MUSIQUE BOLIVIENNE

Bolivie : Au sommet des Andes, la musique d’un peuple debout

La Bolivie est l’un des pays d’Amérique latine où la continuité entre la musique précolombienne et la vie contemporaine est la plus visible et la plus vivace. À 3 800 mètres d’altitude sur l’Altiplano, dans les vallées subtropicales des Yungas ou sur les plaines amazoniennes du Beni, les rythmes boliviens racontent l’histoire d’un pays façonné par trois héritages indissociables : les civilisations andines préincaïques et incaïques, les traditions afro-boliviennes héritées de l’esclavage colonial dans les mines de Potosí, et les apports espagnols de la colonisation. Le Carnaval d’Oruro, inscrit à l’UNESCO dès 2008 et mobilisant jusqu’à 10 000 musiciens simultanément, en est l’expression la plus spectaculaire. Mais c’est dans la quena jouée au lever du soleil sur l’Altiplano, dans le battement sourd du bombo lors des fêtes communautaires et dans le chant appel-réponse de la saya des Yungas que bat véritablement l’âme musicale bolivienne.


Les genres musicaux emblématiques

Le huayño

Le huayño, parfois orthographié huayno ou wayno, est le genre musical le plus ancien et le plus répandu des Andes boliviennes. Ses origines sont préincaïques : il était pratiqué dans les communautés des hauts plateaux bien avant la conquête espagnole. Chanté en quechua, en aymara ou en espagnol selon les régions, il se caractérise par un rythme ternaire vif, des modes mélodiques pentatoniques et des textes évoquant l’amour, la Pachamama (Terre-Mère), la vie communautaire et la nature des Andes. Après la colonisation, des instruments européens, guitare, bandurria, violon, y ont été intégrés sans en altérer l’essence. Le huayño est partagé avec le Pérou et l’Équateur, mais chaque région bolivienne possède sa variante rythmique et dialectale propre.

La morenada

La morenada est l’un des genres musicaux et dansés les plus emblématiques de la culture populaire bolivienne. Née dans les mines d’argent de Potosí à l’époque coloniale, elle raconte l’histoire des esclaves africains contraints à travailler dans des conditions inhumaines sous la surveillance des caporales (contremaîtres). Sa musique est lente et mélancolique, portée par des cuivres lourds et des percussions profondes. Les danseurs portent des costumes monumentaux pouvant peser jusqu’à 30 kilos, avec des masques noirs, des parures dorées et des robes brodées. La morenada est aujourd’hui la danse la plus représentée au Carnaval d’Oruro et au Gran Poder de La Paz, et sa dimension mémorielle, rappel de la souffrance des esclaves, lui confère une profondeur symbolique que les fêtes populaires préservent avec soin.

La saya afrobolivienne

La saya est la principale expression musicale de la communauté afro-bolivienne, dont les ancêtres furent amenés comme esclaves depuis l’Afrique centrale (principalement du bassin du Congo) pour travailler dans les mines d’argent de Potosí aux XVIe–XVIIe siècles, avant d’être relocalisés dans les vallées tropicales des Yungas (province de La Paz). Son nom viendrait du mot kikongo nsaya, signifiant « travail en commun sous la direction d’un chanteur principal ». Fondée sur des tambours imbriqués, des hochets métalliques et un chant en appel-réponse dirigé par un caporal (meneur), la saya est à la fois un acte de résistance culturelle et une affirmation d’identité. Déclarée Patrimoine culturel national de Bolivie en 2013, elle fait l’objet depuis les années 1990 d’une intense promotion par le Movimiento Cultural Saya Afroboliviana (MOCUSABOL).

Le tinku

Le tinku, qui signifie « rencontre » en quechua : est une pratique rituelle et musicale d’origine précolombienne venant du département de Potosí. Il s’agit d’une confrontation physique cérémonielle entre membres de communautés différentes, accompagnée de musique et de chants spécifiques : des frappes, des coups et parfois du sang versé constituent une offrande à la Pachamama pour assurer de bonnes récoltes. Le tinku n’est pas une danse de spectacle mais un rituel vivant, ce qui lui confère un statut particulier dans la musique bolivienne : c’est une musique indissociable d’une pratique sociale et spirituelle encore en vigueur dans les communautés rurales de Potosí.

La diablada

Genre dansé et musical né dans les mines de Oruro, la diablada est la danse principale du Carnaval d’Oruro. Elle met en scène le combat entre les archanges et le diable, figure syncrétique qui superpose le dieu uru Tiw (dieu des mines et du sous-sol) aux représentations chrétiennes du mal. Sa musique est portée par des cuivres, des tambours et des cymbales, avec des tempos rapides et une énergie explosive. Les costumes de diables multicolores, aux masques sculptés à la main représentant des serpents, des lézards et des démons, sont parmi les créations artisanales les plus complexes d’Amérique du Sud.

