DON JOSE DE LA BORDA

Don José de la Borda : Le Béarnais qui trouva l’argent du monde et en fit une église

Il naît dans les Pyrénées, débarque en Nouvelle-Espagne à dix-sept ans sans un sou, fait fortune, la perd, la refait, la reperd, la refait encore, trois fois, et consacre l’essentiel de ses gains à l’édification d’une église si somptueuse qu’elle faillit définitivement le ruiner. José de la Borda fut au XVIIIe siècle l’homme le plus riche du Mexique et, selon certaines estimations, de l’ensemble du monde connu. Son nom reste synonyme de l’argent de Taxco et du baroque flamboyant de la Nouvelle-Espagne.

Des Pyrénées au Nouveau Monde

Les origines exactes de José de la Borda font l’objet d’un débat entre historiens. La plupart des sources s’accordent à le faire naître le 2 janvier 1699, dans la région pyrénéenne à la frontière franco-espagnole, très probablement à Oloron-Sainte-Marie, en Béarn (France), ou à Jaca, en Aragon (Espagne). Son père, Pedro de la Borda : parfois orthographié Pierre Laborde , semble être d’origine béarnaise ou basque ; sa mère, Magdalena Sánchez, est espagnole. Les documents d’époque sont contradictoires, et aucun acte de naissance authentifié dans l’une ou l’autre ville n’a été retrouvé à ce jour.

Ce qui est certain : son frère aîné Francisco est parti pour la Nouvelle-Espagne en 1708, s’est établi dans la région minière de Taxco et a fondé la mine La Lajuela à Tehuilotepec. En juillet 1716, Francisco fait venir le jeune José. À dix-sept ans, José de la Borda débarque à Veracruz et rejoint son frère dans les collines argentifères de l’État actuel de Guerrero.

L’apprentissage du minerai

La région de Taxco est alors l’une des zones d’extraction les plus riches de la Nouvelle-Espagne. L’argent y est exploité depuis le XVIe siècle, mais les grandes veines semblent épuisées et les investisseurs hésitent. José travaille plusieurs années sous la direction de Francisco, apprend les techniques de la mine, le forage, l’abattage, l’amalgamation du minerai avec du mercure selon le procédé du patio importé d’Europe, et développe un instinct remarquable pour détecter les filons.

En 1720, il épouse Teresa Verdugo, fille d’un capitaine et belle-sœur de son propre frère. Deux enfants naissent : Ana María et Manuel (1727), qui deviendra prêtre. Teresa meurt en 1727, peu après la naissance de Manuel.

Libéré de la tutelle fraternelle, José part seul en exploration. En 1734, il arrive à Tlalpujahua (État actuel de Michoacán) et y ouvre une mine qui produit bien. Mais c’est son retour à Taxco qui le propulse vers la fortune. Dans la mine San Ignacio, abandonnée comme tarie, il découvre une veine argentifère d’une richesse extraordinaire. En quelques années, il est l’homme le plus riche de la Nouvelle-Espagne : et peut-être du monde occidental. Les historiens estiment que ses gains miniers totaux atteignirent au cours de sa vie 40 millions de pesos, une somme proprement inouïe pour l’époque.

« Ce que Dieu donne à Borda, Borda le donne à Dieu »

La fortune appelle la dévotion. Dans la tradition des grands mécènes de la Contre-Réforme et de l’Amérique coloniale, José de la Borda décide d’offrir à Taxco une église à la hauteur de sa reconnaissance envers la Providence. Cette phrase lui est attribuée : « Lo que a Borda da Dios, Borda se lo da a Dios », « Ce que Dieu donne à Borda, Borda le donne à Dieu. »

Entre 1751 et 1758, il finance la construction de l’église Santa Prisca et San Sebastián de Taxco. Les plans sont dessinés par Cayetano de Sigüenza ; la maîtrise d’œuvre est assurée par Diego Durán Berrueco. Le chantier mobilise des centaines d’ouvriers pendant sept ans. Le résultat est un chef-d’œuvre du baroque churrigueresque : le style ultra-ornemental propre à la Nouvelle-Espagne, dont Santa Prisca reste l’un des exemples les plus accomplis au monde.

