Actualité Honduras – 19 mai 2026
Il s’appelait Ruben Asdruval Torres Acosta. Il avait 37 ans, un bon niveau de français, de la famille à Bordeaux et des études d’ingénierie informatique en cours au Honduras. Il fuyait un gang qui lui avait mis un pistolet dans la bouche. La France ne l’a pas cru. Dix jours après son retour forcé au Honduras, sa mère l’a retrouvé mort au fond d’un ravin.
Une menace, une fuite, un refus
Fin mai 2024, un membre d’un gang de Tegucigalpa s’en prend à Ruben Torres. Le motif : son demi-frère a dénoncé l’un des leurs pour un meurtre avant de se réfugier en France. La vengeance se retourne sur la famille. L’ultimatum est sans équivoque : quitter le pays ou mourir. Torres part le 5 juin 2024, rejoint son frère à Bordeaux via Panama et Amsterdam, et dépose une demande d’asile. L’Office français de protection des réfugiés refuse. La Cour nationale du droit d’asile confirme le rejet le 2 juin 2025, estimant que les éléments fournis n’établissent pas suffisamment la réalité des faits. « La menace dure un instant, une pistole dans la bouche, Ruben se fait peur et part — évidemment ça ne se filme pas, il n’existe que son témoignage », résume son avocat bordelais, Maître Pierre-Antoine Cazau.
Un homme sans papiers, sans issue
Frappé d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), Ruben Torres déambule dans Bordeaux « comme un lion en cage ». Sans droit au travail, ses candidatures sont rejetées, la peur d’une interpellation grandit chaque jour. Il suit des cours de français à l’ASTI Bordeaux pendant quatre mois. « Il avait un bon niveau de français, de la famille ici, un niveau culturel très élevé. On ne l’a pas protégé », confie Serge Milhé, professeur bénévole de l’association. En février 2026, le désespoir l’emporte sur la peur. Torres rentre au Honduras, espérant « se faire oublier un an, rassembler des preuves, et revenir ». Il n’en aura pas le temps.
Mort dans un ravin, vérité contestée
Moins de dix jours après son retour, il disparaît. Sa mère le retrouve elle-même au fond d’un ravin, le visage « détruit ». Une autopsie conclut à une mort accidentelle — version que la famille rejette avec force, estimant que les blessures sont incompatibles avec une simple chute. « Ils n’attendent même pas que justice soit rendue au Honduras, parce qu’ils n’y croient pas une seconde », dit Maître Cazau. Un autre frère de Ruben Torres ferait désormais l’objet de nouvelles menaces du même gang.
Bordeaux se souvient
Ce mercredi 20 mai à 18h30, un rassemblement est organisé Parvis des droits de l’Homme à Bordeaux, à l’initiative de la famille et de plusieurs associations — ASTI, LDH, La Cimade, le Syndicat des avocats de France, la FSU Gironde. « L’histoire de Ruben n’est pas un fait divers isolé. Elle dit quelque chose de notre système d’accueil, de ses limites, des difficultés de la preuve en matière d’asile, et des conséquences humaines désastreuses des OQTF », écrivent les signataires de l’appel. Une mort qui interroge, bien au-delà de Bordeaux, sur ce qu’on renvoie — et vers quoi.