Les caporales

Genre musical et dansé dérivé de la saya afrobolivienne, les caporales ont été créés dans les années 1970 par la famille Estrada Pacheco à La Paz, après observation des pratiques de la communauté afro-bolivienne des Yungas. Ils représentent le caporal, le contremaître colonial, dans une chorégraphie acrobatique très physique, avec des sauts et des claquements de látigo (fouet). Adoptés rapidement par les populations créoles et métisses des grandes villes, les caporales sont aujourd’hui l’une des danses les plus pratiquées dans les festivals urbains boliviens.


Patrimoine musical immatériel UNESCO

Le Carnaval d’Oruro : inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (référence RL-00003). L’UNESCO décrit le Carnaval d’Oruro comme un site cérémoniel précolombien de l’ancien peuple Uru, situé à 3 700 mètres d’altitude dans les montagnes de l’ouest de la Bolivie, dont les rituels ont survécu sous le vernis de la liturgie chrétienne malgré les interdictions espagnoles du XVIIe siècle. La composante musicale est explicitement centrale dans l’inscription : plus de 10 000 musiciens et 28 000 danseurs répartis en une cinquantaine de groupes participent à la procession principale (la entrada), qui dure vingt heures sans interruption sur un parcours de quatre kilomètres.

Pujllay et Ayarichi, musiques et danses de la culture Yampara : inscrit sur la Liste représentative de l’UNESCO (référence RL-00630). Cet élément concerne les pratiques musicales et dansées du peuple Yampara, communauté indigène du département de Chuquisaca (Sucre). Le pujllay est une célébration du Carnaval andin liée au cycle agricole, tandis que l’ayarichi est un genre musical joué sur des flûtes et percussions lors de rites de fertilité. Cette inscription reconnaît spécifiquement des musiques rituelles indigènes distinctes du grand Carnaval d’Oruro.

Le Festival Gran Poder de La Paz a fait l’objet d’une candidature à l’inscription UNESCO déposée par le gouvernement bolivien en 2017, mais cette inscription n’est pas confirmée à ce jour, à vérifier avant publication.


Les instruments traditionnels

Le siku (zampoña) : Flûte de Pan andine composée de tubes de roseau ou de bambou liés en deux rangées complémentaires, jouée par deux musiciens en alternance selon la technique du hoquetus andin. D’origine préincaïque, le siku est l’instrument le plus répandu des Andes boliviennes et péruviennes. Des sikus en pierre et en argile ont été retrouvés dans des sites de la culture Tiahuanaco (Bolivie, IIe–Xe siècle de notre ère). Instrument à la fois cérémoniel, festif et quotidien, il est le symbole sonore par excellence de la civilisation andine.

La tarka : Flûte à bec en bois de forme quadrangulaire, propre à la Bolivie et au nord du Chili. Instrument saisonnier : la tarka est jouée exclusivement pendant la saison des pluies (novembre à Carnaval), car elle est associée aux rites de fertilité et aux cérémonies liées à l’eau. Elle est caractéristiquement jouée en groupes (tarkeadas) de plusieurs dizaines de musiciens simultanément, créant un mur sonore collectif d’une intensité particulière.

Le charango : Petite guitare à dix cordes (cinq paires), considérée comme d’origine bolivienne par de nombreux ethnomusicologues, bien que l’Argentine et le Pérou en revendiquent également la paternité. Né de la rencontre entre la guitare espagnole et les luthiers andins aux XVIe–XVIIe siècles, le charango était initialement fabriqué à partir de la carapace de quirquincho (tatou andin). En Bolivie, la ville de Aiquile (Cochabamba) est reconnue comme la capitale nationale du charango et organise chaque année un festival qui lui est dédié.

Le bombo : Grand tambour cylindrique recouvert de peaux de mouton ou de chèvre, dont le son sourd et profond peut se propager sur plusieurs kilomètres dans les vallées andines. Instrument de percussion fondamental de la musique folklorique bolivienne, il accompagne la grande majorité des danses et musiques des festivals.

La quena : Flûte droite à encoche biseautée, d’origine précolombienne, taillée dans du roseau, du bois ou de l’os. Comme au Pérou, la quena bolivienne est l’instrument mélodique de référence de la musique andine, jouée en solo ou en ensemble selon les contextes.

Le pututu : Grande trompe précolombienne fabriquée à partir d’une corne de bœuf ou d’une coquille de conque, utilisée dans les cérémonies rituelles et les rassemblements communautaires. Instrument à valeur symbolique autant que sonore, le pututu annonce les événements importants dans les communautés aymara et quechua.

