
Tostão : La petite pièce d’or du football brésilien
Né le 25 janvier 1947 à Belo Horizonte, Minas Gerais, Brésil
Dans le panthéon du football brésilien de 1970, cette équipe que beaucoup considèrent comme la plus accomplie de l’histoire du jeu , un nom est souvent le premier à être oublié. Non par manque de talent, mais parce qu’il jouait précisément de façon à se faire oublier, pour mieux offrir l’espace aux autres. Eduardo Gonçalves de Andrade, dit Tostão, est le joueur sans lequel le Brésil n’aurait peut-être pas conquis la Coupe du Monde 1970. Et il l’a fait avec un seul œil valide, contre l’avis d’une partie du corps médical.
Belo Horizonte et le surnom de la petite pièce
Tostão naît le 25 janvier 1947 à Belo Horizonte, capitale de l’État du Minas Gerais. Il grandit dans l’ensemble résidentiel de l’IAPI, où il passe son enfance à jouer au ballon avec des garçons plus grands et plus costauds que lui. Sa petite taille et son gabarit frêle lui valent très tôt un surnom : tostão, le nom de la plus petite et moins précieuse pièce de monnaie en circulation au Brésil à cette époque. Le surnom deviendra son identité.
À treize ans, il joue au futsal pour le Cruzeiro. À quinze, il fait ses débuts dans le football de plein air à l’América Mineiro. En 1963, le président du Cruzeiro Felício Brandi le recrute pour 80 000 cruzeiros. C’est le début d’une longue histoire entre Tostão et le club de Belo Horizonte.
Cruzeiro : meilleur buteur de l’histoire du club
Tostão passe l’essentiel de sa carrière professionnelle au Cruzeiro Esporte Clube. En 373 matches, il inscrit 249 buts, ce qui fait de lui à ce jour le meilleur buteur de l’histoire du club. Au sein d’un trio d’attaque légendaire formé avec Dirceu Lopes et Wilson Piazza, il est le moteur offensif d’une équipe qui remporte le Campeonato Brasileiro 1966 et cinq titres du Campeonato Mineiro. Il joue petit, efficace, intelligent, jamais spectaculaire pour le spectacle, toujours décisif pour le résultat.
La blessure aux yeux : le miracle silencieux
À la fin de l’année 1969, lors d’un match contre le Corinthians, un ballon frappe Tostão au visage. Le diagnostic est grave : décollement de la rétine à l’œil droit. Les médecins envisagent qu’il ne récupère jamais complètement sa vision. Une intervention chirurgicale est nécessaire. La Coupe du Monde 1970, à quelques mois de là, semble hors de portée.
Il se bat. Il convainc les ophtalmologues. Il convainc les médecins de la sélection brésilienne. Lors de la préparation au Mexique, une nouvelle hémorragie apparaît dans l’œil, un caillot de sang. Un médecin spécialisé, venu de Houston (Texas), l’examine et certifie que la chirurgie interne est intacte et que la guérison est complète. Tostão est autorisé à jouer. Le Brésil ne s’en rend sans doute pas compte à ce moment-là, mais cette décision médicale va contribuer à forger l’équipe la plus admirée de l’histoire du football.
Mexique 1970 : le faux numéro neuf avant l’heure
Le Brésil de 1970 est une entité à part dans l’histoire sportive. Sous la direction du sélectionneur Mário Zagallo, avec Pelé, Jairzinho, Rivelino, Gérson et Tostão, l’équipe ne se contente pas de gagner : elle invente un langage. Dans ce collectif, Tostão joue un rôle qui préfigure avec plusieurs décennies d’avance ce que les théoriciens du football moderne appelleront le faux numéro neuf : attaquant de centre qui recule, qui joue dos au but, qui décale, qui libère l’espace pour ceux qui arrivent en profondeur.
« Tostão occupait deux défenseurs, laissant Pelé libre de faire ce qu’il voulait », résumera un observateur de l’époque. Pelé lui-même reconnaîtra l’importance de son partenaire. La complémentarité entre les deux hommes est le cœur battant du jeu brésilien dans ce tournoi.
Tostão inscrit 2 buts en Coupe du Monde 1970, tous deux lors du quart de finale contre le Pérou (victoire 4-2). Le Brésil bat ensuite l’Uruguay en demi-finale, puis l’Italie 4-1 en finale à Mexico, le titre le plus accompli de l’histoire du Brésil. Sa carrière internationale totalise 55 sélections et 31 buts, dont une participation à la Coupe du Monde 1966 en Angleterre à dix-neuf ans, lors de laquelle il avait inscrit un but face à la Hongrie.
La retraite à vingt-six ans
L’œil n’a jamais vraiment tenu toutes ses promesses. En 1973, une nouvelle blessure oculaire met fin définitivement à la carrière de Tostão. Il a vingt-six ans. Au moment où les meilleurs joueurs du monde atteignent leur maturité, il raccroche.
Sa réaction est caractéristique de sa personnalité : il ne se plaint pas, il se retourne. En 1975, il s’inscrit dans une faculté de médecine et obtient son diplôme de médecin. Il devient professeur d’université, exerce la médecine, et s’éloigne volontairement du monde du football pendant vingt ans.
Le retour : journaliste et penseur du jeu
En 1994, Tostão revient dans la sphère publique brésilienne comme chroniqueur sportif et consultant télévisé. Il s’impose rapidement comme l’une des voix les plus respectées et les plus lucides du journalisme sportif brésilien, connu pour ses analyses rigoureuses, son refus des lieux communs et sa capacité à replacer le football dans une perspective historique et humaine. « Le football était une diversion », dira-t-il simplement. « J’étais médecin. »
L’héritage d’un joueur invisible
Tostão n’est pas le plus célèbre de l’équipe de 1970. C’est précisément sa grandeur. Pendant que Pelé illuminait, que Jairzinho terrorisait, que Rivelino frappait, lui travaillait dans l’ombre, décrochant, combinant, libérant les autres. Avec 249 buts pour Cruzeiro (record du club), 31 buts en 55 sélections et une Coupe du Monde gagnée malgré un œil opéré, il laisse une trace que les statistiques ne peuvent qu’approximer.
