Chili : à l’heure des premiers mécontentements, le discours très attendu du président Kast

30 mai 2026

Un premier bilan sous pression

Deux mois et demi après son investiture du 11 mars, le président chilien José Antonio Kast s’apprête à prononcer lundi 1er juin sa première Cuenta Pública, le discours annuel du chef de l’État devant le Congrès réuni en session plénière à Valparaíso. Ce rendez-vous institutionnel intervient dans un contexte politique tendu : selon les sondages Cadem et Criteria publiés en mai 2026, son taux d’approbation oscille entre 37 % et 41 %, après une chute de cinq semaines consécutives depuis son entrée en fonctions. Le chef de l’État aborde ce premier bilan officiel avec une marge de manœuvre réduite, face à une opinion publique qui a porté ses espoirs essentiellement sur un sujet : la sécurité.

Un remaniement ministériel avant 70 jours de mandat

Le principal signal de difficulté est venu de l’intérieur même du gouvernement. Avant d’avoir atteint soixante-dix jours au pouvoir, Kast a procédé à un remaniement surprise, en limogeant sa ministre de la Sécurité, Trinidad Steinert, et sa porte-parole, Mara Sedini. Si 72 % des Chiliens ont approuvé ces changements selon l’enquête Criteria, le fait même de devoir modifier son cabinet aussi rapidement a alimenté les interrogations sur la capacité du gouvernement à tenir ses promesses de campagne. Martín Arrau, nommé à la tête du ministère de la Sécurité il y a à peine huit jours, n’a pas encore présenté de stratégie structurée, ce plan est attendu pour le mardi 2 juin, au lendemain du discours présidentiel.

La sécurité, talon d’Achille du gouvernement

La sécurité avait été le thème central de la campagne de Kast. En prenant le pouvoir, il avait déclaré gouverner en régime d’« urgence », citant une crise sécuritaire et économique. Mais les attentes de ses propres électeurs se heurtent à l’absence d’un plan présenté formellement. « Je pensais que Kast déploierait l’armée dans les rues pour contrôler toute cette délinquance, mais rien ne s’est passé et c’est encore pire », résume un sondé cité dans les enquêtes d’opinion. Face à ces critiques, le président a défendu son bilan : « On ne m’a pas élu pour être un bon orateur, mais pour faire le travail. » Il a mis en avant l’« escudo fronterizo » (bouclier frontalier) et les opérations menées à Temucuicui comme preuves d’action concrète. Selon Cadem, la perception que la criminalité a augmenté ces deux derniers mois a toutefois reculé de 25 points pour atteindre 47 %, la baisse la plus significative enregistrée par l’institut depuis 2014.

Migration et dépenses publiques : les autres fronts

Kast a également défendu sa politique migratoire, autre pilier de son programme. S’il reconnaît que les objectifs de rapatriement de migrants en situation irrégulière se réaliseront « de différentes manières », expulsions administratives, judiciaires mais aussi départs volontaires , il maintient que les cibles seront atteintes. Sur le front budgétaire, il a écarté toute réduction des aides sociales, ciblant en revanche les « incivilités » : fraude dans les transports publics, dégradations de monuments et destructions d’infrastructures publiques, qu’il présente comme des sources d’économies pour l’État.

Un discours sous les projecteurs

La cérémonie du 1er juin réunira dans le Salón de Honor du Congrès l’ensemble du gouvernement, les parlementaires, le corps diplomatique et des figures emblématiques de la politique chilienne, dont l’ex-président Eduardo Frei Ruiz-Tagle. C’est dans ce cadre solennel que Kast devra convaincre une opinion publique qui l’a placé au pouvoir avec des attentes très élevées, mais qui commence à manifester ses premières impatiences.

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