RONALDO

Ronaldo Luís Nazário de Lima, O Fenômeno

Né le 18 septembre 1976 à Itaguaí, État de Rio de Janeiro, Brésil


Dans l’histoire du football, peu de joueurs ont porté aussi loin le paradoxe d’une carrière : Ronaldo Luís Nazário de Lima, dit O Fenômeno, le Phénomène , est peut-être le plus grand attaquant que le monde ait jamais vu, et pourtant il aura passé autant de temps sur une table d’opération qu’il en aurait fallu pour décrocher deux ou trois titres supplémentaires. Ce que ses genoux lui ont volé, l’imagination refuse de le calculer. Ce qu’il a accompli malgré tout suffit à lui assurer une immortalité sans discussion.

Bento Ribeiro : la rue comme premier terrain

Ronaldo naît le 18 septembre 1976 à Itaguaí, dans l’État de Rio de Janeiro. Son acte de naissance ne sera établi que quatre jours après sa naissance, le temps que ses parents réunissent l’argent pour le payer. La famille s’installe dans le quartier de Bento Ribeiro, banlieue populaire du nord de Rio. Son père, Nélio Nazário de Lima, quitte le foyer familial alors que Ronaldo n’a que onze ans. Sa mère, Sônia dos Santos Barata, élève seule ses trois enfants en travaillant comme cuisinière et femme de ménage.

C’est dans la rue, à Bento Ribeiro, que Ronaldo apprend à jouer. À douze ans, il entre au Social Ramos Club, puis rejoint le São Cristóvão dans le championnat carioca. Une tentative de rejoindre le Flamengo : son club de cœur, échoue de façon cruelle : il rate un entraînement faute d’avoir les quelques centimes du trajet en bus. C’est Jairzinho, héros de la Coupe du Monde 1970, qui décèle son talent et facilite son transfert vers le Cruzeiro Esporte Clube de Belo Horizonte.

Cruzeiro et l’irruption d’un prodige (1993–1994)

Ronaldo fait ses débuts professionnels le 25 mai 1993 contre Caldense, dans le championnat du Minas Gerais. À peine adolescent, il explose : en 14 mois, il inscrit 44 buts en 47 matches pour le Cruzeiro, dont 5 buts en une seule rencontre face à Bahia le 7 novembre 1993 (victoire 6-0).

Ces statistiques décident Carlos Alberto Parreira, sélectionneur brésilien, à l’embarquer dans le groupe de la Coupe du Monde 1994 aux États-Unis. Ronaldo a dix-sept ans. Il ne jouera pas une minute, le Brésil remporte le titre sans qu’il entre en jeu , mais il repart avec une médaille d’or au poignet et une faim de compétition qui va tout dévorer sur son passage.

PSV Eindhoven : le monstre libéré (1994–1996)

À l’été 1994, Ronaldo traverse l’Atlantique pour rejoindre le PSV Eindhoven, aux Pays-Bas. Le résultat est immédiat et dévastateur : 54 buts en 57 matches. L’Europe entière comprend qu’un phénomène est en train de naître.

Barcelone : la révélation absolue (1996–1997)

En 1996, le FC Barcelone s’attache ses services. Ronaldo n’a pas vingt ans et va réaliser l’une des saisons individuelles les plus exceptionnelles de l’histoire du football. En une seule année sous les ordres de Bobby Robson, il inscrit 47 buts en 49 matches, remportant le Pichichi (meilleur buteur de Liga) et le Soulier d’Or européen. Le Barça décroche la Copa del Rey, la Supercopa de España et la Coupe des Vainqueurs de Coupes cette saison-là.

Sur le plan individuel, Ronaldo est sacré FIFA World Player of the Year en 1996 : à 20 ans, il devient le plus jeune lauréat de cette récompense. En 1997, il reçoit à la fois le Ballon d’Or et le FIFA World Player of the Year pour la deuxième année consécutive, devenant le premier joueur à décrocher le titre FIFA deux fois d’affilée.

À l’été 1997, l’Inter Milan rompt le marché mondial en déboursant 19,5 millions de livres sterling : record mondial à l’époque, pour arracher Ronaldo au Barça.

Inter Milan : la gloire, puis le drame (1997–2002)

À Milan, Ronaldo confirme immédiatement son statut : en 1997–98, il est l’arme fatale de l’Inter en Coupe UEFA. Le 6 mai 1998, au Parc des Princes, en finale contre la Lazio, il marque le troisième but d’une victoire 3-0 qui offre à l’Inter son premier titre européen depuis des décennies. Il termine la compétition avec 6 buts et une performance en finale qui entre directement dans la légende nerazzurra. Sa carrière à l’Inter s’achèvera avec 59 buts en 99 matches.

