ERNESTO CHE GUEVARA

Ernesto « Che » Guevara — Le révolutionnaire éternel

Médecin argentin devenu commandant guérillero, ministre cubain puis insurgé en Afrique et en Bolivie, Ernesto Guevara a mené une existence aussi brève que déchirée par l’idéal. Exécuté à 39 ans dans un village perdu de Bolivie, il est devenu l’une des icônes les plus reproduites du XXe siècle — symbole universel de révolte, admiré et contesté à parts égales.


Une enfance marquée par la maladie et les livres

Ernesto Guevara de la Serna naît le 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine, dans une famille de la bourgeoisie progressiste d’ascendance espagnole, basque et irlandaise. Dès l’âge de deux ans, il est frappé par une crise d’asthme sévère — maladie chronique qui le poursuivra toute sa vie, l’obligeant à dormir souvent dehors dans l’air frais et l’endurcissant physiquement et moralement.

Sa famille s’installe à Córdoba, dont le climat est jugé meilleur pour sa santé. Il y grandit entouré de livres — Marx, Freud, Neruda, Zola — et développe très tôt un regard critique sur les inégalités sociales de l’Argentine. Il pratique le rugby malgré son asthme, et lit avec la même intensité qu’il joue.

En 1948, il s’inscrit à la faculté de médecine de l’Université de Buenos Aires. Mais sa vocation dépasse les amphithéâtres.


Les voyages fondateurs

En 1952, avant même d’obtenir son diplôme, il embarque pour un périple de neuf mois à travers l’Amérique du Sud avec son ami Alberto Granado, sur une moto Norton 500 qu’ils surnomment La Poderosa (la Puissante). Ils traversent l’Argentine, le Chili, le Pérou, la Colombie et le Venezuela, parcourant environ 8 000 kilomètres. Guevara travaille quelques semaines comme volontaire dans une léproserie péruvienne sur les rives de l’Amazone.

Ce voyage est une révélation. La misère des mines de cuivre chiliennes, des paysans andins, des bidonvilles — tout cela nourrit une colère politique qui ne le quittera plus. Il consigne tout dans un journal, publié des décennies plus tard sous le titre Diarios de motocicleta (Les Carnets de voyage).

Il obtient son diplôme de médecin en juin 1953, puis repart aussitôt vers l’Amérique centrale. Au Guatemala, il assiste en 1954 au renversement du président Jacobo Árbenz — orchestré par la CIA au profit de la United Fruit Company. Cet épisode le convainc que l’Amérique latine ne peut s’émanciper sans rupture radicale avec l’impérialisme américain.


La rencontre avec Fidel Castro

Réfugié au Mexique, Guevara rencontre Fidel Castro en 1955. Les deux hommes parlent toute une nuit. Avant l’aube, Guevara a rejoint le Mouvement du 26 Juillet, l’organisation révolutionnaire cubaine.

Le 2 décembre 1956, 82 combattants débarquent clandestinement sur la côte cubaine à bord du Granma, un yacht de plaisance. Ils sont immédiatement repérés et décimés par l’armée de Batista. Une poignée de survivants, dont Fidel, Raúl Castro et Guevara — blessé — se réfugient dans la Sierra Maestra.

Guevara est arrivé comme médecin. Il devient rapidement l’un des commandants les plus redoutés de la guérilla, connu pour sa discipline de fer, son courage et sa brutalité dans les combats. Il joue un rôle décisif dans la bataille de Santa Clara en décembre 1958, qui ouvre la route de La Havane. Le 1er janvier 1959, Batista fuit. La révolution triomphe.


Ministre de la révolution cubaine

Dans la Cuba révolutionnaire, Guevara occupe des postes de premier plan. Il dirige la forteresse de La Cabaña, où sont jugés et exécutés des milliers de partisans du régime Batista — épisode documenté et vivement controversé. Il est nommé président de la Banque nationale de Cuba, puis ministre de l’Industrie, postes qu’il occupe jusqu’en 1965.

En décembre 1964, il représente Cuba à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, où il prononce un discours retentissant contre l’impérialisme.

Mais Guevara s’impatiente. Cuba lui semble trop étroite. Il veut exporter la révolution.


Le Congo et la Bolivie : le rêve brisé

En 1965, il quitte Cuba en secret et se rend au Congo pour soutenir les rebelles de Laurent-Désiré Kabila. L’expédition est un échec. Les conditions de combat, l’absence de soutien populaire et les divisions entre factions condamnent la guérilla. Guevara rentre à Cuba désabusé.

En novembre 1966, il entre en Bolivie déguisé en homme d’affaires, avec une poignée de combattants cubains et boliviens. Son objectif : transformer les Andes en un nouveau foyer révolutionnaire continental. Mais le Parti communiste bolivien refuse de le soutenir. Les paysans locaux ne le rejoignent pas. Et la CIA, informée de sa présence, coordonne avec l’armée bolivienne sa traque.

Le 8 octobre 1967, les Rangers boliviens capturent Guevara blessé dans un ravin nommé El Yuro. Il est détenu dans le village de La Higuera.

Le 9 octobre 1967, sur ordre du président bolivien René Barrientos, le sergent bolivien Mario Terán l’exécute d’une rafale. Ernesto Guevara a 39 ans.


L’icône immortelle

Sa mort est annoncée au monde avec une photo de son cadavre exposé — image qui rappelle délibérément une Pietà. Paradoxalement, cette exécution le transforme en mythe immortel. Le photographe cubain Alberto Korda avait capturé son portrait en mars 1960 — béret étoilé, regard perdu au loin — qui devient l’une des images les plus reproduites de l’histoire.

Son héritage reste profondément ambigu : héros de la lutte anti-impérialiste pour des millions de personnes, il fut aussi l’homme qui ordonna des exécutions sans procès et qui imposa une discipline révolutionnaire impitoyable. Le Che des tee-shirts et des affiches a souvent peu à voir avec l’homme réel.


Grandes dates de la vie d’Ernesto Guevara

14 juin 1928 — Naissance à Rosario, Argentine

1952 — Périple de 9 mois et ~8 000 km à moto en Amérique du Sud

Juin 1953 — Obtient son diplôme de médecin à Buenos Aires

1955 — Rencontre Fidel Castro à Mexico, rejoint le Mouvement du 26 Juillet

2 décembre 1956 — À 28 ans, débarque à Cuba avec 82 combattants

1961–1965 — Ministre de l’Industrie de Cuba

Décembre 1964 — Discours à l’ONU à New York

8 octobre 1967 — Capturé par les Rangers boliviens à El Yuro

9 octobre 1967 — Exécuté à La Higuera, à 39 ans

 
Repères
1928 – Naissance de Enesto Che Guevara
1953 – Il devient docteur en médecine
1955 – Il rejoint fidel Castro
1961 – Ministre de l’industrie de Cuba
1967 – Il meurt à l’age de 39 ans
 

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