4 juin 2026
Ni Una Menos dans la rue pour son 11e anniversaire
Des dizaines de milliers de personnes ont défilé mercredi 3 juin dans les rues d’Argentine contre les violences faites aux femmes, à l’occasion du onzième anniversaire du mouvement Ni Una Menos. A Buenos Aires, une foule dense, majoritairement féminine, s’est rassemblée devant le Parlement, dont les grilles étaient fleuries de portraits de victimes de féminicides. Ces mêmes visages ornaient les tee-shirts de nombreux manifestants. Des marches similaires se sont tenues dans d’autres villes du pays.
Le meurtre d’Agostina, catalyseur d’une colère nationale
Ces marches annuelles sont, cette année, marquées par une émotion particulière. Il y a dix jours, à Córdoba, Agostina Vega, 14 ans, avait disparu lors du week-end du 23 au 24 mai. Elle avait été vue pour la dernière fois en compagnie d’un homme de 33 ans, ex-compagnon de sa mère. Ses restes ont été découverts enterrés dans un terrain vague à une dizaine de kilomètres de là. L’enquête étudie l’hypothèse d’un mobile sexuel. Le suspect a été arrêté et inculpé d’homicide aggravé par la circonstance de violence de genre, soit de féminicide.
Luci Cavallero, porte-parole de Ni Una Menos, a qualifié ce meurtre de « négligence organisée de la part de l’État », dénonçant « un pouvoir judiciaire qui n’a pas cherché, a cherché trop tard, et n’a pas mis en oeuvre les mesures d’alerte au moment où c’était nécessaire. » Amy Cozzi, étudiante de 25 ans présente dans le cortège, résumait ainsi la mobilisation : « Ce cas reflète ce qui se passe, mais ce n’est pas un cas particulier. On tue une fille toutes les 30 heures, c’est pour ça qu’on est dans la rue. »
Un féminicide toutes les 36 heures
L’Argentine recense entre 200 et 260 féminicides par an en moyenne, selon les données de la Cour suprême. L’année 2025 a enregistré le total le plus bas de la décennie, avec 200 cas. Les manifestants brandissaient des pancartes dont certaines ironisaient sur la proximité de la Coupe du monde de football : « Plus que 10 féminicides jusqu’au Mondial ! », référence à la moyenne officielle d’un féminicide toutes les 36 heures.
Milei, adversaire déclaré du concept de féminicide
La manifestation s’inscrit dans un contexte politique tendu. Le président Javier Milei, notoirement hostile aux politiques de genre, a déclaré par le passé vouloir abolir le concept légal de « féminicide », au motif que « la vie d’un homme vaut autant que celle d’une femme. » Cette semaine, sa ministre de la Sécurité, Alejandra Monteoliva, s’est référée au cas d’Agostina comme un simple « homicide », sans retenir la qualification de féminicide. Le Code pénal argentin continue pourtant de reconnaître le féminicide comme circonstance aggravante, passible de la réclusion à perpétuité.
