
Brésil : Quand un continent invente ses propres rythmes
Le Brésil est une puissance musicale mondiale de premier rang. Seul pays d’Amérique latine classé dans le top 10 des marchés musicaux mondiaux selon l’IFPI, il produit une diversité de genres d’une ampleur inégalée sur le continent : samba, bossa nova, forró, baião, MPB, axé, funk carioca, pagode, maracatu, sertanejo, manguebeat, choro, chaque région géographique du pays ayant développé ses propres traditions musicales distinctes. Cette richesse est le produit direct de l’histoire brésilienne : trois siècles d’esclavage africain, une colonisation portugaise intensive, des vagues d’immigration européenne et asiatique, et l’héritage des peuples amérindiens, tout cela fondu dans un pays de 215 millions d’habitants répartis sur 8,5 millions de km², soit le plus grand pays du monde hispanophone ou lusophone. Avec trois éléments musicaux inscrits à l’UNESCO, le Brésil est aussi l’un des pays les mieux représentés au patrimoine immatériel mondial pour la musique.
Les genres musicaux emblématiques
La samba, Rio de Janeiro
Née au début du XXe siècle dans les quartiers populaires et les favelas de Rio de Janeiro, principalement dans les communautés d’anciens esclaves africains libérés après l’abolition de 1888, la samba est le genre musical le plus emblématique du Brésil. Elle synthétise des percussions et rythmes afro-brésiliens d’origine bantoue avec des mélodies et harmonies influencées par le Portugal. Son rythme fondamental, le partido alto, est fondé sur la syncope et le contretemps, avec une pulsation portée par le surdo (grosse caisse) et ornementée par le tamborim, le pandeiro, la cuíca et le reco-reco. La samba-enredo : samba narrative des écoles de samba au carnaval, en est la forme la plus spectaculaire. La samba de Rio est portée par les escolas de samba (écoles de samba), véritables institutions communautaires qui mobilisent des milliers de personnes tout au long de l’année pour préparer le carnaval.
La samba de Roda, Bahia (Recôncavo)
Forme ancestrale et plus intimiste de la samba, née dans la région du Recôncavo de Bahia (autour de Salvador) au XVIe siècle dans les communautés afro-brésiliennes des plantations de canne à sucre. Elle se pratique en roda (cercle), où les danseuses improvisent tour à tour au centre, avec des mouvements de hanches et le fameux umbigada (contact du nombril), geste d’influence bantoue par lequel la danseuse désigne sa successeuse. Inscrite en 2008 sur la Liste représentative de l’UNESCO (référence RL-00101), elle est reconnue comme la forme originelle dont est issu le samba carioca (de Rio).
La bossa nova, Rio de Janeiro
Née à la fin des années 1950 dans les appartements bourgeois du quartier de Ipanema et de Copacabana à Rio, la bossa nova est une révolution esthétique qui transforme la samba en musique de chambre sophistiquée. Elle ralentit le tempo, épure les harmonies en y intégrant des accords de jazz, réduit la percussion à un simple doigté de guitare, et adopte un chant murmuré d’une douceur extrême. Tom Jobim et João Gilberto en sont les architectes. Garota de Ipanema (1962) est devenue la deuxième chanson la plus enregistrée de l’histoire musicale mondiale, derrière Yesterday des Beatles. La bossa nova a directement influencé le jazz américain, en particulier après le disque Getz/Gilberto (1963) de Stan Getz et João Gilberto, premier album de bossa nova à atteindre le numéro un aux États-Unis.
Le forró et le baião, Nordeste
Musiques populaires du Nordeste brésilien (Pernambuco, Ceará, Paraíba), le forró et le baião sont portés par l’accordéon, le zabumba (grosse caisse) et le triangle : une trinité instrumentale codifiée par Luiz Gonzaga, le « Rei do Baião ». Le baião est un rythme syncopé à 2/4, ancré dans les traditions rurales du sertão (arrière-pays semi-aride). Le forró, terme générique qui désigne à la fois un genre et le bal où il est dansé, a connu un regain de popularité à partir des années 1990 avec une forme plus électrique, le forró universitário, diffusé dans tout le Brésil. Les Festas Juninas (fêtes de la Saint-Jean, juin–juillet) en sont le grand événement annuel, célébrées dans toute la région avec une intensité culturelle comparable au carnaval.