Deux tours jumelles s’élèvent au-dessus de la ville blanche accrochée à sa colline. La façade est sculptée comme un retable de pierre, couverte de colonnes estipites, de saints, d’angelots, d’arabesques et de motifs végétaux d’une densité hallucinante. L’intérieur est tout aussi somptueux : autels dorés à la feuille, peintures de l’école mexicaine, sacristie revêtue de faïences de Talavera. De sa construction en 1758 jusqu’en 1806, Santa Prisca est le bâtiment le plus haut du Mexique. L’UNESCO l’a inscrite sur sa liste du Patrimoine mondial.

La ruine, le rebond et la mort en paix

La construction de Santa Prisca coûte une fortune si colossale qu’elle épuise les ressources de Borda. En 1760, ses mines de Taxco s’appauvrissent, ses créanciers se pressent. Il est au bord de la faillite. Dans un geste de foi ou de calcul, les deux peut-être, il hypothèque Santa Prisca elle-même pour financer une expédition vers de nouveaux gisements.

Il part pour Real de Monte (Hidalgo), puis pour Zacatecas, le grand district minier du nord. À Zacatecas, il tâtonne d’abord avec la mine La Quebradilla, décevante, tandis que les échéances s’accumulent. Avec ses dernières ressources, il ouvre la mine La Esperanza, « L’Espérance ». Le pari est gagné : le filon est riche. Borda fait fortune pour la troisième et dernière fois. Ses contemporains le surnomment le « Fénix de los mineros », le Phénix des mineurs : pour cette capacité à renaître de ses cendres financières.

Ses dernières années sont marquées par les maladies du mineur. Le mercure utilisé dans l’amalgamation du minerai empoisonne insidieusement les travailleurs et les propriétaires de mines. Borda souffre d’intoxication au mercure et d’autres affections. Il souhaite finir ses jours à Taxco, mais son fils Manuel, prêtre établi à Cuernavaca, le convainc que le climat de la vallée lui sera plus favorable.

Borda se retire dans la maison familiale de Cuernavaca, où il a fait aménager le Jardín Borda : parc luxuriant orné de fontaines et de terrasses étagées sur la colline, qui sera un siècle plus tard la résidence mexicaine de l’Empereur Maximilien et de l’Impératrice Carlota. C’est là que Manuel lui administre les derniers sacrements.

José de la Borda meurt le 30 mai 1778 à Cuernavaca, à 79 ans. Il laisse trois œuvres architecturales qui lui survivent : l’église Santa Prisca de Taxco, la Casa Borda sur la rue Madero à Mexico City, et le Jardín Borda de Cuernavaca. Et une ville, Taxco, dont l’identité de « ville de l’argent » reste aujourd’hui entièrement construite sur la légende qu’il y a semée trois siècles plus tôt.


Grandes dates de la vie de José de la Borda

  • 2 janvier 1699 : Naissance probable à Oloron-Sainte-Marie (Béarn) ou à Jaca (Aragon) (les sources divergent)
  • juillet 1716 : Débarque à Veracruz ; rejoint son frère Francisco à Taxco (17 ans)
  • 1720 : Épouse Teresa Verdugo (21 ans)
  • 1727 : Naissance de son fils Manuel ; mort de Teresa (28 ans)
  • 1734 : Mine à Tlalpujahua ; premiers succès indépendants (35 ans)
  • ~1740-1750 : Découverte de la veine San Ignacio à Taxco ; première grande fortune (40-50 ans)
  • 1751-1758 : Construction de l’église Santa Prisca et San Sebastián à Taxco (52-59 ans)
  • 1758 : Santa Prisca inaugurée ; bâtiment le plus haut du Mexique (59 ans)
  • ~1760 : Mines épuisées ; quasi-faillite ; hypothèque Santa Prisca (61 ans)
  • ~1760-1765 : Zacatecas ; mine La Esperanza ; troisième fortune (61-66 ans)
  • 30 mai 1778 : Décès à Cuernavaca, entouré de son fils Manuel (79 ans)
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