Hugo Chávez — Le commandant qui voulut refaire l’Amérique latine
Militaire putschiste devenu président démocratiquement élu, Hugo Chávez gouverna le Venezuela pendant quatorze ans avec une énergie et une radicalité qui divisèrent son pays et fascinèrent le monde entier. Adoré des uns, honni des autres, il reste l’une des figures politiques les plus marquantes de l’Amérique latine du XXe siècle.
Une enfance dans les llanos du Venezuela
Hugo Rafael Chávez Frías naît le 28 juillet 1954 à Sabaneta, un village rural de l’État de Barinas, dans les grandes plaines de l’ouest du Venezuela. Il est le deuxième de sept enfants d’une famille modeste — ses deux parents sont instituteurs. Faute de moyens, Hugo et son frère aîné Adán sont confiés à leur grand-mère Rosa Inés, qui les élève à Barinas. C’est elle qui lui transmet l’amour de l’histoire et de la lecture.
Adolescent, Chávez est introduit aux écrits de Simón Bolívar et de Karl Marx par un historien local. Il se passionne pour le général du XIXe siècle Ezequiel Zamora, figure des luttes paysannes vénézuéliennes. Ces références — Bolívar, Zamora, le Che Guevara — constitueront le socle idéologique de toute sa vie politique.
À 17 ans, il intègre l’Académie militaire vénézuélienne à Caracas, dont il sort officier en 1975.
Du coup d’État à la prison
Au sein de l’armée, Chávez fonde en 1982 le Mouvement bolivarien révolutionnaire-200 (MBR-200), réseau clandestin d’officiers partageant ses convictions. Pendant dix ans, il prépare dans l’ombre un renversement du système politique qu’il juge corrompu et inégalitaire.
Le 4 février 1992, il passe à l’acte : il mène un coup d’État contre le président Carlos Andrés Pérez. L’opération échoue. Pérez n’est pas capturé. Chávez se rend, mais obtient le droit d’apparaître à la télévision nationale pour appeler ses camarades à déposer les armes. En quelques minutes, sa formule — « por ahora » (pour l’instant, la lutte continue) — fait de lui une célébrité nationale. Il est emprisonné.
En 1994, le nouveau président Rafael Caldera le gracie. Chávez sort de prison plus populaire qu’il n’y est entré.
1998 : la conquête démocratique du pouvoir
Libéré, Chávez transforme son mouvement en parti politique — le Mouvement de la Cinquième République (MVR) — et se lance dans la course présidentielle. Il surfe sur un ras-le-bol profond contre les deux grands partis traditionnels qui se partagent le pouvoir depuis des décennies.
Le 6 décembre 1998, il remporte l’élection présidentielle avec 56 % des voix. Le 2 février 1999, à 44 ans, il prête serment. Il fait adopter dès l’année suivante une nouvelle Constitution par référendum, rebaptisant le pays République bolivarienne du Venezuela.
La révolution bolivarienne au pouvoir
La présidence de Chávez est marquée par un usage massif des revenus pétroliers pour financer des missions sociales (misiones) dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’alimentation et du logement. Des médecins cubains sont déployés dans les quartiers pauvres, des programmes d’alphabétisation sont lancés, des cliniques gratuites ouvrent dans les barrios.
Selon les données de l’Institut national de statistiques vénézuélien (INE), le taux de pauvreté recule de 48,6 % en 1999 à 32,1 % en 2013. Ces chiffres, issus du gouvernement vénézuélien lui-même, sont cités avec les réserves qu’impose leur origine.
En avril 2002, Chávez est brièvement renversé par un coup d’État soutenu par une partie de l’armée et des milieux d’affaires. Il est détenu pendant moins de 48 heures avant d’être rétabli dans ses fonctions par des unités militaires loyales et une mobilisation populaire massive. Cet épisode renforce sa conviction d’être la cible permanente de ses adversaires intérieurs et de Washington.
Sur la scène internationale, Chávez développe une diplomatie anti-américaine tapageuse. En 2006, à la tribune des Nations Unies, il qualifie le président américain George W. Bush de « diable », déclarant sentir encore le souffre à la tribune. Il crée l’ALBA (Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América), alliance régionale alternative aux institutions dominées par les États-Unis, et noue des liens étroits avec Fidel Castro, Evo Morales et Rafael Correa.
La maladie et la fin
En juin 2011, Chávez annonce publiquement avoir été opéré d’une tumeur cancéreuse dans la région pelvienne. Il ne précise jamais publiquement le type de cancer. Au cours des deux années suivantes, il multiplie les séjours à Cuba pour ses traitements, entre chimiothérapies et opérations répétées.
En octobre 2012, malgré la maladie, il remporte sa dernière élection présidentielle face à Henrique Capriles. Mais son état se dégrade rapidement. Il désigne Nicolás Maduro comme son successeur et rentre une dernière fois à Cuba pour y être soigné.
Hugo Chávez meurt le 5 mars 2013 à Caracas, à 58 ans. Sa disparition provoque des scènes de deuil massif au Venezuela et des réactions contrastées dans le reste du monde.
Un héritage indémêlable
Chávez laisse un bilan profondément disputé. La réduction de la pauvreté et l’accès aux soins pour les plus démunis sont réels, documentés par des organisations internationales indépendantes. Mais son modèle, entièrement dépendant du prix du pétrole, se révèle fragile : après sa mort, le Venezuela s’enfonce dans une crise économique et humanitaire sans précédent sous son successeur Maduro.
Grandes dates de la vie de Hugo Chávez
28 juillet 1954 — Naissance à Sabaneta, État de Barinas (Venezuela)
1975 — Sort diplômé de l’Académie militaire vénézuélienne
4 février 1992 — À 37 ans, mène un coup d’État manqué contre le président Pérez
1994 — Gracié par le président Caldera, sort de prison
6 décembre 1998 — Élu président avec 56 % des voix
Avril 2002 — Brièvement renversé par un coup d’État, rétabli après 48 heures
Juin 2011 — Annonce publiquement son cancer
Octobre 2012 — Réélu pour un troisième mandat malgré la maladie
5 mars 2013 — Mort à Caracas, à 58 ans

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