NELSON PIQUET

Nelson Piquet — Le stratège aux trois couronnes

Né le 17 août 1952 à Rio de Janeiro, Brésil


Il courait sous un faux nom pour que son père ne le sache pas. Quarante ans plus tard, ce nom — Piquet — est gravé en lettres d’or dans l’histoire de la Formule 1. Nelson Piquet Souto Maior, triple champion du monde, incarne une intelligence de course rare : moins spectaculaire que ses rivaux, souvent plus efficace qu’eux tous.

Une vocation cachée

Nelson naît le 17 août 1952 à Rio de Janeiro, alors capitale du Brésil, dans une famille bourgeoise. Son père, Estácio Gonçalves Souto Maior, est médecin, et fut ministre de la Santé sous le gouvernement de João Goulart (1961–1964). Un homme de science et de responsabilité, peu enclin à laisser son fils courir sur des circuits. Alors Nelson use d’une ruse : pour participer à ses premières courses sans éveiller les soupçons familiaux, il concourt sous le nom de jeune fille de sa mère — Piquet. Le subterfuge tient. Le nom reste.

Après une brève incursion dans le tennis — sport qu’il abandonne rapidement —, Nelson se consacre au karting et en devient champion national brésilien en 1971–72, puis champion de Formule Vee au Brésil en 1976. C’est Emerson Fittipaldi en personne qui lui conseille de tenter sa chance en Europe. Il s’y envole, et réalise une saison de Formule 3 1978 qui fait l’effet d’une bombe : il bat le record de victoires en une saison, record qui appartenait jusqu’alors à Jackie Stewart.

Trois titres, trois ères différentes

1981 : Champion du monde avec Brabham — à un seul point

Piquet fait ses débuts en Formule 1 en 1978 avec l’écurie Ensign, avant de rejoindre Brabham dès 1979. En 1981, il se retrouve en duel serré avec Carlos Reutemann (Williams) jusqu’à la dernière course, le Grand Prix de Las Vegas. Reutemann possède un point d’avance à l’arrivée en Nevada. Mais le pilote argentin s’effondre, terminant hors des points. Piquet prend la cinquième place — suffisante. Il devient champion du monde avec 50 points contre 49 pour Reutemann. Un titre à l’arraché, gagné par la tête autant que par les jambes.

1983 : Champion du monde avec Brabham — la remontée contre Prost

En 1983, Alain Prost (Renault) semble tenir le titre dans sa main à l’approche des dernières manches. Piquet renverse alors la tendance : il enchaîne deux victoires consécutives au Grand Prix d’Italie puis au Grand Prix d’Europe (Brands Hatch) et prend la troisième place finale à Kyalami, en Afrique du Sud — suffisant pour coiffer Prost au poteau. Son deuxième titre, conquis au mental sur les trois dernières courses de la saison.

1987 : Champion du monde avec Williams — malgré lui-même

En 1986, Piquet rejoint Williams, aux côtés de Nigel Mansell. La rivalité entre les deux hommes est immédiatement féroce, et sur la piste comme en dehors. En 1986, il manque le titre à la dernière course en Australie.

En 1987, le destin frappe fort. Lors des qualifications du Grand Prix de Saint-Marin à Imola, sa Williams percute le mur du virage Tamburello à 180 mph. Le choc est violent. Piquet souffre d’une commotion cérébrale, et — comme on l’apprendra plus tard — perd environ 80 % de sa perception de profondeur. Craignant d’être écarté par son équipe, il dissimule l’étendue de ses blessures et continue à courir, se rendant secrètement dans une clinique milanaise toutes les deux semaines tout au long de la saison. Mansell remporte plus de victoires que lui (six contre trois en Williams), mais Piquet, plus régulier, s’empare de son troisième et dernier titre mondial. Un tour de force accompli dans la douleur.

Le bilan d’une carrière hors norme

Piquet met fin à sa carrière en Formule 1 après deux saisons chez Lotus (1988–89) et deux saisons chez Benetton (1990–91, avec trois victoires supplémentaires). Il quitte la discipline avec un palmarès éloquent : 23 victoires, 24 poles positions, 60 podiums et 23 meilleurs tours en 204 départs.

L’héritage

Piquet est le troisième pilote de l’histoire à avoir remporté trois titres mondiaux, après Juan Manuel Fangio (cinq) et Jack Brabham (trois). Il représente, avec Fittipaldi, le pilier d’un âge d’or du sport automobile brésilien, ouvrant la voie à l’explosion Senna dans la seconde moitié des années 1980. Son fils Nelson Piquet Jr. fut également pilote de Formule 1, notamment chez Renault en 2008.

Nelson Piquet, l’homme qui courait sous un faux nom, aura finalement écrit le sien parmi les plus grands de l’histoire du sport automobile.

 

Date de naissance: 17 août 1952
Lieu de naissance: Rio de Janeiro (Brésil)
Taille – Poids

Débuts en F1 en
Nombre de GP 204
3 fois champion du monde

23 Victoires en Grand Prix
Canada 1991 Montréal
Japon 1990 Susuka
Australie 1990 Adelaïde
Allemagne 1987 Hockenheim
Hongrie 1987 Budapest
Italie 1987 Monza
Brésil 1986 Jacarepagua
Allemagne 1986 Hockenheim
Hongrie 1986 Budapest
Italie 1986 Monza
France 1985 Castelet
Canada 1984 Montréal
Etats Unis 1984 Détroit
Brésil 1983 Jacarepagua
Italie 1983 Monza
Europe 1983 Brands Hatch
Canada 1982 Montréal
Argentine 1981 Buenos Aires
Saint-Marin 1981 Imola
Allemagne 1981 Hockenheim
Etats Unis Ouest 1980 Long Beach
Pays-Bas 1980 Zandvoort
Italie 1980 Monza

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