La FAUNE & la FLORE CUBAINE

Cuba, île-laboratoire d’un endémisme caribéen exceptionnel

Plus grande île des Caraïbes avec 109 884 km², Cuba est également l’une des plus riches en biodiversité de l’ensemble de la région. Son isolement insulaire plurimillénaire a favorisé un endémisme remarquable : sur les quelque 19 500 espèces de faune et de flore identifiées, environ 42,7 % sont endémiques à l’archipel cubain, selon les données du Centre national des aires protégées (CNAP/CITMA). Parmi les 7 994 espèces végétales connues, 52,4 % sont endémiques. Cuba est le pays des Caraïbes qui compte le plus grand nombre d’espèces animales menacées sur la Liste rouge de l’UICN.


Des écosystèmes variés malgré l’insularité

Cuba concentre sur un espace insulaire une diversité d’écosystèmes remarquable, résultant de ses reliefs variés, de ses côtes longues de plus de 5 700 km et de sa géologie karstique.

Les formations karstiques du centre et de l’ouest de l’île constituent l’un des paysages les plus distinctifs du pays. Les mogotes : imposantes collines calcaires en dôme pouvant atteindre 300 m, de la vallée de Viñales (province de Pinar del Río) abritent une flore rupestre et des espèces invertébrées endémiques. La vallée de Viñales est inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999.

Les mangroves cubaines constituent l’écosystème côtier le plus intact des Caraïbes : environ 77 % du potentiel de mangroves est encore couvert, formant un rempart naturel pour les côtes et une nurserie irremplaçable pour les espèces marines. Les récifs coralliens cubains figurent parmi les mieux préservés de la région, avec une des plus fortes biomasses pisciaires et couvertures coralliennes des Caraïbes.

Les forêts tropicales sèches du centre et de l’est abritent un endémisme élevé, notamment dans le parc national Alejandro de Humboldt (provinces Holguín et Guantánamo), inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 2001, dont les 70 680 hectares constituent l’un des points chauds de biodiversité les plus importants des îles caraïbéennes.

Après une déforestation historique intense, Cuba a conduit depuis 1959 l’un des programmes de reboisement les plus significatifs d’Amérique latine. La couverture forestière est passée d’environ 14 % à 30,6 % du territoire national grâce à ces politiques, selon les données du gouvernement cubain citées par FAO FRA 2020 (32 % de forêt naturelle sur la superficie terrestre en 2020, Global Forest Watch).


Faune emblématique

Le zunzuncito (Mellisuga helenae), ou colibri d’Hélène, est le plus petit oiseau vivant au monde : le mâle pèse 1,95 g pour 5,5 cm de longueur. Strictement endémique de l’archipel cubain, il est classé Quasi menacé (NT) par l’UICN et Vulnérable dans le Livre rouge cubain. Sa population décline modérément sous l’effet de la déforestation et de la dégradation de son habitat.

Le crocodile de Cuba (Crocodylus rhombifer) est le crocodilien à l’aire de répartition la plus réduite au monde. Endémique de Cuba, il n’existe plus à l’état sauvage naturel que dans la Ciénaga de Zapata (marais Zapata, province de Matanzas), l’une des plus grandes zones humides des Caraïbes. Classé En danger critique (CR) par l’UICN, sa population ne dépasse pas 2 400 individus adultes selon les estimations récentes. Une menace supplémentaire pèse sur l’espèce : l’hybridation avec le crocodile américain (Crocodylus acutus), qui dilue son patrimoine génétique.

Le solénodonte de Cuba (Atopogale cubana) est un insectivore venimeux, l’un des très rares mammifères venimeux du monde, dont la lignée remonte à plus de 70 millions d’années. Endémique des forêts montagneuses de l’est de Cuba, il est classé En danger (EN, UICN 2015). Sa survie est menacée par les espèces introduites : rats, mangoustes, chats et chiens errants.

Le lamantin antillais (Trichechus manatus manatus) est présent dans les eaux cubaines, où il bénéficie de zones marines protégées, notamment autour de l’Isla de la Juventud. La sous-espèce antillaise est classée En danger (EN) par l’UICN.


Avifaune

Cuba compte environ 370 espèces d’oiseaux, dont plus de 25 espèces endémiques à l’archipel, parmi lesquelles figurent le tocororo, le zunzuncito, le carpintero jabado (Melanerpes superciliaris) et la paloma perdiz (Starnoenas cyanocephala, EN). BirdLife International recense plusieurs dizaines d’espèces globalement menacées sur le territoire cubain, en faisant la nation caraïbéenne la plus critique pour la conservation aviaire.