La MPB, São Paulo et Rio de Janeiro
Née au milieu des années 1960 dans les universités et les théâtres de São Paulo et de Rio, la Música Popular Brasileira (MPB) est un courant de chanson exigeante qui fusionne samba, bossa nova, forró, rock et influences jazz dans une esthétique poétique et engagée. En pleine dictature militaire (1964–1985), la MPB devient le principal vecteur de résistance culturelle : ses auteurs composent des chansons à double sens, aux textes codés qui échappent partiellement à la censure. Chico Buarque, Caetano Veloso, Gilberto Gil, Milton Nascimento et Elis Regina en sont les figures majeures.
La Tropicália, Bahia / São Paulo
Mouvement musical et artistique radical né en 1967–1968 à São Paulo, porté par des artistes venus de Bahia, Caetano Veloso, Gilberto Gil, Gal Costa, Os Mutantes , la Tropicália est une provocation culturelle totale. Elle mixe délibérément la samba, le rock électrique des Beatles et des Rolling Stones, la musique concrète, le kitsch et l’avant-garde dans une même esthétique qui dénonce la dictature par l’absurde. Caetano Veloso et Gilberto Gil sont arrêtés et exilés par la junte militaire en 1969. De retour, ils deviennent des monuments de la culture brésilienne.
L’axé, Salvador de Bahia
Genre né à Salvador de Bahia dans les années 1980 au croisement du carnaval bahianais, du reggae jamaïcain et des percussions afro-brésiliennes, l’axé, mot emprunté au candomblé (religion afro-brésilienne) signifiant « force spirituelle positive », est la musique festive par excellence de la Bahia. Porté par les trios elétricos (camions-scènes sonorisés qui défilent dans les rues de Salvador pendant le carnaval) et des artistes comme Ivete Sangalo, Daniela Mercury et le groupe Olodum, l’axé a connu un rayonnement international dans les années 1990.
Le funk carioca (baile funk), Rio de Janeiro
Genre urbain né dans les favelas de Rio de Janeiro à la fin des années 1980, influencé par le Miami Bass américain (boîtes à rythmes électroniques et basses synthétiques très prononcées), le funk carioca est la musique des bailes funk, soirées dansantes populaires des favelas et des périphéries de Rio. Ses textes abordent sans détour la vie quotidienne des favelas, les relations amoureuses et parfois la violence. Longtemps stigmatisé par les élites, il est devenu l’un des genres les plus exportés du Brésil grâce à des artistes comme Anitta, qui l’a porté sur les scènes et les plateformes mondiales.
Le sertanejo, São Paulo / Centre-Ouest
Musique populaire des campagnes du Centre-Ouest et du Sudeste brésilien, jouée à la viola caipira (guitare à 10 cordes d’origine portugaise), le sertanejo a évolué depuis les années 1990 vers un style plus commercial et électrifié, le sertanejo universitário : qui domine les charts brésiliens depuis plusieurs années. Il est, selon les données IFPI, le genre le plus écouté au Brésil pour la grande majorité de la décennie 2010–2024.
Le maracatu et le frevo, Recife / Pernambuco
Le maracatu est un genre rituel afro-brésilien de Recife (Pernambuco), fondé sur de puissantes percussions collectives et un cortège royal (cortejo) symbolisant l’héritage des royaumes africains au Brésil. Le frevo est un genre de carnaval de Recife et d’Olinda, au tempo très rapide, fondé sur les cuivres et une danse acrobatique aux parasols colorés. Le frevo a été inscrit en 2012 sur la Liste représentative de l’UNESCO au titre des arts du spectacle du carnaval de Recife.
Patrimoine musical immatériel UNESCO
La Samba de Roda de Recôncavo de Bahia : inscrite en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO (référence RL-00101). L’UNESCO décrit la samba de roda comme une manifestation populaire festive mêlant musique, danse et poésie, transmise de génération en génération dans les communautés afro-brésiliennes du Recôncavo. Elle est reconnue comme la forme originelle de la samba brésilienne dans son ensemble.
Les arts du spectacle du carnaval de Recife, Frevo : inscrit en 2012 sur la Liste représentative de l’UNESCO. L’inscription couvre l’ensemble des pratiques musicales, chorégraphiques et artisanales du frevo, y compris la fabrication des parasols et la transmission du répertoire musical.
Le Musée Vivant du Fandango : inscrit en 2011. Le fandango caiçara est une pratique musicale et dansée des communautés côtières (caiçaras) du littoral sud du Brésil (Paraná, São Paulo, Rio de Janeiro), jouée sur des violes artisanales (viola de fandango) lors de veillées communautaires. Cet élément est distinct du fandango espagnol dont il est partiellement issu.
