Au Nicaragua, la grossesse adolescente banalisée par le régime sandiniste

2 juillet 2026

Le taux le plus élevé d’Amérique centrale

Le Nicaragua détient le taux de grossesses adolescentes le plus élevé d’Amérique centrale : 93 naissances pour 1 000 jeunes filles entre 15 et 19 ans, selon les données de la Banque mondiale pour 2024. Le Honduras suit avec 81 pour 1 000, puis le Guatemala (68), tandis que le Costa Rica affiche un taux quatre fois inférieur. Cette réalité, documentée depuis plusieurs années par les Nations Unies, s’aggrave au lieu de reculer. Le bureau du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme souligne que les complications liées à la grossesse et à l’accouchement constituent « la principale cause de décès chez les jeunes femmes de 15 à 19 ans » dans les pays à revenus faibles et moyens.

« La Madre Panza » : quand l’Etat célèbre les ventres enceints

Au coeur de la crise se trouve une normalisation active, portée par l’Etat lui-même. La radio officielle Tu Nueva Radio Ya, organe du régime Ortega-Murillo, a lancé un concours intitulé « La Madre Panza » (« La mère enceinte »), récompensant des femmes enceintes, dont des adolescentes, avec des appareils électroménagers et des primes en argent, sans aucune limite d’âge. Pour la militante féministe Ana Quirós, le diagnostic est sans appel : « Si une adolescente se retrouve enceinte, c’est généralement le résultat d’un viol. » Ce concours s’inscrit dans une orientation idéologique plus large du régime sandiniste, qui subordonne les droits sexuels et reproductifs des femmes à un discours religieux et conservateur imposé par l’Etat.

Cinq mille organisations fermées, une génération sans protection

Entre 2018 et 2024, le gouvernement nicaraguayen a fermé plus de 5 000 organisations de la société civile, dont des associations féministes, des centres de santé communautaires et des groupes d’éducation sexuelle destinés aux adolescentes. Ces structures assuraient l’essentiel du travail de prévention. « L’Etat ne les forme pas, ne les protège pas, et les organisations qui le faisaient ont été éliminées », résume María Teresa Blandón, sociologue et militante féministe, citée par Divergentes. Le Nicaragua ne dispose d’aucune politique publique de prévention des grossesses adolescentes. Les maisons maternelles d’Etat sont remplies de jeunes filles, sans que cela suscite de réaction des autorités.

L’avortement criminalisé, les viols impunis

Le Code pénal nicaraguayen interdit tout contact sexuel avec un mineur, mais les milliers de grossesses chez des filles de 10 à 14 ans (28 408 grossesses adolescentes enregistrées entre 2020 et 2021 selon les statistiques nationales) ne donnent lieu à aucune poursuite contre les agresseurs. L’avortement thérapeutique, y compris en cas de viol, a été aboli. Le ministère de la Santé a enregistré 37 décès maternels en 2022, dont 19 % concernaient des femmes de moins de 20 ans. Le Haut-Commissariat de l’ONU estimait en 2023 que cette situation « pourrait constituer une violation d’une série de droits humains pour les filles ».

Le régime normalise, l’ONU s’inquiète

Face aux recommandations répétées des Nations Unies, le régime Ortega-Murillo n’a pris aucune mesure. L’ancienne ministre de la Santé Sonia Castro avait déclaré publiquement qu’il était « normal, et dans la culture nicaraguayenne, que des filles très jeunes se mettent en couple avec des hommes plus âgés ». Une déclaration que María Teresa Blandón qualifie de symptôme d’un problème systémique : au Nicaragua, la violence contre les filles et les adolescentes est simplement « normalisée » par ceux qui sont censés les protéger.

Sources : Divergentes, mai 2026 ; Confidencial.digital, 18 septembre 2023

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