La SAMBA

Brésil · Rio de Janeiro · début du XXe siècle

La Samba

L’âme africaine du Brésil — rythme, résistance et joie de vivre


Histoire & Origines

Une musique née de la résistance

La samba est bien plus qu’un genre musical — c’est le récit de tout un peuple. Elle naît de la rencontre entre les traditions musicales africaines apportées par les esclaves, principalement d’Angola et du Congo, et les mélodies européennes des colonisateurs portugais. Le mot « samba » lui-même dérive du terme bantou semba, désignant une danse traditionnelle angolaise.

Ses racines prennent forme dans les communautés afro-brésiliennes de Salvador de Bahia, au nord-est du Brésil. Après l’abolition de l’esclavage en 1888, les anciens esclaves migrent massivement vers Rio de Janeiro, emportant avec eux leurs rythmes et leurs pratiques culturelles. C’est dans les favelas et les maisons de femmes bahianaises — les tias baianas — que la samba urbaine va naître et se structurer.

Chronologie

Fin XIXe siècle — Les racines africaines à Bahia. Les communautés afro-brésiliennes de Salvador pratiquent des danses et des rythmes héritées d’Afrique — le batuque, le lundum, le candomblé. Ces formes constitueront le terreau de la samba.

1888–1900 — L’exode vers Rio. L’abolition de l’esclavage provoque une grande migration vers Rio de Janeiro. Les Bahianais s’installent dans les quartiers populaires du centre-ville, notamment autour de la Praça Onze, qui devient le berceau de la samba carioca.

1917 — Le premier enregistrement. Pelo Telefone, composé par Donga (Ernesto Joaquim Maria dos Santos), est généralement considéré comme le premier enregistrement de samba de l’histoire. Il est enregistré à Rio de Janeiro et marque le début de la reconnaissance publique du genre.

Années 1930 — La consécration nationale. La samba est proclamée musique officielle du Carnaval de Rio de Janeiro, puis érigée en symbole de l’identité nationale brésilienne sous la présidence de Getúlio Vargas, qui y voit un vecteur de cohésion pour la nation.

Années 1950–1960 — Les écoles de samba. Les escolas de samba — grandes associations de quartier — structurent le genre et organisent les défilés du carnaval. La plus ancienne et la plus célèbre, Mangueira, est fondée en 1928.

Années 1970–1980 — Le pagode. Dans les années 1970, une nouvelle variante populaire émerge : le pagode, plus décontracté, joué dans les arrière-cours (quintais) et les fêtes de quartier. Des artistes comme Beth Carvalho et Zeca Pagodinho en seront les figures emblématiques.

« La samba est la voix de ceux qui n’ont pas d’autre voix. » — Cartola, compositeur et poète de la Mangueira


Artistes & Œuvres clés

Les piliers d’un siècle de samba

La samba a traversé le XXe siècle en se réinventant à chaque génération. Voici les figures incontournables.

Donga (Ernesto Joaquim Maria dos Santos) — Compositeur & Guitariste

Né en 1889, mort en 1974 à Rio de Janeiro. Co-auteur et enregistreur de Pelo Telefone (1917), considéré comme le premier enregistrement de samba. Figure fondatrice du genre dans sa forme urbaine.

Cartola (Angenor de Oliveira) — Compositeur & Chanteur

Né en 1908, mort en 1980 à Rio de Janeiro. Considéré comme le plus grand compositeur de samba de tous les temps, il est l’un des fondateurs de l’école de samba de Mangueira (1928). Longtemps méconnu, il enregistre son premier album à 66 ans seulement. Ses titres As Rosas Não Falam et O Sol Nascerá sont devenus des classiques absolus.

Clara Nunes — Chanteuse

Née en 1942, morte en 1983. Elle domine les hit-parades brésiliens dans les années 1970, mêlant samba et influences afro-brésiliennes. Elle est l’une des chanteuses de samba les plus vendues de l’histoire du Brésil.

Beth Carvalho — Chanteuse

Née en 1946, morte en 2019. Surnommée la « marraine du pagode », elle joue un rôle essentiel dans la popularisation du genre dans les années 1970-1980. Elle révèle notamment Zeca Pagodinho au grand public. Ses titres Andança et Vou Festejar sont des incontournables.

Zeca Pagodinho — Chanteur & Compositeur

Né en 1959 à Rio de Janeiro. Figure majeure du pagode depuis les années 1980, il est l’un des sambistes les plus populaires du Brésil. Révélé par Beth Carvalho, il incarne la continuité vivante de la tradition.

Clementina de Jesus — Chanteuse

Née en 1901, morte en 1987. Voix profonde et grave, elle est la gardienne des rythmes afro-brésiliens les plus anciens. Sa découverte tardive — elle enregistre son premier disque à 62 ans — en fait un symbole de la résistance culturelle noire au Brésil.


Caractéristiques musicales

Ce qui rend la samba unique

La samba repose sur une structure rythmique collective où chaque instrument joue un rôle précis dans un ensemble. C’est une musique d’abord communautaire, née dans la rue, avant d’entrer en studio.

Le rythme binaire syncopé

La samba est construite sur une mesure à 2/4, avec des syncopes qui créent une sensation de balancement irrésistible. C’est ce décalage rhythmique permanent entre les temps forts et faibles qui donne à la samba son énergie caractéristique.

Les instruments de la bateria

Dans une école de samba, la bateria — section rythmique — peut réunir plusieurs dizaines de percussionnistes. Les instruments clés sont le surdo (grand tambour basse qui marque le tempo), le tamborim (petit tambour à main tendu), le pandeiro (tambourin brésilien), la cuíca (tambour à friction produisant un son plaintif et aigu), le repinique et le ganzá (shaker métallique).

Le cavaquinho et le violão

Aux percussions s’ajoutent des instruments harmoniques : le cavaquinho (petite guitare à quatre cordes, héritière du cavaquinho portugais) qui tient la cadence harmonique, et le violão (guitare classique) pour l’accompagnement mélodique.

La voix : dialogue et improvisation

Le chant de la samba est souvent dialogué — un chanteur soliste (puxador) lance une phrase, et le groupe (coro) répond en chœur. Cette structure en appel-réponse est directement héritée des traditions musicales africaines.

Les sous-genres

La samba n’est pas un genre unique mais une famille de styles : le samba-enredo (lié au défilé de carnaval), le samba-canção (plus lent et mélancolique), le pagode (intime, de fête), et le samba de roda (forme circulaire de Bahia, inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2005).


Discographie essentielle

Par où commencer ?

  1. Pelo Telefone — Donga · Casa Edison, 1917 Premier enregistrement de samba de l’histoire. Document sonore fondateur, incontournable pour comprendre les origines du genre.
  2. Cartola — Cartola · Marcus Pereira, 1974 Premier album studio de Cartola, enregistré à 66 ans. Contient As Rosas Não Falam et O Sol Nascerá. Unanimement considéré comme l’un des plus grands albums de la musique brésilienne.
  3. Fala Mangueira ! — Cartola & Carlos Cachaça · Odeon, 1968 Album collectif enregistré avec des membres de l’école de samba de Mangueira. Une plongée directe dans la samba de tradition.
  4. Vou Festejar — Beth Carvalho · RCA, 1979 L’album qui consacre Beth Carvalho comme référence du pagode. Contient le titre éponyme, devenu un hymne de la samba festive au Brésil.
  5. Clementina de Jesus — Clementina de Jesus · Odeon, 1966 Premier album de Clementina de Jesus, enregistré à 62 ans. Voix brute, rythmes afro-brésiliens authentiques. Un témoignage musical exceptionnel sur les racines africaines de la samba.

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