup) en 2005. En 2006, il est élu meilleur arrière de l’année : distinction qui coïncide avec une reconnaissance quasi unanime dans la presse spécialisée mondiale comme le meilleur arrière de la planète à ce moment-là.
La Coupe du Monde 2007 : le troisième place historique
Mais c’est la Coupe du Monde 2007 en France qui consacre définitivement Hernández comme une légende du rugby mondial. À l’approche du tournoi, il est repositionné à l’ouverture (n°10), son poste de prédilection sur le plan du jeu. Cette décision se révèle déterminante.
L’Argentine est versée dans la Poule D aux côtés de la France, de l’Irlande, de la Géorgie et de la Namibie. Dès le match d’ouverture, le 8 septembre 2007, les Pumas créent l’une des plus grandes surprises de l’histoire de la compétition : ils battent la France, nation hôte, 17-12. Hernández, au cœur de l’axe charnière Pichot (n°9) – Hernández (n°10) – Contepomi (n°12), dicte le jeu avec une maîtrise et une créativité qui laissent les observateurs sans voix. L’Argentine bat ensuite l’Irlande 30-15 et termine première de sa poule.
En quart de finale, les Pumas éliminent l’Écosse 19-13. En demi-finale, ils s’inclinent face à l’Afrique du Sud (future championne du monde) 13-37 : une défaite sans déshonneur face à une machine de guerre. Puis vient le match pour la troisième place, contre la France, au Parc des Princes : l’Argentine s’impose 34-10, effaçant symboliquement la défaite du premier match dans l’autre sens.
Cette 3e place constitue la meilleure performance de l’histoire des Pumas en Coupe du Monde. Pour sa contribution décisive, Hernández est nommé parmi les candidats au World Rugby Men’s Player of the Year 2007.
Racing 92 et Toulon (2010–2015)
Après son départ du Stade Français, Hernández rejoint le Racing 92 (2010-2014), autre grand club du rugby français, puis le RC Toulon (2014-2015), champion d’Europe en titre à l’époque. À ces deux clubs, il continue d’exprimer son talent, même si les blessures commencent à peser sur la régularité de ses apparitions.
Les blessures : trois Coupes du Monde, deux absences
Le parcours d’Hernández est marqué par des blessures qui lui coûtent deux participations à la Coupe du Monde. Il avait pris part à l’édition 2003 (premier test en avril 2003 contre le Paraguay) et à celle de 2007. Mais en 2009, lors d’une tournée avec les Natal Sharks en Afrique du Sud (Currie Cup), il subit une grave blessure au dos qui l’éloigne des terrains et lui fait manquer la Coupe du Monde 2011. La blessure en 2015 le prive également de l’édition anglaise.
Il se retire définitivement du rugby professionnel en avril 2018, à la suite d’une blessure au genou, après une carrière internationale de 74 sélections avec les Pumas.
L’héritage d’El Mago
Juan Martín Hernández est intronisé au World Rugby Hall of Fame, la plus haute distinction honorifique du rugby mondial. En 2020, il est sélectionné dans le Top 14 All-Time Dream Team : l’équipe de légende désignée pour célébrer les vingt-cinq ans du championnat professionnel français.
Son héritage dépasse les statistiques. Il représente un style de jeu, instinctif, imprévisible, élégant , un moment fondateur pour le rugby argentin, et l’incarnation d’une génération dorée des Pumas qui a montré au monde que l’Amérique du Sud avait sa place au sommet du rugby mondial.