Le mohoceño : Grande flûte de Pan à une seule rangée de tubes, plus grave que le siku, caractéristique de certaines régions de Potosí et Oruro. Son timbre profond et sombre est particulièrement utilisé dans les musiques liées aux cérémonies de la mort et aux rituels de l’au-delà.


Artistes et groupes incontournables

Artistes historiques (avant 1980)

Los Jairas (fondé en 1965) : Formé par le musicien Edgar « Yayo » Jofré à La Paz, Los Jairas est le premier groupe bolivien à avoir développé un style dit « pan-andin », fusionnant les techniques de virtuosité sur la quena, la zampoña et le charango avec des arrangements sophistiqués destinés aux scènes internationales. Pionniers de l’exportation de la musique andine bolivienne en Europe et en Amérique du Nord, ils ont radicalement transformé la façon dont la musique indigène bolivienne était perçue, la sortant du cadre strictement communautaire pour la porter sur les scènes de world music.

Los Kjarkas (fondé en 1965) : Fondé par les frères Gonzalo, Élmer et Ulises Hermosa González à Cochabamba, Los Kjarkas est le groupe de musique folklorique andine le plus connu de l’histoire bolivienne à l’échelle internationale. Leur chanson Llorando se fue (1981) a été plagiée sans autorisation par le groupe français Kaoma en 1989, qui en a fait La Lambada, succès mondial numéro un dans plus de 30 pays. Après une bataille juridique remportée par Los Kjarkas, ils ont obtenu la reconnaissance de leur paternité et des droits d’auteur. Ce scandale a paradoxalement propulsé leur musique dans la conscience mondiale.

Savia Andina (fondé en 1975) : Ensemble fondé à La Paz, Savia Andina est l’un des premiers groupes boliviens à avoir systématiquement exporté la musique andine hors des frontières nationales, contribuant à la diffusion du charango et du folklore bolivien en Amérique latine et en Europe.

Artistes contemporains (depuis 1980)

Alfredo Dominguez (né en 1939) : Guitariste et compositeur reconnu comme le « Dieu de la guitare » en Bolivie, Alfredo Dominguez a transcendé les frontières entre la musique classique, le folklore andin et la chanson populaire, produisant une œuvre vaste et influente sur plusieurs décennies.

Luzmila Carpio (née en 1949) : Chanteuse originaire de Potosí, Luzmila Carpio est la voix la plus connue de la musique traditionnelle quechua bolivienne à l’international. Elle chante dans sa langue maternelle, le quechua de Potosí, et a représenté la Bolivie comme ambassadrice auprès de l’UNESCO. Ses enregistrements, saluée par la presse musicale internationale spécialisée dans les musiques du monde, constituent un témoignage irremplaçable des traditions musicales andines.

Wara : Groupe fondé dans les années 1970, Wara est considéré comme le pionnier du rock andin bolivien, fusionnant les sonorités de la quena, du charango et du siku avec des formations rock électrifiées. Cette fusion, rejetée par les puristes à ses débuts, a ouvert la voie à des décennies d’expérimentation entre traditions andines et courants modernes.


Les festivals et événements musicaux majeurs

Carnaval d’Oruro : Oruro, dix jours avant le Carême (généralement en février). Classé au patrimoine de l’UNESCO depuis 2008, c’est l’un des plus grands carnavals du monde. La entrada principale mobilise 28 000 danseurs et 10 000 musiciens en une procession continue de vingt heures sur quatre kilomètres. Plus de 48 groupes y présentent 18 danses traditionnelles différentes (diablada, morenada, caporales, saya, tinku, kullawada, etc.), chacune avec son propre orchestre et son propre costume. Le carnaval attire chaque année plusieurs centaines de milliers de spectateurs nationaux et internationaux.

Festival Gran Poder : La Paz, fin mai à début juin. Procession folklorique de 12 à 14 heures dans les quartiers hauts de La Paz, rassemblant des fraternidades (confréries de danseurs) dans les principales danses boliviennes. Moins connu à l’international que le Carnaval d’Oruro, il est souvent décrit comme plus authentique et plus ancré dans la vie quotidienne urbaine aymara-catholique de La Paz. Une candidature à l’UNESCO a été déposée en 2017.

Festival Nacional del Charango : Aiquile (Cochabamba), chaque année en octobre. Festival dédié à l’instrument emblématique de la musique andine bolivienne, réunissant des luthiers et des interprètes du pays entier. Aiquile est reconnue comme la capitale nationale du charango.

Carnaval de Trinidad : Trinidad (département du Beni), avant le Carême. Carnaval des plaines amazoniennes boliviennes (Llanos), dont les musiques, notamment le taquirari et le carnavalito beniano : reflètent une culture très différente de celle de l’Altiplano, avec des influences amazoniennes et brésiliennes.