Mais entre-temps, deux catastrophes successives vont briser son élan.

Première blessure, 21 novembre 1999. Lors d’un match contre Lecce en Serie A, Ronaldo se blesse au genou droit : rupture partielle du tendon patellaire. Intervention chirurgicale, rééducation.

Deuxième blessure, 12 avril 2000. À peine revenu, lors de la finale de la Coppa Italia contre la Lazio, il ne tient que six minutes avant que son tendon patellaire ne se rompe complètement. Son physiothérapeute Nilton Petrone décrira un genou gonflé à la taille d’un ballon, nécessitant plusieurs tubes de drainage. Ronaldo ne rejouera pas avant septembre 2001, soit plus de dix-huit mois d’absence.

La Coupe du Monde 1998 : l’énigme de Saint-Denis

La finale de la Coupe du Monde 1998 contre la France au Stade de France reste l’une des plus grandes énigmes du football mondial. Dans les heures précédant le match, Ronaldo est victime de convulsions, s’effondrant dans sa chambre d’hôtel, la bouche écumante. Roberto Carlos et ses coéquipiers en sont témoins. Retiré de la feuille de match, il y figure finalement, et joue, mais semble absent, diminué, fantomatique. Le Brésil perd 3-0 face aux Bleus.

Ronaldo n’a jamais pleinement expliqué ce qui s’est passé. « C’était beaucoup de pression, et je n’ai pas pu la gérer », a-t-il dit sobrement. La vérité complète n’a jamais été établie publiquement.

2002 : la résurrection

La Coupe du Monde 2002 en Corée-Japon est la plus belle histoire de rédemption que le football ait connue. Ronaldo revient de deux opérations du genou, de dix-huit mois d’absence, de la finale cauchemardesque de 1998. Personne ou presque ne l’attend à ce niveau. Il répond par 8 buts : dont 2 en finale contre l’Allemagne (victoire 2-0), et remporte le Soulier d’Or du meilleur buteur du tournoi. Le Brésil est champion du monde pour la cinquième fois de son histoire.

Dans la foulée, Ronaldo est sacré FIFA World Player of the Year 2002 pour la troisième fois de sa carrière, et reçoit le Ballon d’Or 2002. Il décroche également le Laureus World Sports Award for Comeback of the Year.

Real Madrid : la légende galactique (2002–2007)

En 2002, le Real Madrid fait de lui l’une des pierres angulaires de sa politique des Galácticos. En cinq saisons sous les couleurs blanches, Ronaldo inscrit 104 buts en 177 matches, remportant notamment la Liga 2002-03. Ses accoups de vitesse irrésistibles, sa technique de dribble et son sens du but continuent d’illuminer le Bernabéu, même si les blessures et les fluctuations de forme alternent avec ses plus hauts faits d’armes.

Le retour au Brésil et la retraite

Après un passage à l’AC Milan (9 buts en 20 matches, 2007-2008), Ronaldo rentre dans son pays natal pour terminer sa carrière avec le Corinthians (35 buts en 69 matches, 2009-2011), retrouvant São Paulo et ses racines populaires. Il annonce officiellement sa retraite en février 2011, à trente-quatre ans.

Le bilan d’une carrière hors norme

En club : 352 buts en 518 apparitions (chiffre agrégé toutes compétitions, toutes équipes). En sélection : 98 sélections et 62 buts pour le Brésil, l’un des meilleurs ratios but/sélection de l’histoire pour un attaquant de classe mondiale. Deux Coupes du Monde (1994, sans jouer, et 2002, meilleur buteur). Trois FIFA World Player of the Year (1996, 1997, 2002). Deux Ballons d’Or (1997, 2002). Un Soulier d’Or européen (1997). Une Copa del Rey, une Supercopa de España, une Coupe des Vainqueurs de Coupes, une Coupe UEFA, une Liga.

Ce palmarès, considérable, ne dit pas tout. Il ne dit pas ce que deux ruptures du tendon patellaire ont supprimé de lui entre 1999 et 2001, ni ce que sa carrière aurait pu être sans elles. Ce qu’il a accompli dans les intervalles appartient à la mémoire collective d’un sport : une façon de courir avec le ballon, une accélération sur les trois premiers mètres, un dribble en une touche suivi d’une frappe rasante que les gardiens ne voyaient pas partir, ces images-là ne se mesurent pas en statistiques.

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