
Romário : O Baixinho, génie de la surface de réparation
Né le 29 janvier 1966 à Rio de Janeiro (favela de Jacarezinho), Brésil
Dans le football, il existe une hiérarchie non écrite des qualités : la vitesse, la puissance, la vision, le dribble, le leadership. Et puis il y a ce que possède Romário de Souza Faria : dit O Baixinho, le petit, une qualité que l’on ne peut pas vraiment nommer autrement que l’instinct pur du but. Petit, imprévisible, économe en effort mais dévastateur dans les cinq mètres, il est considéré par les connaisseurs comme le finisseur le plus accompli de l’histoire du football brésilien, et l’un des meilleurs du XXe siècle.
Jacarezinho : la favela comme école
Romário naît le 29 janvier 1966 dans la favela de Jacarezinho, dans la zone nord de Rio de Janeiro. Son père, Edevair de Souza Faria, fonde un petit club de quartier, l’Estrelinha : pour offrir aux jeunes de la communauté un espace de pratique sportive. C’est dans cet environnement que Romário grandit avec un ballon. Il est repéré quelques années plus tard en jouant pour l’Olaria, un club de banlieue de Rio, avant d’intégrer la formation junior du Vasco da Gama.
PSV Eindhoven : cinq saisons, 165 buts (1988–1993)
En 1988, Romário rejoint le PSV Eindhoven aux Pays-Bas. Ce transfert marque le début de l’une des cinq années les plus prolifiques de l’histoire du football néerlandais pour un joueur étranger. En 167 matches, il inscrit 165 buts : un ratio sidérant. Il remporte l’Eredivisie à trois reprises : 1989, 1991 et 1992. Ses partenaires ne savent jamais exactement où il sera dans la surface ; ses adversaires non plus. Ce mystère est son principal atout.
Barcelone 1993-94 : la saison parfaite
À l’été 1993, Romário rejoint le FC Barcelone de Johan Cruyff, dans ce que l’on appellera plus tard le Dream Team : une constellation de joueurs réunissant notamment Hristo Stoichkov, Michael Laudrup, Ronald Koeman et José Mari Bakero. Romário y forme avec le Bulgare une paire d’attaquants redoutée dans toute l’Europe.
Sa première et unique saison complète en Liga est d’une perfection quasi absolue : 30 buts en 33 matches. Il est le meilleur buteur du championnat. Barcelone remporte la Liga 1993-94, son quatrième titre consécutif. En revanche, en Ligue des Champions, le Barça est sèchement battu par le Milan AC en finale (4-0). Le Barça était attendu favori ; Milan l’humilie.
En janvier 1995, Romário force son départ après une brouille avec Cruyff, qui refuse de plier. « Aucun joueur n’est indispensable », tranche le technicien néerlandais. Romário rentre au Brésil.
La Coupe du Monde 1994 : le titre et la consécration
Entre sa saison à Barcelone et son départ précipité, se glisse la Coupe du Monde 1994 aux États-Unis, et c’est là que Romário entre dans la légende mondiale.
Le Brésil n’a plus remporté le titre depuis 1970 : vingt-quatre ans de disette. L’attaque brésilienne repose sur une paire inoubliable : Romário et Bebeto (Deportivo La Coruña), deux gabarits différents, un sens du mouvement et de la complémentarité que peu de duos ont égalé. Romário inscrit 5 buts dans le tournoi : contre la Russie, le Cameroun, la Suède en phase de groupes, les Pays-Bas en quart de finale, et un nouveau but contre la Suède en demi-finale.
En finale, face à l’Italie, le match se solde par un 0-0 après prolongation, le premier finale de Coupe du Monde décidée aux tirs au but de l’histoire. Romário transforme le sien, envoyant le ballon dans l’angle (le poteau dévie le tir, qui entre au fond). Roberto Baggio tire le dernier penalty italien hors du cadre. Le Brésil est champion du monde pour la quatrième fois.
Romário est sacré Ballon d’Or du tournoi et nommé FIFA World Player of the Year 1994. Il a trente-huit ans… non, vingt-huit ans, pardon. La confusion est possible tant la carrière dure longtemps.
Les années brésiliennes et le millième but
Après Barcelone, Romário multiplie les allers-retours entre l’Europe (Valencia, 1996-97, conflit rapide avec l’entraîneur Luis Aragonés, prêt à Flamengo) et le Brésil, où il joue pour Flamengo, Vasco da Gama et Fluminense, entre autres. Avec Vasco, il remporte le Campeonato Brasileiro 2000.
Le 20 mai 2007, lors d’un match de Vasco da Gama contre le Sport Recife, Romário convertit un penalty et revendique son 1 000e but en carrière. Le match est interrompu plus de vingt minutes pour les célébrations. Romário rejoint ainsi le club très fermé des joueurs ayant atteint le millier, aux côtés de Pelé et de quelques autres.
Il convient de noter la précision des sources : la FIFA ne lui reconnaît officiellement que 760 buts dans les matches officiels seniors, un chiffre qui grimpe à 929 en incluant les matches de jeunes et de sélection olympique. Le cap des 1 000 intègre des rencontres amicales et de pré-saison. Romário lui-même a toujours assumé et défendu ce total, sans que la controverse entame sa réputation de finisseur d’exception.
Le bilan international
En 70 sélections avec le Brésil entre 1987 et 2005, Romário inscrit 55 buts. Outre le titre mondial de 1994, il participe aux Jeux olympiques de 1988 à Séoul, où le Brésil décroche la médaille d’argent (finale perdue face à l’URSS).
L’après-football
Romário se reconvertit en politique. Il est élu député fédéral puis sénateur au Brésil. Il milite notamment pour les droits des personnes handicapées, son engagement personnel est lié à sa fille Ivy, atteinte du syndrome de Down, dont il a publiquement fait une cause centrale de son action.
Sa vie publique reflète ce qu’il était sur le terrain : direct, incontrôlable pour ses employeurs, attachant pour le public, et capable, au bon moment, de faire ce que personne d’autre ne pouvait faire.