La scène musicale contemporaine

La scène musicale bolivienne contemporaine est marquée par une tension créatrice entre préservation des traditions et hybridation moderne. Des groupes de rock andin, de cumbia bolivienne et de fusion électro-andine cherchent à dialoguer avec les musiques indigènes tout en s’adressant aux jeunes générations urbaines. Des groupes comme Canela ou Atajo diffusent leurs musiques via YouTube, principal vecteur de streaming pour les artistes boliviens, en l’absence de données de marché publiées par l’IFPI pour la Bolivie, données de marché non disponibles.

La saya afrobolivienne connaît une renaissance portée par le MOCUSABOL et des artistes qui la fusionnent avec le reggae, le hip-hop et l’électronique. Des groupes comme Afrobolivian Soul revendiquent cet héritage tout en l’inscrivant dans une contemporanéité mondiale.

Le reggaeton, le trap et le pop latin ont également pénétré la scène urbaine bolivienne, notamment à La Paz, Cochabamba et Santa Cruz. Mais à la différence d’autres pays de la région, la musique traditionnelle andine et folklorique y maintient une présence dominante dans les pratiques culturelles populaires, notamment grâce aux grandes fêtes comme le Gran Poder ou le Carnaval d’Oruro, qui mobilisent des millions de Boliviens chaque année.


Institutions et politique culturelle musicale

Ministerio de Culturas, Descolonización y Despatriarcalización : La Paz. Instance gouvernementale centrale de la politique culturelle bolivienne, en charge de la protection des patrimoines musicaux des 36 nations et peuples indigènes originaires reconnus par la Constitution de 2009.

Museo de Instrumentos Musicales de Bolivia : La Paz. Musée dédié aux instruments de musique boliviens, documentant la diversité organologique du pays, des flûtes précolombiennes aux instruments hybrides contemporains.

Conservatorio Nacional de Música « Froilán Ugarte » : La Paz. Principal établissement d’enseignement musical supérieur de Bolivie, formant musiciens classiques et traditionnels.

Casa de la Cultura : Présentes dans les grandes villes boliviennes (La Paz, Cochabamba, Sucre, Oruro), les Casas de la Cultura sont les principales institutions publiques locales de diffusion et de promotion des musiques et danses folkloriques régionales.

MOCUSABOL, Movimiento Cultural Saya Afroboliviana : Organisation culturelle fondée par la communauté afro-bolivienne pour préserver, diffuser et transmettre la saya et les autres traditions musicales afro-boliviennes des Yungas.


Anecdotes et curiosités musicales

1. La Lambada était bolivienne. En 1989, le groupe français Kaoma publiait La Lambada, numéro un mondial dans plus de 30 pays. Ce que le monde ignorait : la chanson était le plagiat intégral de Llorando se fue (1981) des Los Kjarkas de Cochabamba. Après une bataille juridique, Los Kjarkas ont obtenu la reconnaissance de leur paternité et des droits rétroactifs. La Bolivie avait offert au monde son tube le plus vendu de l’année, sans le savoir et sans en toucher un centime.

2. 10 000 musiciens jouent en même temps. Le Carnaval d’Oruro mobilise chaque année plus de 10 000 musiciens simultanément dans la entrada principale, l’une des plus grandes concentrations de musiciens en action dans un même événement festif au monde. Chaque groupe de danseurs est accompagné de son propre orchestre de cuivres et de percussions, créant un mur sonore continu sur vingt heures.

3. La tarka ne joue qu’en saison des pluies. La tarka est l’un des rares instruments au monde dont l’usage est strictement saisonnier par tradition culturelle : on ne la joue qu’entre novembre et le Carnaval (fin de saison des pluies), car elle est associée aux rites de fertilité liés à l’eau. La jouer hors saison serait considéré comme une transgression grave dans les communautés qui maintiennent cette tradition.

4. Luzmila Carpio, ambassadrice et chanteuse. La chanteuse Luzmila Carpio a été nommée ambassadrice de Bolivie auprès de l’UNESCO à Paris, cumulant ainsi deux rôles rarissimes : artiste traditionnelle chantant en quechua sur les scènes de world music mondiales, et diplomate représentant son pays auprès de l’institution internationale chargée de la préservation du patrimoine.

5. Le carnaval des Andes caché derrière le christianisme. Les rites du Carnaval d’Oruro sont en réalité les cérémonies précolombiennes du peuple Uru déguisées en célébrations catholiques pour survivre aux interdictions espagnoles du XVIIe siècle. Le dieu uru Tiw, divinité des mines et du sous-sol, se cache derrière la figure du diable chrétien, et la Vierge du Socavón (Vierge des mines) recouvre d’anciennes déesses andines. L’UNESCO a inscrit ce syncrétisme comme patrimoine de l’humanité, reconnaissant que la résistance culturelle bolivienne s’est exercée dans le secret des masques et des costumes de fête.


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