29 mai 2026
Un phénomène qui a quadruplé en cinq ans
Le recrutement d’enfants et d’adolescents par les groupes armés en Colombie a été multiplié par quatre en cinq ans, selon un rapport de l’UNICEF publié le 6 février 2026. D’après les données vérifiées par les Nations Unies, un enfant est recruté ou utilisé en moyenne toutes les vingt heures dans le pays. Ces chiffres, issus du rapport annuel du Secrétaire général de l’ONU sur les enfants dans les conflits armés, font de la Colombie l’un des cas les plus préoccupants au monde en matière de violations des droits de l’enfant en temps de conflit.
La double réalité : guérillas rurales et réseaux urbains
Si le recrutement dans les rangs des groupes armés ruraux, comme l’État-Major Central (EMC), héritier des FARC, est mieux documenté, c’est une autre forme, plus invisible, qui inquiète les défenseurs des droits. L’assassinat du sénateur et candidat à la présidentielle Miguel Uribe Turbay, le 7 juin 2025, a mis en lumière ce phénomène : son meurtrier était un garçon de 15 ans. « C’est une instrumentalisation claire d’un enfant convaincu de commettre un crime, en sachant qu’il ne pourrait pas témoigner contre les vrais auteurs intellectuels », analyse Elizabeth Dickinson, directrice adjointe pour l’Amérique latine au International Crisis Group (ICG). Un recensement interne de l’EMC a révélé que jusqu’à 37 % de ses combattants étaient des mineurs.
Une épidémie silencieuse dans les villes
Dans les villes, Bogotá, Medellín, Cali, Buenaventura , des adolescents scolarisés et vivant en famille sont exploités par des sous-traitants criminels agissant pour le compte de groupes armés. « Ces réseaux opèrent dans l’impunité et l’anonymat total », explique Hilda Beatriz Molano Casas, coordinatrice de la Coalition contre l’implication des enfants dans le conflit armé en Colombie (COALICO). Elle souligne que les cas identifiés ne représentent peut-être que 10 % de la réalité. Ces enfants urbains bénéficient d’une protection juridique moindre que leurs homologues ruraux, car le droit international humanitaire s’applique difficilement aux contextes criminels urbains non reconnus comme conflits armés.
Le recrutement par les réseaux sociaux
Les méthodes ont évolué. Si les recruteurs continuent de rôder aux abords des écoles rurales en faisant étalage de motos, de téléphones et d’un style de vie attrayant, les réseaux sociaux, dont TikTok, sont désormais le principal vecteur d’approche en milieu urbain. Les enfants sont contactés directement depuis leur domicile, leur école ou leur quartier, avec de fausses promesses d’emploi et de revenus. Molano souligne également une tendance particulièrement alarmante : le ciblage systématique de filles de plus en plus jeunes, certaines à partir de 11 ans, à des fins d’exploitation sexuelle et de traite des êtres humains, un âge en forte baisse par rapport aux données des années précédentes.
Des refuges pour ceux qui fuient
Face à cette menace, des structures de protection ont émergé. Des adolescents menacés de mort pour avoir refusé ou fui un recrutement trouvent refuge dans des foyers spécialisés, où ils sont accueillis loin des zones de conflit, aux côtés d’autres jeunes placés à titre préventif. Ces dispositifs, soutenus par des ONG et des organismes comme l’UNICEF et le COALICO, tentent d’offrir un environnement sécurisé, un suivi psychologique et une continuité scolaire. La COALICO poursuit ses études dans 41 municipalités colombiennes en partenariat avec l’Institut colombien du bien-être familial (ICBF), dans l’espoir de mieux mesurer et protéger ces enfants oubliés.
