Au Costa Rica, les exilés nicaraguayens vivent dans la peur de la répression d’Ortega

Le 22 mai 2026

Un régime qui traque ses opposants au-delà de ses frontières

Des centaines de milliers de Nicaraguayens exilés au Costa Rica font face à une menace qui ne s’arrête pas à la frontière : la répression du régime d’Ortega-Murillo les suit jusque dans leur pays d’accueil. Dans son rapport présenté au Conseil des droits de l’homme le 10 mars 2026, le Groupe d’experts indépendants des Nations unies sur le Nicaragua a documenté l’existence d’un vaste réseau transnational de surveillance et d’intimidation. « La répression et la corruption institutionnelle sont devenues la méthode de gouvernement au Nicaragua, sous le contrôle de la famille Ortega-Murillo », a déclaré Jan-Michael Simon, président du groupe. « La persécution politique est financée par l’État, exécutée par ses institutions et étendue au-delà des frontières pour que personne — absolument personne — ne puisse s’opposer au régime. »

Un appareil d’espionnage structuré et financé sur fonds publics

Selon les experts onusiens, la répression nicaraguayenne est « structurée et financée de manière corrompue » : des ressources publiques initialement destinées à l’aide sociale ont été détournées pour financer des opérations sécuritaires violentes, notamment lors de la répression des manifestations de 2018. L’architecture de surveillance transnationale intègre l’armée, la police, les autorités migratoires, le régulateur des télécommunications TELCOR, les missions diplomatiques et les opérateurs du FSLN. Les ambassades et consulats nicaraguayens ont été instrumentalisés pour traquer, surveiller et intimider les exilés. « Ils ont bâti un appareil qui traque les dissidents où qu’ils se trouvent », a résumé l’expert Reed Brody. « Personne n’est hors de portée de ce régime répressif. »

Des assassinats en série sur le sol costaricien

Les experts de l’ONU font état d’au moins une douzaine de cas de meurtres ou de tentatives de meurtre contre des opposants exilés. Les faits les plus documentés se déroulent au Costa Rica. Le 19 juin 2025, Roberto Samcam Ruíz, major à la retraite de l’armée nicaraguayenne et critique notoire du régime, a été abattu à son domicile de San José. Il avait dénoncé la complicité de l’armée dans les exécutions extrajudiciaires de 2018 et exposé un réseau d’espionnage visant les opposants exilés. Il était réfugié au Costa Rica depuis juillet 2018. Auparavant, en 2023, l’opposant Joao Maldonado et son épouse avaient échappé à une attaque à l’arme à feu à San José — la deuxième tentative contre Maldonado après celle de 2021. En 2024, le réfugié Jaime Luis Ortega avait été assassiné à Upala, canton frontalier du Nicaragua. En 2022, Rodolfo Rojas avait été retrouvé mort au Honduras, après avoir, selon ses proches, été emmené du Costa Rica sous de faux prétextes.

452 Nicaraguayens déchus de leur nationalité

Le régime a également privé arbitrairement 452 Nicaraguayens de leur nationalité, rendu des milliers d’autres impossibles à rentrer en refusant de renouveler leurs documents, et exercé des représailles contre les proches restés au Nicaragua. La surveillance numérique, le piratage et le « doxing » sont utilisés pour réduire au silence les voix critiques. Ces violations, selon les experts de l’ONU, constituent prima facie des crimes contre l’humanité — une qualification déjà avancée dans leurs précédents rapports. « La responsabilité internationale est plus urgente que jamais », ont-ils conclu, appelant les États membres à mobiliser des mécanismes de juridiction universelle et de sanctions ciblées pour protéger les populations exilées.

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