Les instruments traditionnels
Le berimbau : Arc musical à une seule corde métallique tendue sur un arc en bois, avec une calebasse servant de caisse de résonance. D’origine angolaise, il est arrivé au Brésil avec les esclaves africains, avec une première trace documentée au port de Santos en 1739. Instrument central de la capoeira : art martial afro-brésilien , le berimbau contrôle le rythme de la roda (cercle de combat) et communique aux pratiquants le tempo et l’intensité à adopter.
Le pandeiro : Tambourin à jingles métalliques d’origine arabe, arrivé au Brésil via le Portugal à l’époque coloniale. Intégré au choro au XIXe siècle à Rio, puis devenu indispensable dans la samba, il est joué avec des techniques très élaborées de frappe et de roulement de pouce. Le pandeiro brésilien se distingue par un jeu rythmique très sophistiqué, qui en fait l’un des instruments de percussion les plus virtuoses de la musique populaire mondiale.
Le cavaquinho : Petite guitare à quatre cordes d’origine portugaise, instrument mélodique et rythmique central du choro et de la samba. Son timbre aigu et brillant fournit la trame harmonique de la formation de choro (conjunto regional).
La cuíca : Tambour à friction dont le son caractéristique (un grincement aigu ou grave selon la pression exercée sur la baguette intérieure) est produit en frottant un bâton mouillé fixé au centre de la membrane. D’origine africaine, la cuíca est indissociable du carnaval brésilien et des défilés des écoles de samba.
L’agogô : Instrument de percussion constitué de deux ou trois cloches en métal de tailles différentes, frappées avec une baguette. Le mot agogô vient de la langue yoruba (Nigéria) et signifie « cloche ». Utilisé dans les cérémonies du candomblé et dans la capoeira, l’agogô est l’un des instruments les plus directement liés à l’héritage religieux africain au Brésil.
Le surdo : Grande grosse caisse utilisée dans les défilés de samba des écoles de carnaval, portée à l’épaule et frappée alternativement sur les temps et les contretemps. Le surdo est l’armature rythmique sur laquelle repose l’ensemble de l’orchestre de samba (bateria).
La viola caipira : Guitare à dix cordes (cinq paires) d’origine portugaise, instrument emblématique de la musique rurale du centre du Brésil (sertanejo, música caipira). Son timbre nasal et métallique est caractéristique des musiques des campagnes du Minas Gerais, de São Paulo et du Centre-Ouest.
Artistes et groupes incontournables
Artistes historiques (avant 1980)
Carmen Miranda (1909–1955) : Née au Portugal, élevée à Rio de Janeiro, Miranda est la première artiste brésilienne à avoir connu une gloire internationale aux États-Unis, où elle s’installe en 1939. Star d’Hollywood, elle popularise la musique et l’esthétique brésilienne (baiana, chapeaux aux fruits, costumes colorés) à l’échelle mondiale, au prix d’une caricature dont elle a souffert. Elle reste le premier visage mondial de la culture brésilienne.
Tom Jobim (1927–1994) : Né à Rio de Janeiro, Antonio Carlos « Tom » Jobim est le compositeur le plus influent de la bossa nova et l’un des plus grands compositeurs brésiliens de tous les temps. Garota de Ipanema (coécrite avec Vinicius de Moraes), Corcovado, Águas de Março et The Girl from Ipanema font partie du répertoire de jazz standard mondial. Il a défini l’image musicale du Brésil à l’international.
João Gilberto (1931–2019) : Né à Juazeiro (Bahia), João Gilberto est l’inventeur du style vocal et guitaristique de la bossa nova, le chant murmuré, le jeu de guitare en batucada légère, qui a révolutionné la musique populaire mondiale. Son album Chega de Saudade (1959) est considéré comme l’acte de naissance de la bossa nova.
Luiz Gonzaga (1912–1989) : Né à Exu (Pernambuco), surnommé « O Rei do Baião » (Le Roi du Baião), Luiz Gonzaga est la figure fondatrice du baião et du forró tels qu’ils sont connus aujourd’hui. Son accordéon, son chapeau de cuir (chapéu de couro) et ses chansons sur la sécheresse et la misère du sertão nordestino ont incarné la voix d’une région entière longtemps marginalisée dans la culture nationale.
Vinicius de Moraes (1913–1980) : Poète, diplomate et compositeur, Vinicius de Moraes est l’auteur des paroles de Garota de Ipanema, de Carinhoso et de centaines d’autres standards. Sa collaboration avec Tom Jobim a produit le corpus poétique le plus important de la bossa nova.
