COLOMBIE – Présidentielle du 31 mai : l’EMC annonce un cessez-le-feu, mais la violence reste le vrai enjeu

Actualité Colombie – 18 mai 2026

À treize jours du premier tour de l’élection présidentielle colombienne, la guérilla dissidente des FARC tente un geste d’apaisement. Le groupe armé EMC a annoncé vendredi 15 mai une trêve unilatérale. Une annonce qui intervient dans un pays traversé par la pire vague de violences depuis dix ans.

Une trêve aux contours précis

La « suspension des opérations militaires offensives » décrétée par l’EMC doit courir du 20 mai au 10 juin, couvrant ainsi le premier tour du 31 mai et les jours qui suivront. Son chef, Ivan Mordisco — guérillero le plus recherché de Colombie — a justifié cette décision par la volonté d’offrir des « conditions de tranquillité suffisantes pour le peuple colombien ». Le message est calculé, le geste symbolique. Reste à savoir s’il sera respecté sur le terrain.

L’EMC, entre négociations et massacres

Le groupe avait pourtant mené des pourparlers de paix avec le gouvernement du président Gustavo Petro. Mais ces négociations n’ont jamais empêché la poursuite des activités criminelles : narcotrafic, exploitation minière illégale, extorsion. Fin avril, l’EMC a perpétré un attentat à la bombe sur une route du sud-ouest du pays, tuant 21 civils — l’attaque la plus meurtrière contre la population depuis plus de vingt ans. Face à l’indignation internationale, le groupe a reconnu sa « responsabilité politique » pour cette « erreur tactique », sans que cette contrition efface la réalité des victimes.

Une campagne sous tension

L’élection du 31 mai se déroule dans un climat délétère. La Colombie connaît une escalade de violence inédite depuis une décennie, alimentée par les affrontements entre groupes armés rivaux et les accrochages avec les forces de l’ordre. Les populations civiles, prises en étau, en font les frais. Le pays compte plusieurs candidats en lice, dont des représentants du Pacte historique de Petro, de la droite uribiste et des candidatures indépendantes — chacun avec une vision radicalement différente du traitement à réserver aux groupes armés.

Un cessez-le-feu à la crédibilité fragile

La question que personne n’ose formuler franchement est pourtant simple : peut-on faire confiance à un groupe qui vient de tuer 21 civils et qui décrète sa propre trêve deux semaines plus tard ? Le geste de l’EMC est peut-être sincère, peut-être tactique. Dans les deux cas, il rappelle que la paix en Colombie reste une affaire infiniment plus complexe qu’un communiqué.

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