
Emerson Fittipaldi — Le pionnier brésilien du sport automobile mondial
Né le 12 décembre 1946 à São Paulo, Brésil
Avant Senna, avant Barrichello, avant Massa, il y avait Emerson Fittipaldi. Double champion du monde de Formule 1, double vainqueur des 500 miles d’Indianapolis, champion IndyCar : en deux décennies de compétition, le Pauliste aura écrit les premières lignes de la légende brésilienne dans le sport automobile mondial.
Une famille de passionnés
Emerson naît à São Paulo le 12 décembre 1946, dans une famille marquée par la vitesse. Son père, Wilson Fittipaldi Sr., est journaliste sportif et commentateur radio ; sa mère, Józefa « Juzy » Wojciechowska, est d’origine polonaise et russe. Son frère aîné, Wilson Fittipaldi Jr., sera lui aussi pilote de Formule 1 avant de devenir directeur de l’écurie familiale Fittipaldi Automotive. Le sport automobile coule littéralement dans leurs veines.
L’ascension éclair en Formule 1
Emerson débarque en Formule 1 en 1970 au volant d’une Lotus. Sa progression est foudroyante. Dès 1972, au sein de l’écurie Lotus, il remporte cinq victoires en onze courses et s’empare du titre mondial. Il devient à 25 ans le plus jeune champion du monde de l’histoire de la Formule 1 — un record qui tiendra jusqu’en 2005, année où Fernando Alonso le supplante à 24 ans.
Deux ans plus tard, il confirme son statut en passant chez McLaren. En 1974, avec trois victoires — au Brésil, en Belgique et au Canada — et une régularité exemplaire, il remporte son deuxième titre mondial. Il offre dans la foulée à McLaren son tout premier Championnat des constructeurs. Au total, sa carrière en Formule 1 se solde par 14 victoires en 11 saisons.
En 1976, il surprend le paddock en quittant McLaren pour rejoindre l’équipe de son frère, Fittipaldi Automotive. Malgré son investissement personnel et familial, les monoplaces ne sont pas de taille à rivaliser avec les meilleures écuries. Il mettra un terme à sa carrière en Formule 1 en 1980.
L’Amérique, Indianapolis et un deuxième souffle
Loin de raccrocher le casque, Fittipaldi rebondit aux États-Unis dans le championnat CART (IndyCar). Le résultat dépasse toutes les espérances. En 1989, il remporte le titre CART en terminant dans les cinq premiers à chaque course complétée. La même année, il s’impose aux 500 miles d’Indianapolis, conduisant en tête 158 des 200 tours et devançant Al Unser Jr. dans un duel haletant. Il devient ainsi le premier Brésilien vainqueur de la grande classique et le premier pilote étranger à s’y imposer depuis Mario Andretti en 1969. Sa prime dépasse le million de dollars — une première dans l’histoire de l’épreuve.
En 1993, à 46 ans, il s’offre une deuxième victoire à Indianapolis, en prenant la tête au 185e tour en dépassant le champion du monde de Formule 1 en titre, Nigel Mansell, et en ne la lâchant plus. Sa carrière CART se conclut avec un bilan remarquable de 22 victoires.
La fin brutale
En juillet 1996, lors du Michigan 500, une collision avec le pilote rookie Greg Moore envoie Fittipaldi dans le mur à grande vitesse. Il souffre d’une fracture de la septième vertèbre cervicale et d’un poumon partiellement effondré. Il a fallu 15 minutes aux secours pour l’extraire de l’épave. Il ne reprendra jamais la compétition.
L’année suivante, en 1997, un nouveau drame : l’avion privé qu’il pilote au-dessus de sa plantation d’orangers, dans l’État de São Paulo, perd de la puissance et s’écrase en chute libre de 90 mètres. Il s’en sort avec de graves blessures au dos.
L’héritage d’une dynastie
La passion familiale pour la course se transmet à la génération suivante. Ses petits-fils Pietro et Enzo Fittipaldi — fils de sa fille Juliana — sont tous deux pilotes professionnels. Pietro a fait ses débuts en Formule 1 avec l’équipe Haas en 2020 avant de rejoindre le championnat IndyCar. Enzo, membre de la filière Red Bull, court en IndyCar à partir de 2026.
Emerson Fittipaldi reste l’un des rares sportifs à avoir dominé deux championnats aussi exigeants que la Formule 1 et l’IndyCar. Il est, pour tout le Brésil, le premier grand pionnier d’une tradition d’excellence qui ne s’est jamais éteinte.