Artistes contemporains (depuis 1980)
Caetano Veloso (né en 1942) : Né à Santo Amaro (Bahia), cofondateur de la Tropicália, Caetano Veloso est l’artiste brésilien le plus profondément identifié à la modernité culturelle brésilienne. Exilé sous la dictature (1969–1972), auteur d’une œuvre protéiforme mêlant MPB, Tropicália, bossa nova et influences mondiales, il a reçu un Grammy Award spécial pour l’ensemble de son œuvre en 2013.
Gilberto Gil (né en 1942) : Cofondateur de la Tropicália et ami de toujours de Caetano Veloso, Gilberto Gil est également ancien Ministre de la Culture du Brésil (2003–2008) sous le gouvernement Lula. Sa nomination a été saluée internationalement comme l’affirmation que la culture populaire et l’identité afro-brésilienne méritaient un ministre à leur image.
Chico Buarque (né en 1944) : Compositeur, parolier et romancier, Chico Buarque est la conscience morale et poétique de la MPB. Ses chansons de la période de la dictature (Cálice, Apesar de Você) constituent les œuvres de résistance culturelle les plus importantes de la musique brésilienne du XXe siècle.
Anitta (née en 1993) : Née Larissa de Macedo Machado dans la favela de Honório Gurgel (Rio de Janeiro), Anitta est l’artiste brésilienne la plus streamée mondialement. Figure du funk carioca et de la pop latine internationale, elle est la première artiste brésilienne à atteindre le numéro un du classement Spotify Global. Elle a intégré le Brésil dans la conversation musicale mondiale dominée par les artistes latinos d’Amérique hispanique.
Olodum : Groupe de percussions et de samba-reggae fondé à Salvador de Bahia en 1979, représentant de la culture afro-brésilienne du carnaval bahianais. Internationalement connu après sa collaboration avec Paul Simon sur l’album The Rhythm of the Saints (1990) et avec Michael Jackson pour le clip They Don’t Care About Us (1996), filmé dans les favelas de Salvador.
Les festivals et événements musicaux majeurs
Carnaval de Rio de Janeiro : Rio de Janeiro, quatre à cinq jours avant le Mercredi des Cendres (février–mars). Reconnu par le Guinness World Records comme le plus grand carnaval au monde, attirant environ deux millions de fêtards par jour qui suivent les blocos dans les rues. Le Sambódromo Marquês de Sapucaí (conçu par Oscar Niemeyer) accueille les défilés officiels des grandes écoles de samba, compétition annuelle extrêmement attendue où s’affrontent des dizaines d’écoles pendant deux nuits.
Carnaval de Salvador de Bahia : Salvador, six jours avant le Mercredi des Cendres. Considéré par beaucoup comme le carnaval le plus festif et le plus authentiquement populaire du Brésil, il est dominé par les trios elétricos (immenses camions-scènes itinérants) et les groupes afro comme Olodum et Ilê Aiyê. Des millions de participants dansent dans les rues pendant six jours.
Carnaval de Recife / Olinda, Frevo : Recife et Olinda (Pernambuco), cinq jours avant le Mercredi des Cendres. Carnaval du frevo et du maracatu, réputé pour son ambiance populaire et son ancrage dans les traditions afro-brésiliennes du Nordeste. Olinda est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO pour son architecture coloniale.
Rock in Rio : Rio de Janeiro, biennal (années paires). Fondé en 1985, Rock in Rio est le plus grand festival musical du Brésil et l’un des plus grands du monde, réunissant plus de cinq millions de spectateurs sur plusieurs jours. L’affiche internationale a inclus Queen, AC/DC, Rolling Stones, Beyoncé et des centaines d’artistes brésiliens.
Festas Juninas : Dans tout le Nordeste et le reste du Brésil, tout le mois de juin. Grandes fêtes populaires de la Saint-Jean, rythmées par le forró et le baião, avec des reconstitutions de mariage campagnard (casamento caipira), des stands de nourriture typique et des danses collectives. À Campina Grande (Paraíba) et à Caruaru (Pernambuco), les Festas Juninas accueillent des centaines de milliers de visiteurs.
La scène musicale contemporaine
Le Brésil est le seul pays d’Amérique latine classé dans le top 10 mondial des marchés de la musique enregistrée selon l’IFPI. Le streaming domine largement le marché musical brésilien, mais les données précises pour l’année 2024 par genre ne sont pas disponibles dans les rapports publics de l’IFPI à ce jour.
