GAESA, le conglomérat militaire qui a mis la main sur l’économie cubaine

Le 22 mai 2026

Un empire né de l’effondrement soviétique

GAESA — Grupo de Administración Empresarial S.A. — est le conglomérat militaire opaque qui contrôle entre 40 et 70 % de l’économie cubaine. Fondé dans les années 1990 au lendemain de l’effondrement de l’Union soviétique, il constituait alors le plan de survie économique des Forces armées révolutionnaires. Trois décennies plus tard, cet empire tentaculaire s’est rendu maître des secteurs les plus lucratifs de l’île : tourisme, banque, commerce de détail et transferts de fonds.

Un patrimoine colossal, une opacité totale

Des documents confidentiels révèlent que GAESA détiendrait un patrimoine estimé à 18 milliards de dollars, dont d’importantes réserves en devises dissimulées dans des comptes offshore. Le conglomérat regroupe plusieurs filiales stratégiques : Gaviota, qui gère les hôtels les plus prisés de l’île et l’essentiel de l’industrie touristique ; CIMEX et TRD Caribe, qui contrôlent supermarchés et commerce de gros ; FINCIMEX, chargé des transferts internationaux ; et le Banco Financiero Internacional. GAESA est totalement exempt de contrôle : ni la Banque centrale cubaine ni le Bureau du contrôleur général n’ont accès à ses comptes. La structure fonctionne ainsi comme une machine d’extraction privée au profit des élites militaires, en dehors de toute obligation fiscale en devises étrangères, laissant selon les analystes quelque 40 % du PIB cubain hors de tout cadre de consolidation budgétaire.

L’empreinte panaméenne et les sociétés-écrans

Pour contourner l’embargo américain et dissimuler ses capitaux, GAESA s’appuie sur un réseau de sociétés offshore, avec Panama comme plaque tournante stratégique. Les bras majeurs du conglomérat — dont Corporación CIMEX S.A. et FINCIMEX — ont été directement enregistrés dans ce pays. Les révélations des Panama Papers avaient déjà mis en lumière comment des entités liées à l’État cubain avaient eu recours à des cabinets d’avocats panaméens, ainsi qu’à des intermédiaires suisses, pour dissimuler la propriété militaire de sociétés de commerce, de transport maritime et d’exportation.

L’empire reste dans la famille Castro

Jusqu’à sa mort en juillet 2022, GAESA était dirigé par Luis Alberto Rodríguez López-Calleja, ancien gendre de Raúl Castro. Depuis lors, son fils Raúl Guillermo Rodríguez Castro — petit-fils de Raúl Castro et chef de sa garde rapprochée, surnommé « El Cangrejo » (Le Crabe) — est apparu comme un acteur incontournable, maintenant l’empire fermement dans les mains de la famille. Cette continuité dynastique illustre le degré de fusion entre pouvoir politique, militaire et économique à Cuba.

Sanctions américaines et pression internationale

L’attention internationale sur GAESA s’est considérablement intensifiée depuis la mise au jour de ses réserves colossales, accumulées tandis que la population civile fait face à des pénuries sévères. Washington a élargi ses sanctions ciblées pour isoler les partenaires internationaux encore actifs du conglomérat, qui est désormais au cœur de la politique américaine vis-à-vis de Cuba. L’inculpation récente de Raúl Castro aux États-Unis s’inscrit dans cette même stratégie de pression maximale sur le système militaro-économique que GAESA incarne.

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