PANAMA – BlackRock rachète deux ports stratégiques : derrière la finance, une guerre d’influence entre Washington et Pékin

Actualité Panama – 19 mai 2026

Ce n’est ni une invasion ni un conflit armé. C’est une transaction à 22,8 milliards de dollars. Pourtant, l’affaire fait trembler les chancelleries. Le rachat par un consortium mené par BlackRock de 90 % de Panama Ports Company — l’entreprise hongkongaise qui gère les ports de Balboa et Cristóbal, de part et d’autre du canal de Panama — est en train de remodeler l’échiquier géopolitique en Amérique latine.

Une opération financière aux allures de reconquête

L’accord a été annoncé le 4 mars 2025. Sur le papier, c’est une transaction classique entre géants de la finance : BlackRock reprend des actifs du groupe hongkongais CK Hutchison Holdings. Mais la géographie change tout. Balboa et Cristóbal encadrent l’un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète, par lequel transitent plus de 75 % des navires à destination ou en provenance des États-Unis. Donald Trump n’a pas manqué de s’en féliciter, qualifiant l’opération de véritable « reconquête » du canal — lui qui réclamait depuis des mois une réduction de l’influence chinoise dans la région.

Ce que BlackRock achète — et ce qu’il n’achète pas

Il faut être précis : BlackRock ne rachète pas le canal de Panama. Le canal reste sous le contrôle souverain de l’État panaméen, géré par l’Autorité du canal de Panama. Ce sont les infrastructures portuaires périphériques qui changent de mains — logistique, stockage, gestion des flux maritimes, services aux navires. Mais dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui, contrôler ces couches d’infrastructure peut représenter un levier presque aussi puissant que le passage lui-même. C’est précisément ce qui inquiète Pékin.

La Chine lit l’opération comme une offensive déguisée

Du côté chinois, la transaction est perçue comme une manœuvre financière destinée à éroder l’influence de Pékin sur les routes commerciales mondiales. Et le contexte donne du poids à cette lecture : le Panama vient de se retirer officiellement des Nouvelles Routes de la Soie sous pression américaine. Les investissements chinois dans la région — ports, énergie, minerais, télécommunications — sont dans le viseur de Washington depuis des années. L’acquisition par BlackRock s’inscrit dans cette bataille plus large pour le contrôle des infrastructures stratégiques mondiales.

La nouvelle géopolitique s’écrit en dollars

Ce dossier révèle quelque chose de fondamental sur le monde qui vient : les grandes rivalités de puissance ne se jouent plus seulement sur les champs de bataille. Elles se jouent dans les appels d’offres, les fonds d’investissement, les concessions portuaires et les chaînes logistiques. Les cargos remplacent les chars. Les infrastructures remplacent les bases militaires. Et le canal de Panama, cent ans après sa construction par les Américains, redevient ce qu’il a toujours été : un symbole de la bataille pour les artères vitales du commerce mondial.

Retour en haut