Flore emblématique

La flore cubaine est dominée par les palmiers : plus de 90 espèces, dont une grande majorité endémiques, et les orchidées, avec environ 300 espèces recensées. La palma real (Roystonea regia), palmier élancé pouvant dépasser 25 m, structure le paysage agricole et rural de l’île et est présente sur l’emblème national. Elle est présente également dans d’autres îles et en Amérique centrale, elle n’est pas endémique de Cuba.

Le parc national Alejandro de Humboldt abrite une flore d’exception : sur les 905 espèces de plantes vasculaires à fleurs recensées, 70 % sont endémiques, dont plusieurs genres entiers ne se trouvent nulle part ailleurs.


Symboles nationaux officiels

Oiseau national : le tocororo (Priotelus temnurus), aussi appelé trogon de Cuba. Endémique de Cuba, il a été adopté comme oiseau national en raison des couleurs de son plumage, bleu, blanc et rouge, reprenant celles du drapeau national. Son statut UICN est Préoccupation mineure (LC). Il ne peut survivre en captivité, ce qui en fait un symbole de liberté dans la culture cubaine.

Fleur nationale : la mariposa (Hedychium coronarium), gingembre blanc ou jasmin papillon. Désignée fleur nationale le 13 octobre 1936 par décret officiel. Originaire d’Asie du Sud, elle n’est donc pas endémique de Cuba, mais naturalisée et profondément ancrée dans l’identité nationale. Durant les guerres d’indépendance contre l’Espagne au XIXe siècle, les femmes cubaines dissimulaient des messages dans ses fleurs pour les transmettre aux combattants : la fleur est devenue symbole de pureté, de rébellion et d’indépendance.

Arbre national : la palma real (Roystonea regia). Déclaré arbre national en 1910. Elle figure sur le blason de la République de Cuba.


Aires protégées

Le CNAP (Centro Nacional de Áreas Protegidas), sous tutelle du CITMA (Ministère des sciences, technologies et environnement), gère un réseau d’environ 200 aires protégées, dont 14 parcs nationaux et 6 réserves de biosphère UNESCO. La superficie protégée couvre entre 22 et 25 % du territoire terrestre et marin cubain selon les sources.

Deux sites naturels sont inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO :

  • Parc national Alejandro de Humboldt (2001), 70 680 ha, l’un des sites à plus haute endémicité des Caraïbes.
  • Parc national Desembarco del Granma (1999), falaises calcaires marines et forêt sèche côtière d’une biodiversité marine exceptionnelle.

La vallée de Viñales (1999) est inscrite comme paysage culturel, combinant valeur géologique des mogotes et traditions agricoles.

Les réserves de biosphère UNESCO incluent notamment Guanahacabibes (extrémité occidentale), Sierra del Rosario, Buenavista et la Ciénaga de Zapata : cette dernière étant le plus grand marais des Caraïbes et refuge principal du crocodile de Cuba.


Espèces menacées et CITES

Selon les données UICN 2023, les plantes constituent le groupe le plus menacé à Cuba avec 194 espèces sous statut de menace, suivies des poissons (65 espèces) et des amphibiens (48 espèces). Cuba est le pays des Caraïbes présentant le plus grand nombre d’espèces animales menacées sur la Liste rouge.

Parmi les espèces sous protection CITES Annexe I figurent le crocodile de Cuba (Crocodylus rhombifer) et le tocororo resplendissant. Le zunzuncito est inscrit à l’Annexe II de la CITES. De nombreuses orchidées cubaines relèvent également de l’Annexe II.


Conservation et perspectives

Cuba a développé une politique de conservation originale, en partie liée à sa situation économique particulière : la réduction des intrants agricoles durant la « Période spéciale » des années 1990 a involontairement favorisé une agriculture moins intensive, préservant certains habitats. Le programme de reboisement national reste l’un des plus avancés des Caraïbes.

Néanmoins, les pressions s’intensifient : développement touristique côtier, pêche artisanale non contrôlée, espèces invasives (rats, mangoustes, plantes envahissantes) et changement climatique, la montée des eaux et l’intensification des ouragans menaçant directement les écosystèmes de mangroves et de récifs.

 
 

Retour en haut