La civilisation Mogollon est l’une des trois grandes traditions archéologiques préhistoriques du Sud-Ouest des États-Unis et du Nord du Mexique (communément appelée l’aire Oasisamérique), aux côtés des civilisations Anasazi (Ancestral Pueblo) et Hohokam (Cordell, 1997). Elle s’est développée d’environ 200 apr. J.-C. jusqu’à 1450 apr. J.-C., occupant les hauts plateaux de l’est de l’Arizona, du sud du Nouveau-Mexique, du nord du Sonora et du Chihuahua (Brody, 1977).
Voici l’état des connaissances factuelles et documentées sur cette culture, basée sur les fouilles stratigraphiques et les analyses céramiques.
1. Évolution de l’Habitat : Des Maisons semi-enterrées aux Pueblos
Les archéologues divisent généralement la séquence évolutive des Mogollons en deux grandes périodes d’habitat (LeBlanc, 1983) :
- La Période des « Maisons semi-enterrées » (Pithouses) (v. 200 – 1000 apr. J.-C.) : Les populations vivaient dans des structures circulaires ou ovales excavées dans le sol (entre 0,5 et 1 mètre de profondeur), soutenues par des poteaux en bois et recouvertes d’un enduit de boue et de branches. L’accès se faisait par une rampe inclinée (Diehl, 1997). Ce type d’habitat offrait une excellente isolation thermique face aux amplitudes thermiques extrêmes de la région.
- La Période « Pueblo » (v. 1000 – 1450 apr. J.-C.) : Sous l’influence probable des contacts avec les Anasazi au nord, les Mogollons abandonnent les structures semi-enterrées pour construire des habitations en surface. Ces villages complexes comprenaient des pièces contiguës construites en maçonnerie de pierre ou de briques de terre, s’élevant parfois sur plusieurs niveaux (LeBlanc, 1983).
2. La Céramique Mimbres : Un Sommet de l’Art Précolombien
Une sous-région de la culture Mogollon, située le long de la rivière Mimbres au Nouveau-Mexique, a produit entre 1000 et 1130 apr. J.-C. (période dite Classic Mimbres) l’une des traditions céramiques les plus célèbres au monde (Brody, 2004).
- Style Visuel : Il s’agit de bols en terre cuite dont l’intérieur est recouvert d’un engobe blanc, peint de motifs géométriques ou de figures naturalistes (animaux, humains, êtres mythologiques) à l’aide d’un pigment noir ou brun-rouge (Brody, 1977).
- Usage Funéraire Ritualisé : Les fouilles documentent que ces bols étaient presque exclusivement déposés sur le visage des défunts lors des inhumations sous le sol des maisons (Anyon & LeBlanc, 1984).
- Le « Kill Hole » (Trou de mise à mort) : Une écrasante majorité des bols Mimbres retrouvés en contexte archéologique présente un trou intentionnellement percé ou martelé en leur centre (Brody, 2004).
- Raisonnement archéologique : Deux théories scientifiques non exclusives expliquent ce fait : 1) Une fonction rituelle visant à « libérer l’esprit » de l’objet pour qu’il accompagne le défunt. 2) Une fonction pratique de désactivation matérielle, rendant le bol inutilisable pour les vivants et évitant ainsi le pillage ou la réutilisation d’un objet sacré (Anyon & LeBlanc, 1984).
3. Subsistance et Adaptation Écologique
Vivant dans des zones montagneuses et forestières entrecoupées de vallées arides, les Mogollons ont développé une économie mixte.
| Période | Stratégie de Subsistance | Preuves Archéologiques |
| Mogollon Initial (200 – 700 apr. J.-C.) | Forte dépendance envers la chasse (cerfs, lapins) et la cueillette de plantes sauvages (noix, graines) (Diehl, 1997). | Abondance de pointes de flèches et de restes fauniques dans les sites de basse altitude. |
| Mogollon Tardif (700 – 1450 apr. J.-C.) | Agriculture intensive de la « Triade Mésoaméricaine » : maïs, haricots, courges (Hard & Roney, 1998). | Construction de terrasses agricoles rudimentaires et de petits barrages de retenue d’eau pour gérer le ruissellement des pluies. |
4. Le Cas Cas Grandes / Paquimé (1200 – 1450 apr. J.-C.)
Le site de Paquimé (situé à Casas Grandes, dans l’actuel État de Chihuahua au Mexique) représente le développement le plus méridional et le plus monumental de la sphère Mogollon, fortement influencé par les cultures du Mexique central (Di Peso, 1974).
- Architecture en Adobe : Le site présente des édifices d’habitation complexes en adobe massif atteignant jusqu’à quatre étages de haut, dotés d’un système de distribution d’eau potable et d’égouts (Di Peso, 1974).
- Centre d’Échange et Élevage : Les fouilles menées par Charles Di Peso ont révélé que Paquimé était une plaque tournante commerciale majeure entre le Mexique et le Sud-Ouest américain. Les archéologues y ont découvert des cages en maçonnerie conçues pour l’élevage des aras rouges (oiseaux tropicaux importés d’Amazonie/sud du Mexique pour leurs plumes rituelles), ainsi que des tonnes de coquillages en provenance du golfe de Californie (Di Peso, 1974 ; Whalen & Minnis, 2001).
5. L’Abandon du Territoire (vers 1450 apr. J.-C.)
Comme les civilisations Anasazi et Hohokam, les grands centres de population Mogollons ont été désertés au cours du XVe siècle.
- Explication Scientifique : L’analyse de la dendrochronologie (étude des cernes de croissance des arbres utilisés dans les charpentes) démontre que la région a subi une succession de sécheresses sévères et prolongées à la fin du XIVe siècle (Cordell et al., 2007). Ces modifications écologiques ont entraîné des mauvaises récoltes chroniques.
- Conséquence : Les populations ne se sont pas volatilisées, mais se sont dispersées en plus petits groupes nomades ou ont migré pour s’intégrer aux populations Pueblo historiques (comme les Zunis et les Hopis actuels), qui partagent des similitudes linguistiques et religieuses avec les anciens Mogollons (Cordell, 1997).