Le genre le plus écouté au Brésil est le sertanejo universitário, qui a dominé les classements Spotify pendant près d’une décennie. Cependant, selon le magazine Soul Brasil, lors du premier semestre 2025, le pagode est revenu en tête des classements brésiliens pour la première fois en sept ans, avec Coração Partido du groupe Grupo Menos É Mais comme titre le plus écouté. Le funk carioca continue sa progression internationale, porté par Anitta, qui est devenue la première artiste brésilienne à atteindre le numéro un du Spotify Global.
La scène urbaine brésilienne produit également une nouvelle génération de rappeurs (Emicida, Criolo) qui fusionnent MPB, samba et hip-hop dans une esthétique engagée héritière de la tradition de résistance de la Tropicália.
Institutions et politique culturelle musicale
Funarte, Fundação Nacional de Artes : Brasília / Rio de Janeiro, fondée en 1975. Principale institution publique brésilienne de soutien à la création artistique, incluant la musique. Elle gère des programmes de bourses, de diffusion, de formation et de préservation du patrimoine musical. Site officiel : funarte.gov.br.
Ministério da Cultura (MinC) : Brasília. Instance gouvernementale centrale de la politique culturelle nationale. Supprimé en 2019 et fusionné avec d’autres ministères, il a été recréé en 2023 sous le gouvernement Lula, signe de l’importance politique accordée à la culture au Brésil.
Escolas de Samba : Les grandes écoles de samba de Rio de Janeiro (Mangueira, Portela, Beija-Flor, Salgueiro, Unidos da Tijuca, etc.) sont de véritables institutions culturelles communautaires qui emploient des milliers de personnes et structurent la vie sociale des quartiers populaires et des favelas. Leur compétition annuelle au Sambódromo est le moment musical le plus regardé du Brésil.
Conservatório Brasileiro de Música : Rio de Janeiro. L’une des plus importantes institutions d’enseignement musical classique du pays.
Instituto Moreira Salles : São Paulo / Rio de Janeiro. Institution privée à but non lucratif gérant les plus importantes archives sonores et photographiques du Brésil, incluant des enregistrements historiques de samba, bossa nova et MPB du XXe siècle.
Anecdotes et curiosités musicales
1. Garota de Ipanema, deuxième chanson la plus reprise au monde. The Girl from Ipanema de Tom Jobim et Vinicius de Moraes (1962) est la deuxième chanson la plus enregistrée de l’histoire de la musique mondiale, avec plus de 200 versions enregistrées dans des dizaines de langues, derrière Yesterday des Beatles. Elle a été inspirée par une vraie jeune femme, Helô Pinheiro, qui passait chaque matin devant le bar où composaient Jobim et Vinicius dans le quartier d’Ipanema.
2. Michael Jackson a dansé avec Olodum dans les rues de Salvador. En 1996, Michael Jackson a filmé le clip de They Don’t Care About Us dans la favela de Dona Marta (Rio de Janeiro) et dans les rues de Pelourinho (Salvador), en compagnie du groupe de percussion Olodum. Le choix de ces lieux, au cœur de la culture afro-brésilienne, a été controversé au Brésil mais a projeté la culture bahianaise dans la conscience mondiale.
3. Le berimbau, instrument de guerre déguisé en instrument de musique. La capoeira : art martial afro-brésilien interdit sous l’esclavage, car jugé dangereux par les maîtres, a été dissimulée en danse et en jeu pour pouvoir être pratiquée. Le berimbau, instrument qui dicte le rythme de la roda, est en réalité l’outil de communication codée entre pratiquants : ses variations rythmiques indiquent la vitesse, l’intensité du jeu et la présence ou non d’un danger. La musique était donc, littéralement, un langage de résistance.
4. Caetano Veloso et Gilberto Gil, arrêtés pour avoir joué de la musique. En décembre 1968, la dictature militaire brésilienne fait arrêter Caetano Veloso et Gilberto Gil à São Paulo, sans inculpation officielle, pour « attitudes antipatriotiques » liées à leur mouvement Tropicália. Ils passent deux mois en résidence surveillée, puis sont contraints à l’exil à Londres jusqu’en 1972. Les deux artistes ont depuis été reconnus comme des monuments de la culture nationale : Gilberto Gil devenant même Ministre de la Culture sous Lula.
5. Le Brésil a cinq carnavals différents et tous sont uniques. Rio, Salvador, Recife/Olinda, Florianópolis et São Paulo organisent chacun un carnaval d’une personnalité radicalement différente : samba-enredo au Sambódromo de Rio, trios elétricos et axé à Salvador, frevo et maracatu à Recife, blocos de rua à São Paulo. Le « carnaval brésilien » est en réalité cinq cultures musicales distinctes célébrées simultanément dans un même pays.

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