ÉQUATEUR – Opération antigang : plus de 5 000 arrestations en deux semaines de couvre-feu

Actualité Équateur – mai 2026

Deux semaines après l’entrée en vigueur d’un couvre-feu nocturne décrété dans neuf des vingt-quatre provinces du pays, les autorités équatoriennes totalisent plus de 5 000 arrestations, dont quelque 700 membres de bandes criminelles, 9,2 tonnes de drogue saisies et plus de 600 armes confisquées. L’opération, menée sous l’autorité du président Daniel Noboa, s’inscrit dans une offensive sécuritaire qui s’intensifie de mois en mois.

Le chef du gang Los Lobos interpellé à Quito

Le coup de filet le plus spectaculaire de ces deux semaines a eu lieu le 14 mai dans le sud de la capitale. Des dizaines de policiers d’unités d’élite ont appréhendé Eduardo Gomez, alias « Gordo Paul », chef du gang Los Lobos. Le ministre de l’Intérieur, John Reimberg, l’a présenté à la presse comme « le délinquant le plus dangereux » de Quito. Sa compagne, en charge de la logistique du gang, a également été arrêtée. Au total, 22 perquisitions ont été menées lors de cette opération, entraînant 15 arrestations supplémentaires. Gordo Paul est apparu menotté, torse nu, couvert de tatouages, dont un lion — symbole des Choneros, le gang dont Los Lobos sont issus après une scission sanglante.

Los Lobos, bras armé du cartel mexicain CJNG

Los Lobos se sont imposés en quelques années comme l’une des organisations criminelles les plus puissantes d’Équateur, avec des milliers de membres selon l’organisation de recherche InSight Crime. Liés au cartel mexicain Jalisco Nueva Generación (CJNG), ils opèrent dans le trafic de drogue, l’extorsion, les enlèvements et l’orpaillage illégal. Leur rivalité avec les Choneros — dont ils sont nés — alimente une guerre fratricide qui contribue directement à la flambée de violence dans le pays. En 2025, l’Équateur a enregistré un taux d’homicides de 51 pour 100 000 habitants, le plus élevé d’Amérique latine selon InSight Crime.

Un pays devenu plaque tournante du narcotrafic

Ce petit pays d’Amérique du Sud est devenu en moins d’une décennie l’un des principaux corridors d’exportation de cocaïne vers les États-Unis et l’Europe. Environ 70 % de la drogue qui y transite provient de ses voisins immédiats, la Colombie et le Pérou, premiers producteurs mondiaux. Ses ports sur le Pacifique — en premier lieu Guayaquil — sont devenus des points de départ stratégiques pour les cartels. L’Équateur, autrefois surnommé « l’îlot de paix » de la région, paie aujourd’hui le prix de cette position géographique.

Noboa intensifie la guerre, avec l’appui américain

Le président Noboa, fervent allié de Donald Trump, avait lancé dès janvier 2024 une déclaration de « conflit armé interne » contre les groupes criminels. En mars 2026, il avait annoncé l’ouverture d’une « nouvelle phase » incluant des opérations conjointes avec des alliés étrangers, dont les États-Unis, qui ont déployé des militaires dans le port de Manta depuis décembre 2025. Le couvre-feu nocturne actuellement en vigueur dans neuf provinces depuis début mai représente une nouvelle escalade. « Nous sommes en guerre », avait martelé le ministre Reimberg lors d’une prise de parole publique en mars. Les semaines suivantes semblent lui donner raison — ou du moins confirmer que l’Équateur a définitivement choisi la voie de l’affrontement frontal.

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